La Galactosémie Duarte ne compromet pas le développement des enfants atteints

La Galactosémie Duarte [GD] se distingue de la forme classique de la galactosémie congénitale par une activité enzymatique résiduelle (14-25 %) et par une hétérozygotie composite (D2) : les 2 allèles du gène GALT sont mutés mais l’un d’eux, D2, est porteur d’une mutation non nulle. Comme elle ne donne ni insuffisance hépatique néonatale ni cataracte, l’éviction du lactose du régime du nourrisson est controversée. Cependant, on ne connaît pas bien son pronostic à long terme.

Une étude cas-témoins récente renseigne sur le développement des enfants atteints de GD (1).

Les 206 « cas », des enfants de 6-12 ans avec une mutation D2 identifiée, et les 144 « témoins », des frères et sœurs des cas, ont été recrutés dans 13 États des USA, un pays où le dépistage néonatal de la galactosémie congénitale est systématique. L’ingestion de lait et de laitages en bas âge, l’éducation et les antécédents médicaux, et le comportement des 350 sujets ont été renseignés par les parents. Les sujets ont été testés pendant environ 4 heures sur les plans physique, cognitif, moteur, langagier et auditif, ce qui a produit 73 scores par sujet. Ils ont ensuite été répartis, au hasard, en un groupe d’exploration (50 cas et 37 témoins), et un groupe de validation (156 cas et 107 témoins).

Pas de différence avec les frères et sœurs « indemnes »

Aucun des 73 scores n’est significativement associé à la variante Duarte dans le groupe d’exploration. Toutefois, 10 scores sont « moins mauvais » que les autres : 2 scores des potentiels évoqués auditifs cérébraux, 3 scores de l’application de motricité fine Neuroglyphics, un score du WISC IV et 2 scores du NEPSY-II, le périmètre crânien et l’IMC.

Aucun de ces 10 scores n’est associé à la variante Duarte dans le groupe de validation (p corrigés par le nombre de tests > 0,0025). Autrement dit, on ne peut pas distinguer le développement des enfants atteints de GD de celui de leurs frères et sœurs indemnes entre 6 et 12 ans.

Enfin, aucun de ces 10 scores n’est associé à la consommation de lait pendant les premiers mois chez les 156 enfants atteints de GD dans le groupe de validation (p corrigés > 0,0025). Autrement dit, le lactose ingéré n’a pas d’impact sur le développement des enfants atteints de GD.

Ces résultats sont limités à la tranche d’âge étudiée et aux tests utilisés, mais ils sont très rassurants concernant le développement des enfants atteints de GD dont les apports de galactose ne sont pas réduits, parce que l’étude ne manque pas de puissance. Pour compléter ces bons résultats, rappelons qu’une étude de 2011 a montré que les filles atteintes de GD n’ont pas de risque accru d’insuffisance ovarienne prématurée, comme cela est observé dans la forme classique (2).

Des implications pour la prise en charge et le dépistage néonatal

L’étude a des implications sur la prise en charge de la variante Duarte et le dépistage néonatal de la galactosémie congénitale. Elle fournit aux praticiens et aux parents des enfants atteints de GD une base pour maintenir le lactose dans l’alimentation puisque la variante Duarte, par différence avec la forme classique, n’entraîne pas de troubles neuro-développementaux. Elle suggère qu’un dépistage néonatal de la galactosémie congénitale, à supposer qu’il soit un jour instauré en France comme aux Pays-Bas ou en Irlande, peut fixer une activité de la galactose-1-phosphate uridyltransférase [GALT] proche de zéro comme valeur d’alarme afin de n’avoir à gérer que la galactosémie congénitale classique, au demeurant plus rare que la GD.

Dr Jean-Marc Retbi

Références
1. Carlock G et coll. : Developmental outcomes in Duarte galactosemia. Pediatrics, 2019 ; 143(1) : e201825
2. Badick JR et coll. : Ovarian function in Duarte galactosemia. Fertil Steril., 2011 ; 96 (2) : 469-473e1

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