Réhabiliter les fast-foods ?

L’épidémie d’obésité qui s’est diffusée à travers le monde suscite encore de nombreuses questions. D’autant plus que les actions mises en place un peu partout, sous l’égide de l’OMS ou des autorités sanitaires locales, n’ont pas porté leurs fruits et la prévalence de l’obésité continue d’augmenter.

Les fastfoods sont ici bien souvent mis en cause. Pourtant, certains travaux ont produit des résultats contradictoires quant à leur implication, et récemment une étude menée aux États-Unis montrait que la prévalence de l’obésité augmentait de plus belle dans une zone où pourtant, l’implantation des restaurants de type fastfoods était désormais contrôlée.

Pour vérifier si ce type d’alimentation fournissait un apport énergétique réellement supérieur à celui apporté par la nourriture servie dans les autres restaurants, une équipe internationale a comparé les plats les plus souvent commandés dans ces différents établissement, en analysant les portions habituellement proposées. L’étude a été menée parallèlement dans plusieurs pays : Brésil, Chine, Finlande, Ghana et Inde. Au total 223 plats servis dans 111 restaurants « classiques » et fastfoods, et 10 plats servis dans 5 cantines finlandaises sont passés dans une bombe calorimétrique. Les résultats ont ensuite été confrontés avec les données États-uniennes.

Beaucoup plus de kilocalories dans les repas des restaurants « classiques »

Le contenu énergétique des plats commandés au fastfood est significativement inférieur à celui des plats servis dans les restaurants « classiques » au Brésil (34 %),  en Chine (46 %) et aux États-Unis (29 %). Le poids des portions de fastfoods dans ces pays est aussi significativement inférieur à celui des portions des restaurants, mais la densité énergétique (kcal/g) des fastfoods est supérieure au Brésil et inférieure en Chine à celle des plats servis dans les restaurants. La Chine est en effet le seul pays où la densité énergétique des fastfoods est inférieure à celle des fastfood américains (44 %) et le seul pays aussi où les plats des restaurants ont une densité énergétique inférieure à celle des restaurants américains (21 %). En moyenne, le contenu énergétique d’une portion est de 1 317 kcal pour les plats servis dans les restaurants, et de 809 kcal pour les fastfoods. Notons que 3 % des plats de restaurant contiennent au moins 2 000 kcal par portion, ce qui est constaté au Ghana, en Inde et aux États-Unis. Toutefois, le même plat peut contenir 2 fois plus de calories selon le restaurant dans lequel il est préparé, dans un même pays ! Enfin, en ce qui concerne les plats servis dans les cantines canadiennes, ils ont un contenu énergétique inférieur d’environ 25 % à celui des plats de restaurants et des fastfoods.

Les auteurs estiment que, excepté en Chine, une femme sédentaire qui mangerait quotidiennement un plat de restaurant ou un fastfood consommerait ainsi entre 70 % et 120 % de ses besoins énergétiques, sans compter les boissons, entrées, desserts et autres snacks. Ils estiment que la mauvaise réputation des fastfoods n’est pas tout à fait justifiée, puisque les portions servies dans les restaurants fournissent un apport énergétique plus élevé.

Ainsi, si l’on s’en tient à cette étude, pour réduire l’obésité, plusieurs choix semblent se présenter : réduire les portions dans les restaurants, manger plutôt des hamburgers, ou alors se mijoter de petits plats chez soi. Chacun décidera selon ses préférences et sa philosophie…

Dr Roseline Péluchon

Références
Roberts SB et coll. : Measured energy content of frequently purchased restaurant meals: multi-country cross sectional study. BMJ 2018; 363: k4864

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Vos réactions (6)

  • Fast food

    Le 17 décembre 2018

    En fait, c'était déjà la conclusion des cours sur l'obésité que j'ai suivi, le problème est toujours celui du "non contrôle" qui semble dominer actuellement,"je fais ce qui me plait" et il semblerait que le "jambon coquillette" qui parait être la base du repas du soir ne soit pas étranger à cette "épidémie". Il faudrait aussi, peut-être, que parents, et souvent grand-parents, cessent le "mais finit ton plat" en oubliant qu'un enfant en principe ne se laisse pas mourir de faim ! Et arrêtons cette invraisemblable quantité de boissons sucrées, je suis effaré quand je vois le contenu de la majorité des caddies de parents jeunes !

    Dr Marc Lemire

  • Conduites alimentaires

    Le 18 décembre 2018

    Cette étude, comme beaucoup d'autres, véhicule une vision simpliste de la science nutritionnelle.
    Il est certes intéressant de montrer que ce dont on accuse les fast food n'est généralement pas justifié, et que leur offre alimentaire est après tout fort convenable.

    Néanmoins, il ne suffit nullement de mesurer la densité énergétique des plats servis pour connaître la vertu des repas.

    Le facteur essentiel de la pathogénie alimentaire est évidemment celui des boissons et du sel qui contribue à leur consommation. C'est cette conjonction d'intoxication sodée et de potomanie (sucrée mais aussi édulcorée, parfois alcoolisée) qui entraîne les plus gros dégâts sanitaires.
    Bien entendu, l'ingestion très insuffisante de fibres et de substances végétales bioactives est le deuxième fléau qui n'apparaît pas dans la simple mesure calorique.

    Quant à la quantité d'exercice physique à mettre en relation avec les apports énergétiques elle est aussi occultée.
    Le problème n'est vraiment pas de savoir s'il est bon ou mauvais de manger dans les "fast food" mais bien de connaître l'hygiène de vie et les représentations alimentaires des nouvelles générations, et d'identifier les moyens d'enrayer les méfaits de conduites encouragées par la publicité.

    Dr Pierre Rimbaud

  • Nutrition

    Le 23 décembre 2018

    Méfions nous surtout des prétendues évidences.

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