Alisertib dans le lymphome à cellules T périphériques en rechute : pas mieux

Le lymphome à cellules T périphériques (LCTP) est une entité rare et hétérogène pour laquelle il n’y a pas de standard thérapeutique, la plupart des patients recevant du R-CHOP ou du R-CHOEP. Les patients réfractaires ou qui rechutent (LCTP R/R) ont un pronostic très défavorable, avec une médiane de survie de 5,5 mois. Le pralatrexate, la romidepsine, la gemcitabine sont des options thérapeutiques alors que le brentuximab-vedotin n’a d’autorisation que pour le lymphome à grandes cellules anaplasiques.

Les taux de réponse antérieurement rapportés dans les LCTP R/R sont de 29 % avec le pralatrexate et 26 % avec la romidepsine.

L’aurora A kinase (AAK) est une molécule essentielle pour la mitose, qui est surexprimée dans le LCTP, d’où une nouvelle stratégie thérapeutique reposant sur l’inhibition de la AAK. L’alisertib est un inhibiteur de l’AAK qui a montré une efficacité sur des lignées cellulaires tumorales humaines et sur des modèles pré-cliniques de lymphome. La dose recommandée a été établi à partir d’essais phase I et II.

L’étude rapportée est un essai phase III ayant inclus 271 patients porteurs de différents types histologiques de LCTP R/R. Les patients ont été randomisés entre 2 bras : un bras A avec alisertib 50 mg PO deux fois par jour de J1 à J7 avec des cycles de 21 jours, un bras B recevant une monothérapie IV au choix de l’investigateur, qui peut être la gemcitabine 1 000 mg/m2 en 30 minutes J1 J8 J15 avec des cycles de 28 jours, ou le pralatrexate 30 mg/m2 en 5 minutes une fois par semaine pendant 6 semaines, ou la romidepsine 14 mg/m2 en 4h aux J1 J8 J15 sur des cycles de 28 jours. Le bras A a reçu une médiane de 4 cycles (1 à 50). Dans le bras comparateur B, les patients ont reçu une médiane de 2 cycles (1 à 17).

Taux de réponse, survies sans progression, survies globales identiques

Le taux de réponse globale a été de 33 % avec alisertib versus 45 % avec les comparateurs. Les taux de réponse complète étaient respectivement de 18 % et 27 % avec l’alisertib et les comparateurs. Les taux de réponse étaient de 35 % pour la gemcitabine, 43 % pour le pralatrexate, 61 % pour la romidepsine. La puissance de l’étude ne permettait pas de démontrer des différences dans le bras comparateur. La survie sans progression (SSP) a été de 115 jours dans le bras A versus 104 jours dans le bras B. La médiane de survie globale a été de 13,7 mois dans le bras A versus 12 mois dans le bras B. Le taux de survie à 12 mois a été de 53,7 % dans le bras A versus 51,5 % dans le bras B.

Presque tous les patients ont eu au moins un effet indésirable, lié au traitement chez 90 % et 94 % dans les bras A et B respectivement. Les effets indésirables de grade au moins III , toutes causes confondues, étaient la neutropénie (A 43 %, B 25 %), la thrombopénie (A 29 %, B 27 %), l’anémie (A 33 %, B 11 %), tandis que ceux liés aux traitements étaient la neutropénie (A 45 %, B 30 %), une stomatite (A 31 %, B 42 %), la thrombopénie (A 34 %, B 38 %), l’anémie ( A 43 % B 24 %), la diarrhée ( A 32 %, B 19 %).

Au total, une monothérapie par l’inhibiteur de l’AAK alisertib dans le LCTP R/R a démontré une activité, mais qui n’est pas supérieure à celle des traitements comparateurs en termes de taux de réponse et de SSP. De nouvelles études sont nécessaires pour savoir si l’alisertib peut apporter en monothérapie ou en association, un plus grand bénéfice dans un sous-groupe de patients atteint de LCTP R/R.

Pr Gérard Sébahoun

Références
O’Connor OA et coll. : Randomized Phase III Study of Alisertib or Investigator’s Choice (Selected Single Agent) in Patients With Relapsed or Refractory Peripheral T-Cell Lymphoma. J Clin Oncol., 2019, publication avancée en ligne le 1er février. DOI :https://doi.org/10.1200/JCO.18.00899

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