Une histoire naturelle de la fibrose pulmonaire idiopathique

La fibrose pulmonaire idiopathique (FPI) est une pneumonie interstitielle chronique évolutive de cause inconnue, le temps de survie médian étant d'environ 3 à 5 ans après le diagnostic. Son évolution clinique est variable, allant d'une progression lente sur plusieurs années à une exacerbation aiguë ou une perte rapide de fonction pulmonaire. Cette évolution imprévisible et le manque de biomarqueurs non physiologiques fiables rendent très difficile sa gestion en pratique clinique courante.

Une étude internationale pour une pathologie difficile à étudier

Une étude internationale (39 centres, 7 pays : Allemagne, Argentine, Chili, États-Unis, Mexique, Pérou, Pologne), prospective, non interventionnelle, cas-témoin sur 52 semaines a tenté d’identifier un profil de référence clinique et des biomarqueurs prédictifs de l’évolutivité de la maladie.

Cent cinquante-quatre patients atteints de FPI et 57 sujets témoins ont ainsi été soumis à des explorations de la fonction pulmonaire et des prélèvements sanguins pour quantifier des biomarqueurs. Les sujets témoins étaient âgés de ≥ 60 ans et n’avaient pas de FPI ou de troubles respiratoires aigus ou chroniques actuels ou passés. Parce que la FPI est une maladie à prédominance masculine et que les antécédents de tabagisme sont un facteur de risque connu, plus de 50% des sujets témoins choisis étaient des hommes aux antécédents de tabagisme.

Le principal critère d'évaluation était le taux d’évolutivité de la maladie basé sur des éléments composites à la semaine 52 : diminution ≥ 10 % par rapport aux valeurs initiales du pourcentage de CVF prévu, diminution ≥ 15 % par rapport aux valeurs initiales de la capacité de diffusion du monoxyde de carbone, transplantation pulmonaire, décès, ainsi que sa relation avec certains marqueurs biologiques au départ.

Absence de biomarqueur prédictif de l’évolutivité

A la semaine 52, 1/3 des patients (n = 47) atteints de FPI avaient été victimes d’une progression de leur maladie. Les biomarqueurs suivants s’étaient montrés discriminants chez eux par rapport aux sujets témoins : ligand CC-chémokine 18 (CCL18), molécule d'adhésion intercellulaire 1, Krebs von den Lungen-6, protéine tensioactive (SP)-A, SP-D, matrice métallopeptidase 7, récepteur activateur plasminogène de type urokinase, ainsi que 2 nouveaux biomarqueurs : protéine 4 (HE4) et prostasine épididymis humaines. Toutefois, à la semaine 52, il n'y avait pas de différence pour les valeurs de référence du CCL18 entre les patients chez lesquels la pathologie avait évolué et ceux chez lesquels la pathologie n’avait pas évolué, (ROC 0,62 ; p corrigé = 0,161). De plus, aucun biomarqueur ne s’est avéré prédictif de l’évolutivité de la maladie.

Bien qu'aucun calcul de puissance n'ait été effectué pour l'analyse d'identification des biomarqueurs et que la durée de suivi ait été peut-être trop courte pour évaluer la survie ou les changements cliniques à long terme, et bien que les exacerbations aiguës n'aient pas été évaluées (étude non interventionnelle), cette étude n'a pas confirmé les résultats d'études antérieures portant sur de plus petites cohortes de patients. Cependant, elle confirme des niveaux élevés de plusieurs biomarqueurs précédemment signalés comme étant augmentés chez les patients atteints de FPI et a identifié deux nouveaux biomarqueurs (HE4 et prostasine) qui semblent être associés à la FPI et qui méritent d'être étudiés davantage comme cibles thérapeutiques potentielles.

En résumé, cette étude montre que plusieurs biomarqueurs, dont le CCL18, ont été associés à la FPI, mais qu’aucun n'a été en mesure de prédire son évolutivité.

Dr Bernard-Alex Gaüzère

Référence
Raghu G, Richeldi L, Jagerschmidt A, Martin V, Subramaniam A, Ozoux ML, Esperet CA, Soubrane C : Idiopathic Pulmonary Fibrosis: Prospective, Case-Controlled Study of Natural History and Circulating Biomarkers. Chest. 2018; 154 : 1359-1370. doi: 10.1016/j.chest.2018.08.1083.

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