Boissons aux édulcorants de synthèse : quelques soupçons de plus

Les boissons contenant des édulcorants de synthèse (BES) sont dans le collimateur depuis un certain temps. L’alerte a été lancée par des études épidémiologiques telles que WHI (Women’s Health Initiative) qui ont établi une association entre la consommation de BES et la survenue d’évènements cardiovasculaires (ECV), voire la mortalité cardiovasculaire. Il en a été de même, dans une certaine mesure, avec la Northern Manhattan Study. Dans l’étude de Framingham qui a porté sur les descendants de la cohorte initiale, c’est le risque d’AVC et de démence qui s’est avéré élevé chez les consommateurs de BES. D’autres études ont abouti à des résultats discordants, de sorte que la situation est loin d’être limpide : il n’y a là rien de surprenant, car l’approche épidémiologique de cette problématique est loin d’être évidente, ne serait-ce qu’en raison de l’estimation approximative des apports en BES et de la multiplicité des facteurs de confusion potentiels.

L’étude d’observation multicentrique longitudinale dite WHI-OS (WHI Observational Study) permet d’actualiser les données grâce au suivi d’une cohorte initialement composée de près de 100 000 femmes ménopausées, recrutées entre 1993 et 1998. L’un des objectifs était la recherche d’une association entre l’exposition aux BES et le risque d’accident vasculaire cérébral (AVC) ischémique ou hémorragique. Au passage, ont été glanées des informations quant à la mortalité et au risque de maladie coronaire.

L’analyse a finalement porté sur 81 714 participantes, âgées de 50 à 79 ans, la durée moyenne du suivi étant de 11,9 ± 5,3 années. Trois ans après le recrutement et les constatations basales, une consultation obligatoire était requise pour accéder à l’étape analytique. Les questionnaires ont permis d’évaluer l’exposition aux BES et de constater que la plupart des participantes (64,1 %) en faisaient une consommation nulle ou occasionnelle (« jamais ou moins d’une fois par semaine »). Par rapport à ce groupe témoin, les plus grandes consommatrices de BES ont été exposées à la plupart des désagréments précédemment évoqués, à l’exception des AVC hémorragiques, après prise en compte d’un maximum de co-variables.

Risque plus élevé d’AVC ischémique entre autres

Les analyses  multivariées ajustées ont ainsi permis de calculer les hazard ratios (HRs) correspondants assortis de leurs intervalles de confiance à 95 % (IC95) : (1) AVC tous types confondus : HR = 1,23 (IC95 1,02-1,47) ;  (2) AVC ischémiques : HR = 1,31 (IC 95 1,06-1,63) ; (3) maladie coronaire : HR = 1,29 (IC95 1,11-1,51) ; (4) mortalité globale : HR = 1,16 (IC95 1,07-1,26). En l’absence d’antécédents de maladie cardiovasculaire ou de diabète, la consommation élevée de BES a été associée à un risque élevé d’AVC ischémique en rapport avec l’occlusion de petites artères cérébrales, le HR étant alors de 2,44 (IC95 1,47-4,04). En cas d’obésité morbide (indice de masse corporelle ≥30 kg/m2), les excès de BES conduisaient à un risque élevé d’AVC ischémique, quelle que soit la topographie de l’occlusion artérielle, le HR étant alors de 2,03 (IC95 1,38-2,98).

Cette étude longitudinale s’ajoute aux autres pour alerter sur les méfaits possibles des boissons aux édulcorants de synthèse. Chez la femme ménopausée, ces dernières semblent augmenter le risque d’AVC ischémique et de maladie coronaire, tout autant que la mortalité globale. Les occlusions des petites artères cérébrales seraient particulièrement favorisées par l’excès de BES, ce qui constitue une notion nouvelle. Cette étude partage les mêmes limites que les autres et ses résultats doivent être répliqués pour aboutir à des certitudes, mais les soupçons s’accumulent, au point que la modération des apports en BES peut d’ores et déjà être préconisée.

Dr Philippe Tellier

Référence
Mossavar-Rahmani Y et coll. : Artificially Sweetened Beverages and Stroke, Coronary Heart Disease, and All-Cause Mortality in the Women's Health Initiative. Stroke. 2019 ; 50 : 555-562.

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