Chirurgien–anesthésiste, parfois le désamour…

L’esprit et le travail d’équipe sont des éléments essentiels pour la sécurité au bloc opératoire. Dans ce cadre, une place spéciale doit être faite au couple chirurgien-anesthésiste (C&A), dont la concorde ou la discorde peuvent engendrer bien des succès mais aussi des échecs. Comment s’envisagent-ils mutuellement ? Et comment se renvoient-ils la responsabilité dans les cas où « ça va mal » ? Comment améliorer leur symbiose  et, partant, la sécurité du malade ? D’autres intervenants sont tout aussi importants (panseuse, aide opératoire …), mais la relation entre les 2 médecins qui se partagent ou se disputent la direction DES opérations conditionne le succès de L’opération.

Celle-ci dépend en effet en partie du respect que se portent C&A, de la confiance qu’ils ont l’un en l’autre, et du poids que chacun accorde aux avis de son confrère. Le désaccord au bloc entre ces partenaires est chose fréquente ; parfois basé sur un choix professionnel, sa résolution peut être bénéfique ; mais souvent fondé sur un conflit d’ego, dont il est utile de comprendre les racines, il ne peut que nuire au patient. A l’opposé, une parfaite collaboration entre C&A est source de qualité des soins.

L’anesthésie, ce serait si bien s’il n’y avait pas les chirurgiens ; en chirurgie, ce qui est triste, c’est d’avoir un anesthésiste !

L’auteur de l’article mentionné ici, quoiqu’il travaille au département d’anesthésiologie de l’hôpital de Boston, se défend d’appartenir à la tribu des anesthésistes et se veut un observateur impartial. Il constate cependant qu’en cas de discorde, chacun des acteurs a une opinion péjorative de l’autre, tout en prétendant faire grand cas de sa spécialité en général.

Parmi les critiques les plus fréquentes formulées par les anesthésistes à l’encontre des chirurgiens, celle d’être incompétent sur les risques « médicaux » (cardiaques, diabétiques), de sous-estimer la durée de l’intervention au début de celle-ci, d’expliquer insuffisamment au malade les difficultés qu’il rencontrera lors de sa convalescence.

Symétriquement, le chirurgien reproche à l’anesthésiste de penser davantage à son temps de sommeil qu’au bien-être du malade, de chercher des contre-indications injustifiées (surtout la nuit), de ralentir la rotation des interventions, de ne pas communiquer assez tôt en cas d’hypotension, ou du besoin de vasopresseurs, etc.

Finalement, de même que des « braves gens » sont séparés par leurs opinions politiques et religieuses, les C&A sont divisés par des croyances inhérentes à ce qui leur a été enseigné dans leur « tribu » et les rend peu réceptifs aux avis de leur partenaire.

Me mettant à la place du patient, je souhaite que mes C&A travaillent en parfaite harmonie, et s’unissent dans le but d’accroître ma sécurité et mon bien-être. L’idéal est qu’ils se soient concertés avant l’intervention au sujet des buts et difficultés d’icelle.

Le débat doit porter sur ce qui est le mieux pour le patient, et non sur celui qui est le meilleur.

Dr Jean-Fred Warlin

Références
Cooper JB : Critical role of the surgeon-anesthesiologist relationship for patient safety. J Am Coll Surg., 2018; 227: 382-386.

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Vos réactions (1)

  • Une vieille querelle qui ne devrait même pas exister...

    Le 09 janvier 2019

    La bonne entente entre deux partenaires aussi liés tombe sous le sens commun...en résumé à la hussarde, disons que sans chirurgie (ou actes techniques), l'anesthésie n'existe pas, et que sans anesthésie...le chirurgien ne fait rien! Le chirurgien est le recruteur, ce qui lui confère un avantage de départ et, ne l'oublions pas, une responsabilité. Mais la réalisation implique entièrement l'anesthésiste, qui très souvent est confronté seul aux problèmes divers du patient et aux impératifs techniques de l'intervention. Position qui n'est pas facile, et qui entraîne normalement un grand respect de la part du chirurgien qui en général n'a plus à s'occuper que de son intervention. Le dialogue est indispensable : tout autre attitude est stupide, néfaste pour le patient, génératrice de stress et d'ennuis, voire de complications inutiles pour toute l'équipe et le patient (je suis chirurgien à la retraite).

    Dr Astrid Wilk

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