Trop de neuroleptiques pour les jeunes patients ?

Dans un contexte où les prescriptions de neuroleptiques augmentent « de façon considérable » chez les enfants, les adolescents et les jeunes adultes au Canada (avec une multiplication « par un facteur d’au moins 4 » et 12 % des ordonnances en question concernant « des enfants de moins de 9 ans »), une revue systématique réalisée dans ce pays vise à actualiser les connaissances sur ces prescriptions de neuroleptiques (de première ou de seconde génération) pour traiter des troubles psychiatriques ou du comportement chez des jeunes (âge ≤ 24 ans).

S’appuyant sur des données de la littérature médicale concernant 135 études (95 essais thérapeutiques et 40 études observationnelles), les auteurs constatent que « les antipsychotiques de seconde génération améliorent dans une certaine mesure les troubles contre lesquels ils sont prescrits. » Mais ces médicaments peuvent entraîner aussi des effets indésirables, notamment « une prise de poids, une hypertriglycéridémie, des symptômes extrapyramidaux, ou une somnolence. » Ils semblent aussi « augmenter les risques d’hypercholestérolémie et de diabète de type 2 » (non-insulinodépendant). Selon cette recherche canadienne, les neuroleptiques de première génération causeraient « légèrement moins de prise de poids » que ceux de seconde génération.

Évaluer le rapport avantages/inconvénients

Il faut cependant relativiser la portée de cette étude, car les comparaisons faites entre ces divers médicaments ont « une force de preuve faible ou insuffisante. » En particulier, des données manquent « pour les effets à long terme » (mais cela peut s’expliquer par la limitation du suivi des patients à l’âge de 24 ans) et pour l’incidence éventuelle des traitements « sur le rendement scolaire » (mais il est de surcroît difficile de départager les rôles respectifs des troubles psychiatriques et des médicaments pour les combattre, sur les performances ou les limitations cognitives). Pour réduire autant que possible cette inflation des prescriptions de neuroleptiques dès l’enfance, les auteurs préconisent « une évaluation soigneuse par les cliniciens du rapport avantages / inconvénients », en particulier quand il existe « des alternatives thérapeutiques » comme les psychothérapies. Ils soulignent aussi l’importance d’un « suivi de longue durée » et la nécessité d’être plus vigilants sur les inconvénients liés à cette classe de médicaments.

Dr Alain Cohen

Référence
Pillay J et coll.: Harms of antipsychotics in children and young adults: A systematic review update. Canadian J Psychiatry, 2018 ; 63 : 661–678.

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