Obésité et troubles gynécologiques : un fort manque de preuves

Dans la majorité des pays européens, 10 % des femmes enceintes sont obèses. La palme revient à l’Ecosse où 20,7 % des femmes enceintes sont obèses, tandis que la Pologne en compte 7,1 %. L’obésité a été associée à des complications gynécologiques (augmentation de l’incidence des cancers gynécologiques, de leur mortalité, de l’incidence du syndrome des ovaires polykystiques, de l’infertilité, etc.) et obstétricales (diabète gestationnel, macrosomie, hypertension, césariennes, anomalies congénitales, etc.). Certaines de ces complications ont une relation de cause à effet prouvée avec l’obésité, mais d’autres pourraient n’être que…la conséquence de biais dans les études.

Une équipe internationale a entrepris de vérifier la validité de ces associations entre l’obésité et différentes pathologies gynécologiques et obstétricales. Les auteurs ont réalisé une « revue-ombrelle », passant au peigne fin les résultats de 156 méta-analyses d’études observationnelles et 107 méta-analyses d’essais cliniques. Toutes avaient comme objectif d’évaluer le degré de preuve des liens entre différents indices d’obésité et 84 types de pathologies gynécologiques et obstétricales.

Des liens avérés pour seulement huit pathologies

Les résultats laissent perplexes, puisque sur 144 méta-analyses incluant des études de cohorte, seulement 8 % apportent des preuves formelles pour un lien entre l’obésité et 8 pathologies. Il s’agit du risque augmenté de cancer de l’endomètre, de cancer ovarien, de dépression anténatale, de césarienne, de césarienne en urgence, de pré-éclampsie, de macrosomie fœtale et de score d’Apgar bas. L’association va d’une augmentation de 21 % du risque de cancer de l’endomètre pour chaque augmentation de 0,1 du rapport tour de taille/tour de hanche, à une multiplication par 4 du risque de pré-éclampsie pour les femmes dont l’IMC est > 35 comparées à celles avec un IMC < 25. Seulement 3 de ces pathologies sont abordées dans des essais évaluant l’efficacité des interventions destinées à aider la patiente à perdre du poids. De telles interventions réduisent significativement le risque de césarienne et de pré-éclampsie, mais ne paraissent pas avoir d’effet significatif sur le risque de macrosomie fœtale.

Les autres associations faites entre l’obésité et les complications gynécologiques et obstétricales peuvent aussi être réelles, mais il n’est pas possible, en l’état actuel des données, d’affirmer un lien de cause à effet. Le lien établi pourrait être la conséquence de facteurs confondants non identifiés ou de biais de recrutement. Avec l’épidémie d’obésité qui sévit actuellement à travers le monde, il paraît indispensable de pouvoir établir des preuves incontestables. Pour cela, des études prospectives plus nombreuses sont encore nécessaires.

Dr Roseline Péluchon

Références
Kalliala I et coll. : Obesity and gynaecological and obstetric conditions: umbrella review of the literature.
BMJ 2017; 359: j4511

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Vos réactions (1)

  • 8 c'est déjà pas mal !

    Le 05 novembre 2017

    Etablir un lien indiscutable entre 8 pathologies gynéco obstétricales et l'obésité ce n'est pas si mal. Certaines telles que cancer de l'endomètre, cancer de l'ovaire, pré éclampsie sont potentiellement mortelles. Allons nous, nous faire accuser de grossophobie lorsque nous encourageons nos patientes bien enrobées à maigrir ?

    Dr Michel Huss

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