Transplantation hépatique chez le sujet âgé aux Etats-Unis : évolutions récentes

La transplantation d’organe s’est transformée au fil du temps au travers de ses techniques mais aussi de ses indications qui se sont adaptées à la demande sociétale. Or, dans ce domaine comme dans d’autres, le vieillissement de la population a un impact plus que significatif comme le révèlent les résultats d’une étude de cohorte nationale prospective réalisée aux États-Unis. L’exemple choisi est celui de la transplantation hépatique (TH) et les données ont été obtenues à partir d’un registre national, en l’occurrence le SRTR (Scientific Registry of Transplant Recipients) consulté entre le 1er janvier 2003 et le 31 décembre 2016. Il a été ainsi permis d’évaluer les tendances en termes d’indications, de pronostic, de complications et de mortalité au sein d’une cohorte de 8 627 patients âgés (≥ 65 ans). Les données ont été traitées au moyen d’une analyse par régression logistique multiple et la méthode des risques proportionnels de Cox.

Entre 2003 et 2016, le nombre de sujets âgés à avoir bénéficié d’une TH a quadruplé passant de 263 (9,5 % de toutes les TH réalisées sur le territoire des États-Unis) à 1 144 (20,7 % de ces dernières). Le profil des transplantés âgés a changé sur le plan sociodémographique avec une proportion plus élevée de patients Afro-américains, de sujets de sexe féminin ou en surcharge pondérale (l’insuffisance hépatocellulaire étant en règle plus sévère). Les indications récentes les plus fréquentes ont été les suivantes : hépatite C, stéatose hépatique non alcoolique et carcinome hépatocellulaire. La probabilité d’une hospitalisation prolongée (> 2 semaines) a diminué entre 2003-2006 et 2013-2016 de 34 %, l’odds  ratio ajusté (ORa) étant en effet de 0,66 (intervalle de confiance à 95 % [IC95] de 0,57-0,76 ; p < 0,001). Il en a été de même pour le risque de rejet à 12 mois qui a diminué de 30 % (ORa = 0,70 ; IC95 de 0,56 à 0,88 ; p = 0,002) et le nombre de pertes du greffon toutes causes confondues qui a chuté de 54 % (IC95 de 0,40 à 0,52 ; p < 0,001). La mortalité liée à la TH, pour sa part, a reculé de 57 % (ORa = 0,43 ; IC95 de 0,38 à 0,49 ; p < 0,001).

En l’espace de moins de 15 ans, le visage de la transplantation hépatique a quelque peu changé aux États-Unis sous l’angle démographique, mais aussi en termes de résultats. Le nombre de patients âgés qui ont bénéficié de cette technique a quadruplé et les interventions ont été en général réalisées à un stade plus évolué de la maladie hépatique avec une insuffisance hépatocellulaire en règle plus sévère. En dépit de ces facteurs pronostiques a priori péjoratifs, les résultats de la transplantation hépatique se sont significativement améliorés : durée plus brève des hospitalisations, moindre fréquence du rejet ou de la perte du greffon, et enfin, mortalité post-opératoire en baisse. Ces tendances méritent d’être prises en compte quand ce type d’intervention est envisagé chez un sujet âgé atteint d’une insuffisance hépatocellulaire terminale.

Dr Philippe Tellier

Référence
Haugen CE et coll. : National Trends in Liver Transplantation in Older Adults. J Am Geriatr Soc. 2018 ; 66 (12) : 2321-2326.

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