On aurait pu juguler l’hémorragie…

Dans le cadre d’opérations militaires, la cause majeure des décès post traumatiques est le saignement non maîtrisé ; le garrot a du reste sauvé des centaines de vies en Irak et en Afghanistan. De ce fait, un programme a été lancé par la Maison Blanche en 2015 destiné à entraîner les témoins d’accidents dans la vie civile à connaître les règles du garrottage.

Des auteurs américains ont voulu évaluer chez des blessés décédés d’une hémorragie par plaie des membres, ceux qui auraient potentiellement pu bénéficier de la pose d’un garrot susceptible de la tarir. Pour cela ils se sont aidés des données de L’Office de l’Inspection Médicale Principale du Maryland (OIMPM) ; il s’agit d’une agence fédérale qui enquête sur les décès par blessures, homicides, ou suicides dont les circonstances sont suspectes, et qui sont survenus hors de la présence d’un médecin.Tous les décès de l’État du Maryland répondant à ces critères  sont confiés à l’OIMPM, et cet institut procède à environ 4 000 autopsies par an. Ses registres ont été examinés par 7 experts spécialisés en traumatologie urbaine qui ont repris rétrospectivement les dossiers des décès par hémorragies des membres entre 2002 et 2016, en excluant toutefois les suicides et les patients de moins de 18 ans.

500 vies à sauver

Ils ont retenu 288 dossiers de patients ayant été autopsiés. Chaque expert a analysé chaque dossier en se basant sur les critères d’Eastridge, en référence à la liste publiée par cet auteur en 2012 (dans le J Trauma Acute Care Surg). Ces critères, que les auteurs ont un peu modifiés,  définissent les blessures au-dessus de toute ressource thérapeutique (membres arrachés, plaie cérébrale grave, section médullaire, etc.) ; lorsqu’ils n’étaient pas réunis, on peut présumer qu’un geste immédiat et efficace de contrôle du saignement aurait été salvateur.

Sur cette base, 124 (43 %) des décès auraient pu être évités (mais 58 dossiers ont donné lieu controverses entre les experts). La plupart de ces « survivants potentiels » avaient des blessures multiples, mais d’autres des blessures isolées, voire des hémorragies sans blessures ; on a même noté 54 cas d’hémorragies au décours d’une hémodialyse (patients sous anticoagulants).

Ces résultats (qui, extrapolés à l’ensemble des États-Unis, permettraient de sauver près de 500 vies par an) militent pour une meilleure formation et un meilleur équipement du public afin que tout un chacun soit en mesure de juguler un saignement potentiellement létal.

Dr Jean-Fred Warlin

Références
Goolsby C et coll. : Post Mortem evaluation of potentially survivable hemorragic death in a civilian population. J Am Coll Surg., 2018;227:502-506

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article