Caries dentaires : le sucre, le défaut d’hygiène et…la génétique

La carie dentaire est la maladie infectieuse non contagieuse, d’origine bactérienne dont la prévalence est la plus élevée avec plus d’un milliard de personnes atteintes dans le monde. C’est donc un problème de Santé Publique que de prévenir son apparition.   Il est largement reconnu que les caries dentaires sont majoritairement causées par la consommation excessive de sucre, et une mauvaise hygiène bucco-dentaire.  Néanmoins, des croyances populaires amènent certains patients à déclarer à leur chirurgien-dentiste : « Mes parents ont des mauvaises dents, c’est pour cela que j’ai des caries ».  Le dentiste réfute généralement cette théorie en mettant en évidence les principales étiologiques du développement d’une carie : sucre, grignotages, mauvaise hygiène dentaire, développement de biofilm cariogène.
 Au-delà de cette opposition, il faut bien constater que  certains individus ne développent pas de caries dentaires en dépit de la consommation de boissons sucrées ou avec un seul brossage par jour, tandis que d’autres bien qu’ayant une hygiène orale irréprochable, doivent consulter en urgence pour des douleurs dentaires liées à la présence de caries… Quel autre facteur favoriserait donc le développement de cette pathologie dentaire ? La cariosusceptibilité des dents dépend-elle aussi de la génétique ? 
Une équipe de  chercheurs a réalisé une étude publiée au PloS One Journal afin de déterminer l’impact du gène AMELX sur la cariosusceptibilité des dents, à travers le niveau d’amélogénine exprimée et synthétisée.    Le gène AMELX conduit en effet à la synthèse de l’amélogénine. Cette protéine est essentielle au développement des dents ainsi qu’à la formation de l’émail dentaire.   En cas de mutation du gène AMELX, on observe des anomalies de l’émail dentaire, comme l’amélogenèse imparfaite héréditaire (AIH). L’AIH représente un groupe d’anomalies du développement dentaire affectant la structure et l’apparence clinique de l’émail de quasiment toutes les dents temporaires et/ou permanentes. L'émail peut être hypoplasique (défaut quantitatif), hypo-minéralisé (défaut qualitatif) ou les deux. 

L’émail dentaire est plus fragile lorsque l’amélogénine fait défaut

Les chercheurs ont généré en laboratoire 12 souches de souris avec différents niveaux de synthèse de l’amélogénine à partir de mutations du gène AMELX.  Le but de cette expérience était de déterminer si un faible taux d’amélogénine pendant la formation dentaire entraîne la formation d’un émail dentaire « plus fragile, plus faible », et donc une plus grande cariosusceptibilité.  Après extraction,  les dents ont été testées et comparées entre elles, en fonction des résultats aux examens suivants : résistance mécanique : test de dureté de Knoop de l’émail dentaire ;  - résistance aux attaques acides : les dents ont été plongées dans une solution de déminéralisation (calcium, acétate, pH à 5) pendant 16 heures, puis ont subi le test de dureté de Knoop. 

AMELX Les tests mécaniques montrent que l’émail dentaire formé avec un faible taux d’amélogénine est plus fragile qu’en cas de surexpression du gène AMELX.  Plus l’amélogénine est synthétisée, plus l’émail dentaire qui en résulte est résistant aux dissolutions acides et donc moins sujets aux caries dentaires.  Un faible niveau d’AMELX pendant le développement amélaire prédispose un patient aux caries dentaires car son émail sera plus « fragile ».  La génétique a donc sa place comme facteur favorisant des caries dentaires. Les variations du génome entraînent, via le gène AMELX, des anomalies de formation de l’émail dentaire avec un plus haut risque de développer des caries.  Cela signifie que pour des individus avec un profil génétique à risque, des thérapeutiques préventives devront été mises en place rapidement : application professionnelle de fluor, sealants et résines sur les faces occlusales des dents. Le but étant de réduire les coûts liés aux soins dentaires ainsi que les impacts esthétiques et sociaux importants. 

Dr Béatrice Ruiz

Références
Vieira AR, Gibson CW, Deeley K, Xue H, Li Y : Weaker Dental Enamel Explains Dental Decay. PLoS ONE. 2015 ; 10(4): e0124236. (DOI:10.1371/journal.pone.0124236)
Genetic Home Reference, National Library of Medicine. Site internet : https://ghr.nlm.nih.gov.
Rarenet : maladie bucco-dentaire et auto-immunes rares. Lien internet : http://www.rarenet.eu/wp-content/uploads/2013/12/Les-amelogeneses-imparfaites.pdf

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Vos réactions (1)

  • Carie, sucre, acidité, hygiène bucco-dentaire

    Le 29 août 2017

    Merci Mme Ruiz

    1°) parmi les idées reçues sur la carie il y a le sucre (c'est plus l'acidité que le sucre qui favorise les caries) et donc aussi les grignotages qui maintiennent le niveau acide du ph buccal ...et favorise ainsi les caries.

    Certes la génétique va rendre certains plus sensibles que d'autres mais il faut le dire à nos amis médecins : le problème c'est le faible niveau d'hygiène des francais :l’USFBD et les laboratoires Pierre Fabre publient un bilan sur la santé dentaire des francais et soulignent leur piètre résultats: 23% ne se brossent les dents que moins de 2 fois par jour (sur 50 patients = 12 à 13 patients) (la moyenne française est 1 fois par jour à raison de 43 secondes et aucune hygiène interdentaire).

    2°) Aujourd'hui les espaces interdentaires sont nettoyables par des brossettes interdentaires : étude faite sur 99 jeunes sujets sains (sulcus entre 0&2mm)(pas de saignement au sondage) de 18 à 25 ans avec 2970 sites - 362 sites dents absentes = 2608 (passage pour 2408)
    1-BID passe partout pour 93% des sites
    2-le diamètre augmentent dans les zones postérieures

    3- présence de saignement dans 35% des sites d’une population jeune motivé
    (Florence Carrouel, Stéphane Viennot , Julie Santamaria, Philippe Veber and Denis Bourgeois Front. Microbiol 2/6/2016 )

    Alors si vous voulez voir les problèmes dentaires se réduire il faut brosser vos dents 2 fois par jour, atteindre 2 mn lors du brossage et brosser partout et ensuite passer une brossette interdentaire qui représente 50% de l'efficacité du contrôle de plaque, et ce dès l'âge de 16 ans pour les brossettes ...Qu'on se le dise !

    Dr François Furic

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