Antibiothérapie sans délai pour les infections urinaires après 65 ans !

L’infection urinaire est l’une des infections les plus courantes chez les personnes de plus de 65 ans, avec une prépondérance de l’Escherichia Coli. Il s’agit d’une cause fréquente de prescription « empirique » d’antibiotique, que ce soit en soins primaires ou secondaires et certaines études ont estimé que plus de 50 % des antibiothérapies prescrites dans les infections urinaires sont inutiles. Les incitations à limiter l’usage des antibiotiques et les rappels aux recommandations, ont toutefois modifié les habitudes des praticiens, avec une nette tendance à la réduction des prescriptions depuis une dizaine d’années. Cela a-t-il des conséquences en terme de pronostic dans cette catégorie de patients plus vulnérables et plus susceptibles de développer des complications urinaires et des bactériémies ?

La réponse a cette question nous est délivrée par une étude menée sur 157 264 patients de 65 ans ou plus, ayant consulté en médecine générale pour au moins une suspicion d’infection urinaire, entre 2007 et 2015. Les résultats sont éloquents.

Un risque élevé de bactériémie et de décès en l’absence de traitement et en cas de traitement tardif

Il apparaît en effet que le risque de bactériémie dans les 60 jours après cet épisode d’infection urinaire est 8 fois plus élevé pour les patients n’ayant pas reçu d’antibiotique dès leur première consultation, par rapport à ceux qui ont reçu une antibiothérapie immédiate (Odds ratio ajusté ORa 8,08 ; intervalle de confiance à 95 % IC 7,12 à 9,16). Il est 7 fois plus élevé pour ceux dont la mise sous antibiotique a été retardée, c’est-à-dire qui ont reçu un antibiotique dans les 7 jours mais pas lors de la consultation initiale (ORa 7,12 ; IC 6,22 à 8,14). En comparaison avec les patients ayant bénéficié d’une antibiothérapie immédiate, une bactériémie supplémentaire survient tous les 37 patients non traités immédiatement et tous les 51 patients traités avec retard.

Mais ce n’est pas tout, puisque les données montrent aussi que le risque de décès toutes causes est 2 fois plus élevé chez ceux qui n’ont pas reçu d’antibiotique (ORa 2,18 ; IC 2,04 à 2,33) et augmente de 16 % chez ceux pour lesquels l’antibiothérapie a été différée (ORa 1,16 ; IC 1,06 à 1,27).

Précisons que le risque de bactériémie ou de décès est plus élevé chez les hommes de plus de 85 ans et les personnes vivant dans des conditions socio-économiques difficiles.

Les auteurs encouragent les médecins généralistes à considérer avec un certain recul les messages destinés à réduire les prescriptions inutiles d’antibiotiques, pour cette population des plus de 65 ans. Rappelant que ces patients sont particulièrement vulnérables vis-à-vis des complications des infections urinaires et s’appuyant sur les résultats de cette étude, ils recommandent que l’antibiothérapie soit commencée sans délai, dès les premiers signes d’infection urinaire.

Dr Roseline Péluchon

Références
Gharbi M et coll. : Antibiotic management of urinary tract infection in elderly patients in primary care and its association with bloodstream infections and all cause mortality: population based cohort study.
BMJ 2019; 364: l525

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Vos réactions (5)

  • Infection urinaire après 65 ans

    Le 05 mars 2019

    Dommage que la différence Homme /femme ne soit pas mieux illustrée.

  • Les infections urinaires /et ou les cystites,?,,

    Le 05 mars 2019

    Alors la c’est un pavé dans la mare...
    On nous bassine les dernières recos sur ATB et infections urinaires (société urologie et infectiologie) depuis au moins 3 ans .´
    sur les résistances .., ne pas traiter une bactériurie...attention aux résistances ect. ....
    Donc je m’adresse à l’auteure de l’article...Madame chère confrère,pourriez-vous être plus précise: infections urinaires (soit haut appareil ou cystite)
    Merci de me répondre.
    Je vais quand même vous informer (peut être ) qu’il existe un produit difficile à se procurer certes qui s’appelle Uromune en Grande Bretagne et qui serait un (vaccin) fait de souches bactériennes les plus connues efficace sur la diminution de fréquence de ces "inconvénients"  
    J’attend des précisions sur votre article.

    Dr Patricia Erbibou

  • Des précisions (réponse au Dr Erbibou)

    Le 06 mars 2019

    L'étude concerne des patients atteints d'infection urinaire basse, non compliquée. Etaient exclus les patients présentant une bactériurie asymptomatique.

    Dr Roseline Péluchon

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