Un risque de leucémie aiguë lymphoblastique augmenté chez l’enfant en cas de diabète maternel

La leucémie aiguë lymphoblastique (LAL) est le cancer le plus fréquent de l’enfant. Son origine prénatale a été démontrée par la présence de mutations clonales dans le sang du nouveau-né, mais le développement intra-utérin de clones préleucémiques reste inexpliqué. En dehors de quelques rares syndromes génétiques, on connait l’association à un poids de naissance élevé, suggérant un lien avec la croissance fœtale. Cette étude évalue le risque de LAL dans la descendance de patientes diabétiques identifiées sur un registre national informatif danois entre 1996 et 2015. Sont exclus les syndromes de Down dont le risque de leucémie aiguë dans l’enfance répond à une entité distincte.

L’incidence annuelle de LAL de l’enfant de moins de 15 ans est de 4,4 pour 100 000. La cohorte totale de l’étude comprend 1 187 482 enfants ; 5 409 enfants sont nés de mères ayant un diabète pré-gestationnel et 6 d’entre eux ont développé une LAL entre 2 et 8 ans. Les mères de ces 6 enfants avaient toutes un diabète diagnostiqué avant l’âge de 30 ans. Sur 24 306 enfants nés de mères ayant un diabète gestationnel, 14 enfants ont développé une LAL entre 1 et 7 ans. Comparé aux enfants nés de mères non-diabétiques, le risque de développer une LAL est augmenté de 2,91 fois pour les enfants de mères ayant un diabète pré-gestationnel et de 1,75 fois pour les enfants de mères ayant un diabète gestationnel.

Les LAL ont été groupées en LAL tous types, LAL pré-B, LAL à caryotypes d’initiation prénatale (12;21) et hyperdiploïdes. Dans la série de diabètes pré-gestationnels, le risque est significatif pour les LAL pré-B et les LAL à caryotypes d’initiation prénatale. Dans la série de diabètes gestationnels, le risque n’est significatif que pour les LAL à caryotypes d’initiation prénatale. Aucune relation n’est trouvé avec un diabète maternel tardif, ni avec un diabète paternel.

Rôle de l’hyperglycémie maternelle

On retient l’association diabète pré-gestationnel ou gestationnel à un risque augmenté de LAL de l’enfant respectivement de 2,1 et 1,7 fois. L’association au diabète pré-gestationnel relève d’un diabète de type 1 (âge des mères < 30 ans et traitement par insuline), mais l’existence d’un risque augmenté avec un diabète gestationnel suggère que le mécanisme auto-immun n’est pas seul en cause. Il est peu vraisemblable que des facteurs de risque génétique soient impliqués. Il est possible qu’une hyperglycémie intra-utérine soit un facteur favorisant de l’apparition d’une LAL dans la descendance. Un argument en faveur de cette hypothèse est la constatation d’un poids de naissance supérieur de 400 g chez les enfants nés de mère ayant un diabète pré-gestationnel et qui ont développé une LAL. Il a été montré qu’une hyperglycémie maternelle pouvait engendrer des modifications épigénétiques dans la descendance, qui pourraient faire le lien entre diabète maternel et risque de LAL chez l’enfant. Malgré cette augmentation de risque relatif, l’incidence cumulative de LAL de l’enfant chez les mères diabétiques reste faible : 0,15 % chez les mères ayant un diabète pré-gestationnel et 0,08 % chez les mères ayant un diabète gestationnel. Des études complémentaires sont nécessaires pour identifier les mécanismes biologiques en cause.


Pr Gérard Sébahoun

Références
Soegaard SH et coll. : Maternal diabete and risk of childhood acute lymphoblastic leukaemia in the offspring.
Brit J Cancer, 2017 ; publication avancée en ligne le 3 octobre. DOI : 10.1038/bjc.2017.351

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Vos réactions (1)

  • Des questions

    Le 24 octobre 2017

    Y a t-il des constatations semblables dans d'autres pays européens ?
    Ces mamans ont elles reçu le même traitement ?
    Avaient elles une exposition identique (lieu de vie, habitus,...).

    Dr Michel Simonot

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