Les urgences en pédiatrie libérale

R. ASSATHIANY,

Pédiatre, Association française de pédiatrie ambulatoire (AFPA), Issy-les-Moulineaux

En plus des consultations programmées, le pédiatre doit délivrer des conseils téléphoniques et répondre aux urgences. Cet article étudie la fréquence et les motifs de ces demandes.

L’activité de consultation d’un pédiatre libéral en ville est multiple. Il assure le suivi des enfants dont il a la charge lors de consultations régulières et programmées, au cours desquelles sont abordés des sujets très variés tels que la croissance, le régime alimentaire, les vaccinations, le bien-être de l’enfant. En dehors de cette activité régulière, le pédiatre doit être présent pour un enfant connu ou pas du cabinet qui a une pathologie aiguë. Parfois, pour un enfant déjà venu consulter, le pédiatre peut au téléphone donner de simples conseils de surveillance, sous réserve d’avoir pris le temps de poser les bonnes questions, de s’assurer de la bonne compréhension des réponses données et d’avoir préciser les signes qui doivent alerter les parents et entraîner rapidement une consultation au cabinet ou dans un service d’accueil des urgences. Cette activité téléphonique du pédiatre, non rétribuée en France, n’est pas négligeable (1). Dans d’autres circonstances, la consultation semble indispensable en raison de la nature de la pathologie suspectée par le pédiatre, de l’imprécision des renseignements donnés par les parents ou lorsque l’enfant et sa famille lui sont inconnus. Chaque pédiatre est organisé pour pouvoir assurer ces consultations non programmées, soit en les intercalant entre des rendez-vous prévus, soit en laissant libre des plages horaires pouvant les accueillir. La difficulté est de distinguer l’urgence ressentie par les parents de la véritable urgence nécessitant une prise en charge médicale adaptée et immédiate. La qualité de l’interrogatoire, l’expérience du médecin sont des éléments importants mais ne sont pas infaillibles. Pour l’aider à juger de la pertinence et du délai d’une consultation, le pédiatre peut s’aider, au cours même de la consultation, de certains ouvrages spécialisés (2). Nous allons aborder successivement le profil du pédiatre ambulatoire, son équipement, les consultations non programmées et les véritables urgences vitales rencontrées.

Les pédiatres

Des renseignements sur les pédiatres sont donnés par une étude récente (juillet 2015) faite auprès de l’Association française de pédiatrie ambulatoire (AFPA), en utilisant le logiciel surveyMonkey ; 814 pédiatres sur les 2 391 inscrits au Conseil de l’Ordre ont répondu. Les résultats principaux mentionnent une profession essentiellement féminisée (72 %), vieillissante (30 % d’entre
eux (1) ont plus de 60 ans), qui travaille beaucoup (41 % plus de 10 demi-journées par semaine, 55 % au moins un samedi matin sur deux). Une minorité (20 %) prend part à la permanence des soins, en assurant une garde pédiatrique la nuit, les dimanches et jours fériés.

L’équipement du cabinet pédiatrique

Les outils diagnostiques (figure) : pratiquement tous les pédiatres disposent à leur cabinet de bandelettes urinaires et de test de diagnostic rapide pour les angines ; 57 % d’entre eux ont à disposition un saturomètre et une minorité un appareil à ECG. Les moyens thérapeutiques (tableau 1) ont été précisés lors d’une enquête faite en mars 2013, à laquelle 518 pédiatres ont participé : près de 90 % des pédiatres ont du Valium® injectable, de la Rocéphine®, de l’adrénaline, et de la Ventoline® en spray ; un pédiatre sur deux dispose d’un ambu ; une minorité d’entre eux a le matériel nécessaire pour intuber ou perfuser.

Les consultations non programmées

Les consultations non programmées, définies par une consultation sur rendez-vous datant de moins de 24 heures, ou sans rendez-vous, ont été étudiées lors d’une enquête faite en février 2012, à laquelle 434 pédiatres de l’AFPA ont participé. Cette étude « un jour donné » a été publiée dans les Archives de Pédiatrie(3). Les résultats principaux sont les suivants : 10 263 consultations ont été assurées par les pédiatres qui ont répondu (soit 23,7 consultations par pédiatre) ; parmi ces consultations, 4 574 (44 %) étaient des consultations non programmées (soit 10,6 par pédiatre) ; une minorité (1,6 %) a été adressée secondairement dans un service d’accueil des urgences. En plus des consultations non programmées assurées, des conseils téléphoniques (n = 7 ± 4 par pédiatre) ont été données pour une pathologie aiguë. Malgré le nombre important de CNP assurées par le pédiatre, et de conseils donnés par téléphone ce jour-là, un nombre important d’enfants (n = 957, soit un peu plus de 2 enfants par pédiatre) n’a pu être vu en consultation par faute de temps.

Les urgences vitales

Nous avons des renseignements sur les urgences vitales rencontrées en pédiatrie ambulatoire grâce aux réponses données par 518 pédiatres lors d’une étude faite en mars 2013, portant sur les trois années précédentes. Une situation d’urgence vitale a été rencontrée par 167 pédiatres (soit 1/3 de ceux qui ont répondu), parmi lesquels 51 en ont rencontré plusieurs. Un appel au SAMU suivi d’un transfert a été demandé 1 fois, 2 fois et plus de 2 fois par respectivement 94, 48, et 36 pédiatres. Le temps d’attente avant l’arrivée du SAMU lors du dernier appel a été estimé < 20 minutes, entre 20 et 45 minutes, > 45 minutes par respectivement 70 %, 26 % et 4 % des pédiatres. Les principales pathologies à l’origine de ces urgences vitales sont représentées dans le tableau 2 ; elles sont dominées par les dé- tresses respiratoires.

Conclusion

En conclusion, ces différentes études confirment le rôle important des pédiatres et leur implication dans la prise en charge des enfants présentant une pathologie aiguë, lors de consultations non programmées. Ils contribuent ainsi à limiter l’encombrement dans les services d’accueil des urgences de l’hôpital. Les véritables urgences vi tales, bien que rares, existent. Pour y faire face, les pédiatres doivent avoir le matériel, les médicaments nécessaires, et continuer à se former.

Références

1. Assathiany R et al. Activité téléphonique en pédiatrie ambulatoire. Arch Pediatr 2003 ; 10 : 689-93.
2. Chevallier B, Sznajder M, Groupe de pédiatrie générale. Pédiatrie par téléphone. Aide à l’orientation. Edition clineval, Paris 2e édition, 2009.
3. Kouche C et al. Enquête nationale sur les consultations non programmées en pédiatrie de ville. Arch Pediatr 2015 ; 22(5) : 480-4.

Copyright © Len medical, Pediatrie pratique, décembre 2016

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Vos réactions (2)

  • Place de l'hôpital

    Le 12 janvier 2017

    Je ne pense pas que le pédiatre libéral assure les urgences et il est préférable que les parents aillent aux urgences de l'hôpital, même s'il est vrai que cela encombre ce service. Il existe un service dédié aux urgences pédiatriques dans chaque hôpital.

  • Eviter de passer plusieurs heures aux SAU Pediatrique

    Le 12 janvier 2017

    De par leur formation tous les pédiatres ont pratiqué les urgences, comme le montre cette étude, leur pratique libérale est basée en grande partie sur la réponse aux urgences ressenties. Un grand nombre d'entre eux ont, en fin de consultation, des places de rendez-vous dédiées aux urgences du jour. En réalité les parents préfèrent consulter leur pédiatre pour éviter de passer plusieurs heures aux SAU Pediatrique de l'hôpital.

    D Reboud

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