Quelles graisses alimentaires augmentent à long terme le poids ?

L’obésité concerne plus du tiers de la population générale des États-Unis. La prévalence de la surcharge pondérale est encore plus élevée et il faut savoir que cette dernière s’installe de manière insidieuse, la prise de poids annuelle à l’âge adulte étant en règle générale et en moyenne < 0,5 kg. L’effet cumulatif sur le long terme est donc considérable alors qu’il n’est pas perceptible et sa prévention est essentielle en termes de santé publique. Les régimes pauvres en graisses (où ces dernières ne représentent que 20-30 % de l’apport calorique total) sont à la mode, alors même que leur bénéfice chez la femme ménopausée ou diabétique n’est pas établi. Il semble même que les régimes hypocaloriques sans restriction de l’apport en graisses soient plus efficaces quand il s’agit de perdre du poids. La composition en macronutriments, en qualité comme en quantité, doit jouer un rôle propre et la remarque vaut autant pour les hydrates de carbone que pour les graisses, mais les études longitudinales qui permettent d’en juger sur le long terme sont rares.

Plus de 120 000 sujets suivis pendant 20 à 24 ans

Trois études de cohorte étatsuniennes, regroupant au total 121 335 sujets des deux sexes, ont été passées en revue. L’objectif a été de rechercher des associations entre divers types de régime alimentaire plus ou moins pauvres en graisses et les variations du poids corporel à long terme. Les données recueillies tous les 4 ans ont été traitées au moyen d’analyses multivariées avec un ajustement qui a pris en compte l’âge, l’indice de masse corporelle (IMC) basal et les apports en protéines, céréales, fruits et légumes, ainsi que la consommation d’alcool et d’autres covariables liées à l’hygiène de vie. A l’entrée, aucun des participants n’était atteint d’une ou plusieurs des maladies suivantes : maladie cardiovasculaire, obésité, diabète ou encore cancer. Le suivi a été compris entre 20 et 24 ans selon la cohorte, et le régime alimentaire a été évalué à intervalles réguliers au moyen de questionnaires validés. Les résultats obtenus dans chaque cohorte ont été poolés dans le cadre d’une méta-analyse à effets aléatoires.

Comparativement à une variation identique dans l’apport d’hydrates de carbone, en l’espace de 4 années, une augmentation de 5 % de l’apport énergétique sous la forme d’acides gras saturés a été associée à une prise de poids de l’ordre de 0,61 kg (IC95% : 0,54 à 0,68). Dans des conditions similaires, une augmentation de 1 % de l’apport énergétique sous forme d’acides gras trans a conduit à une augmentation du poids qui a atteint en moyenne 0,69 kg (IC95% : 0,56 à 0,84). C’est l’inverse qui a été observé avec les acides gras polyinsaturés, puisqu’une augmentation de 5 % de l’apport énergétique sous cette forme a été associée à une diminution du poids corporel de 0,55 kg (IC95% : -0,81 à -0,29). L’apport d’acides gras mono-insaturés d’origine animale à raison d’1 % de l’apport énergétique a, pour sa part, été associé à une prise de poids de 0,29 kg (IC95% : 0,25 à 0,33), à la différence de ceux d’origine végétale qui n’ont pas eu de répercussion significative sur le poids.

Il apparaît ainsi que la composition du régime alimentaire en graisses influe diversement sur le poids à long terme dans les deux sexes. La qualité et la quantité des acides gras semblent être tous deux en cause, en sachant que les acides gras insaturés seraient les plus à même de prévenir la prise de poids liée à l’âge. La remarque vaut tout particulièrement pour les acides gras polyinsaturés qui ont le plus d’impact sur le poids, si l’on en croit l’analyse de ces trois cohortes étatsuniennes regroupant plus de 120 000 sujets étroitement suivis pendant plus de 20 ans.

Dr Philippe Tellier

Référence
Liu X et coll. Changes in types of dietary fats influence long-term weight change in us women and men. J Nutr. 2018 ; 148 : 1821-1829.

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Vos réactions (2)

  • Reste à convaincre les patients

    Le 04 mars 2019

    Cela rejoint les dernieres recos d'utiliser l'huile de colza et de diminuer viandes de boucherie, charcuteries et produits hyper- transformés.
    Reste à convaincre les patients et ça c'est une autre paire de manche.

    Dr Eve Beratto

  • Difficile de changer le logiciel

    Le 06 mars 2019

    Entre insuffisance d'apport en AGPI et mauvais rapport omega 3/omega 6 et autres insuffisances en certain AG ou confusion dans les AG saturés... il y a de la marge pour modifier les pensées des malades (rien que de très normal) mais aussi de certains médecins, endocrinologues en tête, y compris dans une clinique diététique (pas totalement normal mais pas fondamentalement surprenant en France quand on parle de nutrition).

    Dr Christian Trape

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