Bilan de « missions chirurgicales » brèves pendant 5 ans au Ghana et en Sierra Leone

Une étude récente a montré que le tiers le plus pauvre de l’humanité ne bénéficiait que de 3,5 % des interventions chirurgicales prodiguées dans le monde ; cette carence est due au faible nombre de chirurgiens et d’anesthésistes disponibles dans les pays en voie de développement (PVD), d’où l’idée de certaines organisations non gouvernementales d’y envoyer ces praticiens en missions brèves mais répétées. Des équipes, variables dans leur domaine d’activité et leur taille, formées sur le principe du volontariat donnent une partie de leur temps pour aller sur le terrain dispenser leur art, se reposant sur les soignants locaux pour assurer l’intendance et le suivi de leurs opérés. Mais le rendement, la qualité des soins et l’impact sur la santé publique de ces missions bénévoles n’ont guère été définis, faute de publications sur ce thème. De plus, les opérés ne sont pas suivis par les intervenants, ce qui laisse planer un doute sur la conformité des résultats (plus de complications que dans les pays développés).

Une organisation américaine (ISHI, international surgical health initiative) a mis au point des missions de 8 à 15 j dans différents PVD dont le Ghana (Gh) et la Sierra Leone (SL), dans le but d’y pratiquer une chirurgie de qualité et d’en assumer les suites. Elle rapporte ici son expérience de 5 ans. Chaque équipe comportait chirurgiens, anesthésistes, panseuses et techniciens pour la maintenance des appareils. Les soignants locaux étaient impliqués dans les soins, en fonction de leur niveau.

Près de 400 interventions, pas de mortalité, peu de complications

Les praticiens géraient des unités de 100 lits au SL et de 123 lits au Gh, en zone rurale. Au SL, la fourniture en électricité était trop aléatoire pour envisager d’utiliser le bistouri électrique, l’oxygène n’était disponible que par des bonbonnes, et l’eau courante était rare. A l’arrivée d’ISHI, les urgences seules étaient assurées par un médecin non chirurgien. La situation était un peu moins critique au Gh.

La 1ère tâche d’ISHI consistait à trier les candidats à une chirurgie élective, et à récuser ceux qui paraissaient à trop haut risque. Ensuite, une douzaine d’interventions étaient réalisées quotidiennement pendant une semaine, y compris concernant des urgences éventuelles : ulcères perforés, hernie inguinale (HI) étranglée. Tous les opérés recevaient une antibioprophylaxie. Quand un même sujet présentait 2 indications (exemple HI et ombilicale), on commençait par la plus gênante.

Au total, 372 gestes ont été pratiqués sur 327 sujets. Les indications les plus fréquentes ont été la HI et l’ablation de tumeurs des tissus mous (lipomes). Les 45 sujets opérés 2 fois avaient en règle une HI bilatérale ou une hydrocèle. L’anesthésie la plus habituelle a été la rachianesthésie.

Il n’y a pas eu de mortalité ; on a noté 6 complications de l’anesthésie (rétention urinaire, céphalées) et 17 de la chirurgie (saignements, infections). Les patients les plus jeunes ont eu plus de complications.

Dr Jean-Fred Warlin

Référence
Johnston PF et coll. : Short-term surgical missions in resource-limited environments: five years of early surgical outcomes. Am J Surgery, 2019; 217: 7-11.

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