Trop d’oxygène pendant les interventions ?

Les conséquences négatives bien connues d’une hypoxémie au cours d’une intervention chirurgicale et l’innocuité présumée de l’hyperoxie, ont fait de l’administration d’oxygène une composante fondamentale de l’anesthésie. Pendant une anesthésie, plus de 80 % des patients recevraient de l’oxygène en excès par rapport à ce qui serait nécessaire pour maintenir un taux sanguin normal. S’il a été montré que l’oxygénation supra physiologique peut entraîner des effets négatifs à l’échelle moléculaire, la pertinence clinique de ces effets reste toutefois incertaine.

Une équipe états-unienne a méné une étude observationnelle dans 42 centres médicaux répartis sur tout le territoire. Elle porte sur une cohorte de plus de 350 000 patients, de 59 ans d’âge médian, devant bénéficier d’une intervention chirurgicale de plus de 2 heures avec anesthésie générale et intubation. L’objectif de l’étude était de vérifier si l’administration d’oxygène au-delà des valeurs physiologiques exposait à plus ou moins de troubles postopératoires, rénaux, cardiaques et pulmonaires. L’administration supra physiologique d’oxygène était définie comme l’aire sous la courbe de FIO2 au-dessus de 21 % pendant le temps où la SpO2 correspondante est > 92 %.

Pas vraiment anodin


La FIO2 médiane est de 54 % et la SpO2 médiane de 100 %. L’aire sous la courbe d’oxygène inspiré supra physiologique est de 7 951 %min, ce qui équivaut par exemple à une FIO2 de 80 % tout au long d’une procédure de 135 mn, ou à une FIO2 de 60 % pendant 204 minutes, sans désaturation.
Après ajustement pour différentes coviariables, l’hyperoxie semble associée à un risque accru de complications rénales, myocardiques et pulmonaires.

Les patients au 75e percentile de l’aire sous la courbe de la FiO2 ont une augmentation de 26 % du risque d’insuffisance rénale aiguë, de 12 % d’atteinte myocardique et de 14 % d’atteinte pulmonaire, en comparaison avec les patients au 25e percentile. Ils ont aussi une augmentation non significative de 9 % du risque d’accident vasculaire cérébral, et de 6 % de celui de décès à 30 jours.

Il s’agit là d’une étude observationnelle, et il est donc impossible d’exclure l’influence de facteurs confondants non identifiés. Les auteurs estiment que des essais cliniques sont nécessaires pour déterminer plus précisément les effets cliniques significatifs de l’hyperoxie au cours des interventions chirurgicales.

Dr Roseline Péluchon

Références
McIlroy DR et coll. : Oxygen administration during surgery and postoperative organ injury: observational cohort study.
BMJ2022;379:e070941. doi.org/10.1136/bmj-2022-070941

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Vos réactions (1)

  • HyperOxie per opératoire ?

    Le 20 décembre 2022

    Les effets négatifs de l'hyperOxie per opératoire sont bien connus :
    - toxicité pulmonaire
    - augmentation de l'atélectasie pulmonaire proportionnelle à la FiO2
    - "maquillage" des sources de désaturation en oxygène : la baisse est retardée en cas de baisse du débit cardiaque, d'autres problèmes pulmonaires, etc
    Et l'oxygène coûte cher !
    Une FiO2 élevée a été proposée en cas de sepsis, depuis 2000 (N England JM), mais les bénéfices ne sont pas très clairs : baisse du taux d'abcès superficiels, corrélée avec une baisse des abcès profonds en chirurgie colique ?
    Bref une FiO2 élevée traduit un conformisme et une négligence plutôt que du professionnalisme.
    Les FiO2 rapportées dans l'article me semblent très élevées !

    Dr F Chassaing

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