Dépistage du cancer colorectal dans des populations défavorisées : impliquer la communauté

Le cancer colorectal (CCR) est responsable de 50 000 décès annuels aux États-Unis. Un dépistage à un stade précoce en améliore le pronostic car, bien souvent, on peut alors déceler et traiter des polypes ou d’autres lésions précancéreuses ou, à tout le moins, des CCR à un stade plus aisément curable. Cependant, ce dépistage est plus difficile en zones rurales ou dans certaines communautés défavorisées, d’où un taux de mortalité supérieur dans ces populations.

Les groupes de recherche dédiés aux communautés défavorisées (CD) aux États-Unis ont fait participer « en même temps » des praticiens et des membres de ladite communauté, impliquant une approche physique, mentale, sociale, économique et culturelle. On sait en effet que de telles stratégies finissent par surmonter l’insuffisance de ressources et de connaissances qui empêchent les plus démunis d’accéder à la filière de soins.

C’est ce que PA Preston et coll. ont appliqué dans deux comtés défavorisés de l’Arkansas entre 2008 et 2014, en utilisant le test Hemoccult II au gaïac (les tests immunologiques n’étant pas encore disponibles à l’époque).

Ils ont fait entrer dans l’étude 330 sujets, dont 2 groupes d’étude (G1 et G2) de, respectivement, 103 et 110 personnes n’ayant pas suivi de dépistage, et un groupe témoin (G3) de 117 individus, dont certains avaient eu un dépistage. Le principal critère de jugement a été le taux de retour des tests à 2 mois.

L’étude a commencé par des rencontres avec les dirigeants des communautés pour leur expliquer les enjeux et leur faire faire un effort d’acculturation, en combinant éducation sanitaire et fourniture de matériel et de prospectus pour l’Hemoccult, à pratiquer chez eux (il a été donné aux seules personnes de G1 et G2 des enveloppes timbrées pour envoyer les échantillons de selles au laboratoire).

Pas moins 50 réunions par site

Le premier temps a consisté à faire désigner par les intéressés leurs « représentants », qui avaient déjà eu des polypes, voire un CCR, et recrutaient ensuite leurs « travailleurs de santé », lesquels collaboraient avec les médecins universitaires. Il y a eu environ 50 réunions de 45 mn par site pour discuter des modalités et de l’intérêt du test, en répondant aux questions des participants qu’on s’efforçait ce convaincre.

Le groupe G1 a été recruté par les CD et le groupe G2 par les professeurs. Aux premiers, on parlait des inégalités raciales dans l’accès aux soins et on les illustrait par des exemples locaux et des expériences personnelles ; aux seconds, de l’incidence du CCR à l’échelon national et de sa mortalité ; aux deux groupes de l’importance du dépistage pour diminuer la fréquence et la gravité de la maladie. Le groupe G3, bien que concerné par le dépistage, et pris en charge par un universitaire, recevait des informations sur l’incidence et la mortalité des maladies cardiovasculaires aux États-Unis.

Le taux de retour des tests dans les 2 mois a été de 38 % dans le G2, de 27 % dans le G1 et de 21 % dans le G3, ce rang se maintenant si l’on incluait les réponses plus tardives.

Les 330 sujets enrôlés dans l’étude étaient les plus souvent des Noirs (70 %), les autres étant des Blancs (14 %), et le reste classés « autres » (1 %) out non précisés (15 %).

La proposition faite aux participants d’être revus à la fin de l’étude a été acceptée en majorité par le groupe G1, suivi par le G2 et le G3.

Ainsi, la démonstration est faite qu’un programme d’aide aux communautés défavorisées peut améliorer la connaissance et le dépistage des cancers colorectaux, au seul prix d’une éducation sanitaire et de la distribution de tests d’Hemoccult.

Dr Jean-Fred Warlin

Référence
Preston P.A. et coll. Colorectal cancer screening in rural and poor-resourced communities. Am J Surg 2018 ; 216 : 245-250.

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