Les Oméga 3, un rôle dans la prévention des AVC ischémiques ?

Les acides gras dits oméga 3 sont considérés pour la plupart comme essentiels, dans la mesure où leur apport en quantité suffisante est nécessaire au bon fonctionnement et au développement de l’organisme. Leur précurseur est l'acide alpha-linolénique (ALA) ; dès lors qu’il est apporté par l’alimentation, l’ALA est transformé en trois acides oméga 3, respectivement l’acide eïcosapentaènoïque (EPA), l’acide docosapentaènoïque (DPA) et l’acide docosahexaènoïque (DHA) mais le rendement de la synthèse ALA-DHA est trop faible pour que les besoins de l’organisme en DHA soient couverts, de sorte qu’un apport supplémentaire est requis.

Les vertus de cette famille d’acides gras sont abondamment soulignées, parfois avec excès, sur la foi d’études qui ne sont pas toutes de premier ordre. Cette remarque vaut pour la prévention primaire et secondaire de la maladie cardiovasculaire, mais dans ce domaine, il existe des arguments pour encourager la prise modérée d’acides oméga 3, en soulignant que celle-ci doit s’intégrer dans une prise en charge hygiéno-diététique de préférence globale et non pas sélective. Il semble, par ailleurs que leurs effets bénéfiques pourraient concerner le cerveau notamment au cours du vieillissement et des maladies neurodégénératives, mais il manque des données solides pour être plus affirmatif. Même bémol pour la prévention de la dégénérescence maculaire liée à l’âge et encore plus de celle des accidents vasculaires cérébraux (AVC).

Pour ce qui est de ces derniers, une étude prospective publiée dans Stroke mérite d’être rapportée, car elle est la première à évoquer une relation entre acides oméga 3 et risque d’AVC. Elle est en fait la somme de trois cohortes étatsuniennes bien connues, respectivement CHS (Cardiovascular Health Study), NHS (Nurses' Health Study) et HPFS (Health Professionals Follow-Up Study). Les taux circulants des acides oméga 3 EPA, DPA et DHA ont été systématiquement dosés à l’état basal. Les AVC ischémiques survenus au cours de la période de suivi ont été classés en deux grands sous-types au vu des observations médicales et des données de l’imagerie : (1) athérothrombotiques (infarctus par atteinte des grosses artères ou des petits vaisseaux ; (2) cardio-emboliques. Le modèle des risques proportionnels de Cox a permis d’évaluer le risque d’AVC en fonction des taux d’acides oméga 3 dans l’étude CHS. Une régression logistique conditionnelle a rempli cet objectif dans les études NHS et HPFS). Les résultats de ces analyses ont été poolés au moyen d’une méta-analyse à effets fixes. 

Relation inverse entre taux de DPA et de DHA et risque d’AVC ischémique

Au cours d’un suivi d’une durée médiane qui a atteint 11,2 années dans l’étude CHS et 8,3 années dans les études NHS et HPFS, ont été dénombrés 953 AVC ischémiques répartis en  3 groupes selon leur origine : athérothrombotique (n = 408), cardio-embolique (n = 256) ou encore indéterminée (n = 289). Une analyse multivariée avec ajustements multiples a mis en évidence  une relation inverse entre le risque d’AVC ischémique toutes causes confondues et les valeurs basales des taux de : (1) DPA (quartile supérieur versus inférieur : [HR], 0,74 ; intervalle de confiance à 95 % [IC], 0,58-0,92) ; (2) DHA (HR, 0,80 ; IC, 0,64-1,00). Aucune relation significative n’a été en revanche décelée pour ce qui est de l’EPA (HR, 0,94 ; IC, 0,77-1,19). Le risque d’AVC d’origine athérothrombotique s’est avéré nettement plus faible avec le DHA, soit un HR de 0,53 ; IC, 0,34-0,83) et la même tendance a été observée pour l’association entre DPA et AVC d’origine cardio-embolique (HR, 0,58 ; IC, 0,37-0,92). Les résultats de l’analyse poolée ont concordé avec ceux obtenus au sein de chaque cohorte.

Cette étude qui porte sur un effectif considérable établit une association inverse entre les taux circulants élevés de DHA et de DPA, d’une part, le risque d’AVC ischémique, d’autre part. Le lien serait plus étroit entre DHA et étiologie athérothrombotique, comme entre DPA et étiologie cardio-embolique. Les acides oméga 3 peuvent-ils jouer un rôle dans la prévention des AVC ? Ces résultats ne permettent pas de conclure, mais ils justifient certainement d’autres études.

Dr Philippe Tellier

Référence
Saber H et coll. : Omega-3 Fatty Acids and Incident Ischemic Stroke and Its Atherothrombotic and Cardioembolic Subtypes in 3 US Cohorts. Stroke. 2017 ; 48:2678-2685.

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