Une piste auto-immune pour la narcolepsie

« Des endormissements intempestifs en pleine journée, accompagnés ou non d’une perte soudaine de tonus musculaire. » Connue sous le nom de narcolepsie, cette situation insolite peut coexister avec la « destruction de neurones cérébraux produisant de l’hypocrétine[1], une protéine responsable de l’alternance veille-sommeil. » Comme une recherche conduite en Suisse par Daniela Latorre & coll.[2] montre l’implication de « lymphocytes autoréactifs, c’est-à-dire capables de déclencher une réponse immunitaire » en reconnaissant l’hypocrétine dans le sang du patient, on estime que, dans cette affection, le corps pourrait « éliminer lui-même » ses propres neurones par l’effet malencontreux d’une réaction auto-immune.

Des chercheurs ont comparé des prélèvements sanguins de 19 patients avec une narcolepsie et de 13 sujets porteurs sains d’un allèle de prédisposition (appelé HLA-DQB1*06:02)[3]. En cas de narcolepsie, on observe une réaction des lymphocytes T avec des fragments d’hypocrétine, mais on ne comprend pas pourquoi « les lymphocytes autoréactifs sont bien présents au contact du sang, mais non dans le liquide céphalo-rachidien », ce qui serait a priori plus logique pour conforter cette approche auto-immune du déterminisme de la narcolepsie. Il est toutefois théoriquement possible que la mort neuronale ne soit pas la conséquence, mais au contraire à l’origine du « relargage de fragments d’hypocrétine reconnus ensuite par les lymphocytes. »

Quoi qu’il en soit, ces travaux ouvrent une piste prometteuse, non seulement pour préciser l’étiologie de cette maladie encore énigmatique, mais surtout pour proposer « un test prédictif et de diagnostic plus précoce » (en confirmant la présence de cette réaction entre lymphocytes T et fragments d’hypocrétine dans le sang du patient), et peut-être un projet de « traitement immunosuppresseur. » D’autres travaux sont aussi nécessaires pour expliquer « le lien épidémiologique, identifié et confirmé » entre la fréquence de la narcolepsie et la vaccination contre la grippe H1N1 de 2009–2010.


Dr Alain Cohen

Référence
Guillon N : Une origine auto-immune pour la narcolepsie. Pour la Science n°494, Décembre 2018 : 12.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (2)

  • Problème auto immun après vaccination ?

    Le 01 mars 2019

    Courageuse dernière phrase de cet article, et excellente recherche - j'applaudis. Merci.

    Dr B. Lamy

  • L'infection à H1N1, son vaccin (et l'adjuvant ASO3) et la narcolepsie

    Le 05 mars 2019

    En Chine, il a été montré par l'étude de Fang Han, (Narcolepsy onset is seasonal and increase following the 2009 H1N1 pandemic in China), une correlation entre la survenue de narcolepsie et l'infection H1N1 dans une population largement peu vaccinée.
    En Europe, une étude d'Yves Dauvilliers dont je n'ai pas cherché les résultats finaux recherchaient une corrélation entre la vaccination et la survenue de narcolepsie.
    Sinon on a des pistes pour les infections à streptococcoque (sur-infection post grippe ?) et une moindre teneur en vitamine D chez les patients touchés. Prenez le Soleil avec modération !

    Dr Pierre Serveille

Réagir à cet article