Double stratégie pour le dépistage précoce de l’hypercholestérolémie familiale

L’hypercholestérolémie familiale (HCF) est lourde de conséquences en termes de mortalité et de morbidité cardiovasculaires. Sa particularité est de survenir très tôt dans la vie et il est évident que son dépistage précoce est fortement recommandé, dès l’enfance dans une optique de prévention primaire. Il est cependant clair, à la lueur des études épidémiologiques les plus récentes, que l’HCF reste trop souvent sous-diagnostiquée. Deux méthodes de dépistage combinées et complémentaires ont été évaluées dans une étude publiée dans Atherosclerosis, l’objectif étant en effet de préciser leur rendement et leur faisabilité : la première consiste à détecter l’HCF chez les enfants puis chez les parents (Ch-P), la seconde à procéder dans l’autre sens, en partant des parents pour aboutir à leurs descendants (P-Ch).

Des enfants aux parents et des parents aux enfants

Dans l’approche Ch-P, il a été demandé aux pédiatres de rechercher systématiquement une dyslipidémie à l’occasion de toute prise de sang chez l’enfant en passant d’emblée par un profil lipidique complet ou en subordonnant ce dernier à la découverte d’une augmentation significative des taux plasmatiques de cholestérol total (CT) > 5,2 mmol/l. En cas de LDL-C ≥ 3,5 mmol/, ont été recherchés des antécédents familiaux de maladie cardiovasculaire (MCV) précoce ou d’hypercholestérolémie sévère chez l’un des parents. Dans cette situation, les enfants concernés ont été dirigés dans une unité spécialisée et les parents ont suivi le même chemin. Devant toute HCF cliniquement confirmée, une étude génétique a complété le bilan et des tests génétiques focalisés ont été réalisés chez tous les descendants. L’approche P-Ch a consisté à étudier activement les enfants dont les parents étaient atteints d’une HCF confirmée avec au bout du compte, dans les cas suspectés, le passage par l’unité spécialisée.

Détection de mutations

Au total, les 59 pédiatres impliqués dans l’étude ont exploré 63 616 enfants qui étaient volontaires pour participer au projet. Parmi ceux-ci, 216 (dont 122 issus de l’approche Ch-P et 94 de l’autre approche) ont été finalement orientés vers l’unité spécialisée dans la prise en charge des dyslipidémies. Dans 87 cas, l’HCF a été confirmée avec une majorité de tests génétiques positifs (84 %). En outre, le diagnostic d’HCF a été posé de novo chez 41 parents issus de 40 familles, avec là aussi une proportion importante de tests génétiques positifs (63 %). Au total, 49 mutations différentes ont été ainsi détectées, la majorité au sein du gène LDLR (n=46), exceptionnellement au sein des gènes PCKS9 (n=2) et APOB (n=1).

De cette étude, il ressort que le dépistage précoce de l’HCF chez l’enfant est à portée de la main pour peu qu’il s’inscrive dans une démarche pro-active. Une collaboration étroite des pédiatres impliqués dans les soins primaires s’avère nécessaire et suffisante pour détecter le plus tôt possible cette dyslipidémie gravissime en agissant dans les deux sens… des enfants aux parents et dans l’autre sens. Un simple dosage du CT peut suffire pour alerter.

Dr Philippe Tellier

Référence
Ibarretxe D et coll. : Detecting familial hypercholesterolemia earlier in life by actively searching for affected children: The DECOPIN project. Atherosclerosis. 2018 ; 278: 210-216.

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