Traitement hormonal de la ménopause dans la WHI, des données qui ne nous concernent pas

Le traitement hormonal de la ménopause (THM) a pour but premier de contrôler les symptômes souvent gênants de la ménopause, mais il a aussi un effet préventif sur certaines pathologies chroniques liées à la privation œstrogénique. Cette activité préventive reste controversée, car dépendante des produits utilisés, de leurs dosages, de leurs voies d'administration, et de la période de la ménopause à laquelle ils sont administrés.

A la demande des services de prévention des Etats Unis (USPSTF), une nouvelle mise à jour de l'évaluation de l'action préventive du THM sur certaines pathologies chroniques de la période ménopausique a été publiée.

5e mise à jour depuis la publication de la WHI en 2002

Cette revue systématique a inclus les données de 20 essais randomisés contrôlés qui totalisaient quarante mille participantes, avec un suivi moyen de 4,3 ans, et de 3 études de cohorte beaucoup plus importantes, qui totalisaient plus d'un million de participantes, avec un suivi moyen beaucoup plus long. Dominés par les données de la Women's Health Initiative (WHI) et de ses extensions, ces résultats concernent "à nouveau" essentiellement l'action des œstrogènes conjugués équins (ECE), seuls ou associés à l'acétate de médroxyprogestérone (MPA). Quelques études, dont les effectifs sont relativement faibles, concernent la prescription de 17β oestradiol, seul ou associé à la progestérone micronisée (ELITE, KRONOS, ULTRA). Compte-tenu de leur hétérogénéité, ces essais n'ont souvent pas été intégrés dans les méta-analyses.

Dans les essais examinés, les femmes qui prenaient un traitement œstrogénique (ECE), comparées à celles qui prenaient un placebo, avaient des risques significativement moindres de diabète (- 134/10 000 à 7,1 ans), de fracture (- 388/10 000 à 7,2 ans) et de cancer invasif du sein (HR= 0,79 (intervalle de confiance à 95 % IC 0,65- 0,97 à 13 ans). Mais elles avaient des risques significativement plus élevés de pathologies de la vésicule biliaire (+ 377/10 000 à 7,1 ans), d'AVC (+79/10 000 à 7,2 ans), d'accident thromboembolique veineux (+77/10 000 à 7,2 ans), et d'incontinence urinaire (+ 885/10 000 à 1 an).

Un traitement très différent de celui recommandé en France

Les femmes qui prenaient un traitement œstroprogestatif (majoritairement ECE+MPA), comparées à celles qui prenaient un placebo, avaient des risques significativement moindres de cancer colorectal (- 34/10 000 à 5,6 ans), de diabète (- 78/10 000 à 5,6 ans), et de fracture (- 230/10 000 à 5 ans).
Mais elles avaient des risques significativement plus élevés de cancer invasif du sein (+ 51/10 000 à 5,6 ans) dans la WHI, et cette augmentation du risque demeurait statistiquement significative à 19,4 ans - HR = 1,28 (IC 1,13-1,45). L'étude HERS, qui portait sur le même type de THM, retrouvait aussi une augmentation du risque de cancer du sein, mais celle-ci n'était pas significative. Les résultats des autres études ne permettaient pas de conclure. Les femmes traitées de la WHI avaient des risques significativement plus élevés de pathologies de la vésicule biliaire (+ 260/10 000), d'AVC (+ 52/10 000), d'accidents thromboemboliques veineux (+120/10 000) à 5,6 ans, de démence "probable" (+ 88/10 000 à 4 ans), et d'incontinence urinaire (+562/10 000 à 1 an).

Le THM étudié par cette nouvelle publication est "toujours" celui de la WHI, et il est très différent de celui qui est recommandé en France. L'association œstrogènes conjugés équins (ECE) + acétate de médroxyprogestérone (MPA) a des propriétés très différentes de l'association 17β oestradiol (E2) + progestérone naturelle (P). Le mode d'administration de l'œstrogène est différent : voie orale pour les ECE, voie cutanée pour l'E2. Depuis déjà vingt ans, certains "défauts" de la WHI sont parfaitement connus, tels que l'utilisation d'un même dosage pour l'ensemble des femmes traitées, la mise en route tardive du traitement, etc...

Dr Catherine Vicariot

Référence
Gartlehner G et coll. : Hormone Therapy for the Primary Prevention of Chronic Conditions in Postmenopausal Persons
Updated Evidence Report and Systematic Review
for the US Preventive Services Task Force. JAMA. 2022;328(17):1747-1767. doi:10.1001/jama.2022.18324

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Vos réactions (1)

  • WHI, utile ?

    Le 16 décembre 2022

    Il serait plus que temps de nous libérer de ces informations américaines à la limite de l'imbécilité.
    Les études françaises ont très largement démontré les effets beaucoup moins délétères du THS.
    Continuer de ne serait-ce que citer la WHI a pour seul effet de créer une panique inutile dans l'esprit des femmes françaises, en les éloignant des bénéfices considérables de ce type de traitement.
    Merci de votre article qui aurait été plus pertinent en insistant d'avantage sur l'apport de notre pays en la matière (bien évidemment fort dérangeant pour l'industrie américaine)

    Dr B. Deuxville gynécologue-obstétricien en retraite, et qui fut prescripteur de THS

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