Les jeunes victimes de harcèlement à l’école ne se confient pas aux professionnels de la santé

En France, de 10 à 15 % des enfants en âge de scolarité obligatoire sont victimes de harcèlement, ce qui a des conséquences, à court terme, sur leurs résultats scolaires ou leur socialisation et, à plus long terme, sur leur santé mentale(1). Le harcèlement constitue dès lors un problème majeur de santé publique. Malgré l'importance du harcèlement et son impact sur la santé, un dépistage de routine est rarement fait par les professionnels de la santé. Or ces derniers sont en première ligne et devraient être des acteurs clés pour dépister le harcèlement et aider les jeunes victimes. Mais qu’en pensent les principaux intéressés ? C’est ce qu’a voulu savoir une équipe américaine qui a mené une étude dans la région de Boston, soit dans milieu relativement favorisé avec un revenu annuel moyen de 75 640 $. Leur objectif a été d'explorer les perceptions des jeunes concernant le rôle des professionnels de la santé dans la lutte contre le harcèlement. Une approche au moyen de groupes de discussion (focus groups) a été utilisée pour générer les données de l'étude auprès de jeunes âgés de 10 à 16 ans, parlant anglais et ayant participé à des programmes de prévention du harcèlement. Les adolescents présentant des troubles d’apprentissage ou des difficultés de langage ont été exclus. Les propos des jeunes participants ont été enregistrés, puis transcrits, pour être analysés.

Un problème d’école et non pas un problème de santé

Au total, 24 adolescents ont participé à trois groupes de discussion. Un quatrième groupe a été ajouté pour recueillir les témoignages de deux jeunes hospitalisés pour maladie chronique. Les sujets présentaient les caractéristiques suivantes : âge moyen de 12,3 ans, 22,7 % de garçons, 63,5 % de Caucasiens, 13,6 % d’Afro-Américains et 22,7 % de Latino-Américains.

Trois thèmes ont émergé de cette enquête. Le premier : « Je ne suis pas sûr que cela fasse partie de leur travail ». Les professionnels de la santé posent des questions très générales à propos de l’école et les jeunes ne pensent pas à leur parler de harcèlement. Les adolescents connaissent les conséquences du harcèlement, mais ils ne les classent pas comme un problème de santé mentale, même s’ils considèrent les soignants comme des ressources en santé mentale.

Deuxième notion recueillie : « C'est trop personnel ». Les jeunes ne se sentent pas suffisamment en confiance avec leur médecin pour parler de harcèlement : ils sont mal à l’aise et ils craignent que le praticien en parle à leurs parents.
« Ils ne pouvaient pas aider de toute façon », est la troisième déclaration dévoilée, les sujets voyant les professionnels de la santé comme répondant surtout à des besoins physiques et ne pensant pas à eux comme des « ressources ». Toutefois, ils croient que si la victime de harcèlement a des idées suicidaires, le médecin pourrait aider.

Pour conclure, il est clairement apparu que les élèves pensent que les professionnels de la santé ont un rôle limité à jouer dans la lutte contre l'intimidation, en qualifiant le harcèlement comme un problème lié à l'école ou à la communauté, mais pas comme un problème de santé. Ils seraient toutefois ouverts à un dépistage en ligne. Par ailleurs les auteurs soulignent l’importance de l’intégration des recommandations sur le dépistage du harcèlement et de ses conséquences par les intervenants en soins primaires.

(1)   Ministère de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et de la Vie associative. Le Harcèlement entre Élèves. Paris: Direction générale de l'enseignement scolaire, 40 pages, 2011.


Cécile Michaud, inf., PhD

Référence
Vessey JA et coll. “‘I Didn’t Even Know You Cared About That Stuff’: Youths’ Perceptions of Health Care Provider Roles in Addressing Bullying.” Journal of Pediatric Health Care 31.5 (2017): 536–545.

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