Et s’il n’en reste qu’un

N’Djaména, le vendredi 16 février 2018 - « Et s’il n’en reste qu’un, je serai celui-là ! ». Ce vers célèbre de Victor Hugo (dans Les Châtiments) a notamment inspiré le chanteur Eddy Mitchell[1]. On pourrait aussi l’appliquer aujourd’hui à l’histoire de la psychiatrie au Tchad, évoquée par The American Journal of Psychiatry, car avec 28 années d’expérience, le Dr Egip Bolsane est actuellement... le seul et unique psychiatre exerçant dans ce pays de 14 millions d’habitants ! Grand comme plus de deux fois la France et considéré comme l’un des "berceaux de l’humanité" depuis la découverte du fossile de l’homme de Toumaï en 2001 (Sahelanthropus tchadensis, sans doute « l’une des premières espèces de la lignée humaine »), le Tchad ne comporte, à l’hôpital de N’Djamena, que deux lits consacrés à des malades souffrant de troubles psychiatriques, « le plus souvent une schizophrénie ». Enseignant également la psychiatrie à l’Université de N’Djamena, le Dr Bolsane s’efforce certes de communiquer l’intérêt pour la discipline à de jeunes médecins, mais il exprime « des inquiétudes pour l’avenir de la psychiatrie au Tchad après sa retraite » car pour l’heure, déplore-t-il, « aucun étudiant ne manifeste d’intérêt pour cette spécialité ». Sans surprise, du fait de cette carence locale de la psychiatrie "occidentale" (c’est-à-dire de la médecine scientifique), les patients de ce pays s’en remettent généralement à des conceptions traditionnelles faisant la part belle à la "pensée magique". Ils croient ainsi que les psychiatres (quand ils existent...) « interagissent directement avec les actions du sorcier » : loin d’être perçu comme un acteur thérapeutique, le praticien passe au contraire comme une sorte d’agent "étiologique" de la maladie mentale ! Attirant ainsi les troubles psychiatriques comme l’aimant attire le fer, cette intercession occulte du psychiatre avec le champ réservé au sorcier contribuerait, dans cette vision insolite de la psychopathologie, au déclenchement de la maladie mentale : « le sujet ou, pire encore, l’un de ses enfants, finira sans doute par être affecté par une maladie mentale ».
 
[1] https://www.youtube.com/watch?v=fNDDrc-dk4w


Dr Alain Cohen

Référence
Rami Bou Khalil: On the magical thinking related to mental health in Chad. Am J Psychiatry 2017; 174(5): 427-428.

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