Mort subite au féminin

La mort est sans échappatoire et tous en sont frappés sans distinction d’âge, de sexe, de statut ou d’ethnie ! Il y a mille et une façons de mourir, et parmi celles-ci la mort subite se distingue par son caractère imprévisible et bien sûr sa brutalité. Ce phénomène a suscité beaucoup de recherches qui ont tenté d’en définir les causes, les facteurs de risque et la possibilité de s’en prémunir. Or il semble que la situation ne soit pas exactement la même pour les hommes et les femmes, y compris en ce qui concerne le degré de sensibilisation à ce problèmes.

Ainsi dans la Framingham Heart Study, étude épidémiologique déjà ancienne, les causes de la mort subite chez la femme ont toujours été, dans l’ensemble, moins bien cernées que chez l’homme. Ainsi, il semble que la prévalence d’une cardiopathie préexistante, d’origine ischémique, soit moindre pour les femmes et que la mort subite, moins fréquente dans le sexe féminin, soit moins souvent précédé de signes annonciateurs, à la différence de ce qui est observé pour l’homme. L’autopsie, qui est la méthode de référence pour identifier la pathologie cardiaque sous jacente, donne des résultats décevants dans 30 % environ des cas survenus avant l’âge de 35 ans.

D’autres causes qu’une cardiopathie ischémique

Une étude de grande ampleur réalisée en Finlande, dite Fingesture study, apporte de nouvelles informations. Elle a été faite à partir du recueil systématique des données cliniques et autopsiques concernant une cohorte composée de 5 869 sujets tous décédés de mort subite entre 1998 et 2017. Par ailleurs, chez 1 101 des participants (18,8 % de la population totale et 25,3 % de femmes), les données électrocardiographiques basales enregistrées bien avant l’exitus étaient accessibles et analysables.

Les femmes victimes d’une mort subite étaient en moyenne plus âgées que les hommes, soit 70,1 ± 13,1 versus 63,5 ± 11,8 ans (p < 0,001). Dans les deux sexes, c’est une cardiopathie ischémique qui était le plus souvent en cause, soit 71,1 % chez les femmes versus 75,7 % chez les hommes (p<0,005). Cependant, chez les femmes, d’autres causes sans rapport avec une ischémie myocardique ont été plus souvent identifiées, soit dans 28,3 % versus 24,3 % des cas (p = 0,005). Il en a été de même pour la prévalence d’une fibrose myocardique primaire, soit 5,2 % vs 2,6 % (p < 0,001).

Les anomalies électrocardiographiques préexistantes se sont avérées également plus fréquentes dans le sexe féminin soit 22,2 % vs 15,3 % (p < 0,001). Il en était de même pour les ECG de repos normaux, tout au moins en l’absence de cardiopathie ischémique, soit 27,8 versus 16,2 % chez les hommes (p = 0,009). Les signes ECG d’hypertrophie ventriculaire avec ou sans anomalies secondaires de la repolarisation étaient également plus souvent observés dans le sexe féminin, soit respectivement 8,2 % et 17,9 % versus 4,9 % et 10,6 % (respectivement p = 0,036 et p < 0,001).

L’âge de survenue de la mort subite est nettement plus élevé chez la femme que chez l’homme et, chez cette dernière, les causes autres que l’ischémie semblent plus fréquentes, de même que l’absence anomalies préexistantes de l’ECG (un tiers des cas). Une exception : les signes ECG d’hypertrophie ventriculaire gauche sont plus fréquemment rencontrés dans le sexe féminin.

Dr Catherine Watkins

Référence
Haukilahti MAE et coll. : Sudden Cardiac Death in Women : Causes of Death, Autopsy Findings, and Electrocardiographic Risk Markers. Circulation 2019; 139: 1012–1021.

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Vos réactions (1)

  • Logique ?

    Le 05 mars 2019

    Si les femmes vivent plus vieilles, c'est qu'elles passent plus au travers des facteurs de risque notamment d'IdM en post-ménopausique. Le temps passant expose donc plus longtemps à l'usure du temps des fibres conductives en l'absence de coronaropathie conjointe, et donc la proportion de troubles du rythme inhérents augmente.

    Sur interventions, l'analyse quotidienne des enregistrements des DSA utilisés montre donc plus de cas d'indications aux chocs électriques externes et donc au nombre de récupération en RCP avec CEE puis RCPS.
    C'était cousu de ... câble blanc (de DSA...).

    Dr Dominique Alberti

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