Un gradient Nord-Sud pour la mortalité des 25-44 ans en Angleterre (aussi)

Depuis le milieu des années 90, les Anglais constatent, dans la tranche d’âge de 25 à 44 ans, une surmortalité chez ceux qui vivent dans le nord de l’Angleterre, comparativement aux habitants méridionaux. L’étude populationnelle du Pr Kontopantelis s’est penchée sur la contribution des carences socio-économiques à ce phénomène qui n’a cessé de s’aggraver depuis.

Les données de mortalité de l’Office Nationale des Statistiques pour 5 des régions les plus au Nord et 5 des régions les plus au Sud de l’Angleterre ont été agrégées et comparées pour ce qui concerne les décès survenus entre janvier 1981 et le 31 décembre 2016. Un modèle de régression de Poisson (modèle log-linéaire), ajusté sur l’âge et le sexe, a permis de quantifier la surmortalité septentrionale, en soulignant les causes de décès - accidents, alcool, maladies cardiovasculaires, diabète, drogue(s), suicide, cancer et autres causes. Le rôle des conditions socio-économiques dans ces variations régionales a été considéré via l’IMD (Index of Multiple Deprivation), un indice composite prenant notamment en compte éducation, travail, environnement de vie et inégalités de santé.

Accidents, alcool et drogues à l’origine de cette fracture

La fracture constatée entre Nord et Sud se serait accentuée du fait de décès attribuables aux accidents ainsi qu’à l’abus de consommation d’alcool et de drogues. Dans la période 2014-2016, le ratio (Nord/Sud) du taux d’incidence des décès de causes cardiovasculaires était de 1,47 %, celui des décès liés à l’alcool de 2,09 % et pour les décès liés à la consommation de  drogue de 1,60 %, chez les hommes et les femmes âgés de 25-44ans (intervalles de confiance à 95% respectivement de 1,39-1,54 ; 1,94-2,25 et 1,53-1,70). La mortalité d’origine cardiovasculaire a cependant décliné durant la période de l’étude, sans toutefois que se comble le fossé creusé de longue date entre Nord et Sud., Le nombre de décès « excédentaires » entre 2014 et 2016 a été estimé à 1 881 pour les femmes et 3 530 chez les hommes. Jusqu’à deux tiers d’entre eux semblent liés à des conditions socioéconomiques néfastes. Cependant, la capitale ne semble pas subir cette tendance : en 2016, le taux de mortalité à Londres était plus bas que dans toutes les autres régions, même après ajustement sur la précarité.

Une exacerbation des inégalités sociales et de santé

Ce gradient de mortalité Nord-Sud pourrait, selon les auteurs, être imputable à l’exacerbation d’inégalités sociales et de santé, perceptibles depuis de nombreuses années. Elles auraient alors enfanté la détresse psychologique, le désespoir et, in fine, un mode de vie plus risqué chez les jeunes adultes, particulièrement à l’extérieur de Londres. Cependant, des investigations supplémentaires semblent nécessaires, les éléments de réponse apportés restant confinés à l’état de suppositions.

Dr Justine Diehl

Référence
Kontopantelis E, Buchan I, Webb RT, Ashcroft DM, Mamas MA, Doran T : Disparities in mortality among 25–44-year-olds in England: a longitudinal, population-based study. The Lancet Public Health. 1 déc2018;3(12):e567‑75.

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Vos réactions (2)

  • Jeûne et surconsommation compensatoire ou l'inverse

    Le 19 décembre 2018

    Autrefois chez les catholiques la veille de Noël était un jour de jeûne, ce qui peut expliquer la tendance à la suralimentation le lendemain, et en limitait les effets secondaires.

    Peut-être faut-il remettre plus de jeûne en vigueur pour raisons de santé ?

    Dr Marie-Laure Bigel

  • Jeûne avant la Noêl

    Le 19 décembre 2018

    Cela pourrait être une prescription utile, par périodes courtes, y compris en dehors des fêtes,en conseillant un apport hydrique suffisant et bien sûr en tenant compte des profils pathologiques ou non,du terrain.

    Dr Hubert-Alain Bousquet

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