L’impact de l’environnement sur les infections du jeune enfant est-il surestimé ?

Des infections respiratoires hautes et basses, des gastro-entérites et des fièvres nues sont banales au cours des trois premières années de vie. Si leur évolution est en général simple, leur fréquence est variable d’un enfant à l’autre. Les variations de fréquence sont surtout expliquées par des facteurs environnementaux. L’étude d’une cohorte de naissances danoise a le double intérêt de réévaluer ces facteurs de risque et de suggérer l’importance des facteurs constitutionnels.

La cohorte a été constituée avec 411 enfants de mère asthmatique, nés à ≥ 36 semaines, bien formés, et n’ayant pas fait d’infection respiratoire le 1er mois de vie, afin d’étudier l’épidémiologie de l’asthme en cas d’antécédents maternels. Comme les enfants ont été vus dans le même centre à 1 mois et tous les 6 mois jusqu’à 3 ans, ainsi qu’à l’occasion de maladies intercurrentes, il a été possible de préciser l’épidémiologie des infections banales chez les 334 enfants qui n’avaient pas manqué plus d’une consultation systématique, presque tous correctement vaccinés (98 %).

Dix infections respiratoires par enfant en 3 ans

En 3 ans, ces enfants ont fait 15 épisodes infectieux en moyenne/14 en médiane (extrêmes : 2 – 43), avec un pic de fréquence vers 1 an. Les infections respiratoires ont été les plus nombreuses (10 par enfant ; 71 % de toutes les infections), avec un pic en hiver. Un épisode infectieux avait une durée médiane de 6 jours. Avec l’âge, les infections respiratoires et digestives sont devenues plus brèves, et les fièvres plus longues (ratios des taux d’incidence ajustés [aIRR] : 0,96, 0,84, 1,10, respectivement). Sur les 3 ans, environ 3 mois ont été occupés par des épisodes infectieux (médiane : 94 j ; intervalle interquartile : 64-132), dont environ 2 par des infections respiratoires. Des antibiotiques ont été prescrits dans 25 % des épisodes, le plus souvent l’amoxicilline.

L’influence de 18 facteurs de risque environnementaux sur l’incidence des infections a été évaluée par une régression de Poisson.

Facteur favorisant : la promiscuité dans les crèches

Les infections, dont celles des voies respiratoires supérieures (rhumes, angines, pharyngites, otites moyennes, laryngites), sont favorisées par la promiscuité dans les crèches. Plus les enfants sont « au large », moins ils font d’infections ; plus ils sont nombreux dans une crèche, plus ils font d’infections ! C’est ce qu’expriment les rapports des taux d’incidence des infections dans les quartiles supérieur et inférieur des surfaces par enfant et des nombres d’enfants par crèche (aIRR respectifs : 0,96 et 1,09 pour l’ensemble des infections ; 0,95 et 1,11 pour les infections des voies respiratoires supérieures).

Les infections des voies respiratoires inférieures (bronchiolites, pneumopathies) sont associées à une naissance par césarienne (aIRR : 1,49), à un tabagisme maternel pendant la grossesse (aIRR : 1,66), à la présence de frères et sœurs plus âgés (aIRR : 1,54), et, en sens inverse, à un âge plus avancé à l’entrée en crèche (aIRR : 0,77). En revanche, il n’a pas été trouvé d’association pour les gastro-entérites et avec d’autres facteurs de risque.

Une analyse de sensibilité excluant les enfants asthmatiques donne des résultats similaires, ce qui écarte un biais de recrutement.

Tabagisme passif, pollution, chats et chiens combinés n’ont que peu d’impact

Le poids de 84 facteurs, dont quelques facteurs constitutionnels, dans la variation de fréquence des infections entre les enfants a ensuite été estimé par une analyse en composantes principales [ACP] « sparse », qui a regroupé les facteurs en 11 axes. En tout, les 11 axes ou composantes principales ne rendent compte que de 44 % de la variation de fréquence des infections entre enfants. Par exemple, la première de ces composantes, qui combine le tabagisme passif avec la pollution de l’air intérieur et la présence de chiens et/ou de chats à la maison, ne rend compte que de 8,4 % de la variation.

Au total, l’environnement n’explique que partiellement la variation de fréquence des infections banales au cours des trois premières années. Les auteurs suggèrent que des caractéristiques propres à l’enfant ont plus d’importance dans la susceptibilité individuelle aux infections. Ces facteurs constitutionnels ont été peu explorés par la recherche clinique, et, pour le moment, on ne peut que tenter de modifier l’environnement.

Dr Jean-Marc Retbi

Référence
Vissing NH et coll. : Epidemiology and risk factors of infection in early childhood. Pediatrics 2018 ; 141(6) :e2010933

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