Peut-on aussi se fier à la procalcitonine pour le diagnostic des infections bactériennes en USI pédiatrique ?

Distinguer les infections bactériennes des autres maladies inflammatoires systémiques est capital pour éviter des antibiothérapies inutiles en unité de soins intensifs pédiatrique. Chez l’adulte, la procalcitonine (PCT) est plus élevée au cours des infections bactériennes invasives que lors des syndromes inflammatoires non bactériens, permettant d’optimiser l’utilisation des antibiotiques sans augmenter la morbidité et la mortalité. Chez l’enfant, l’utilité de la PCT, en comparaison des autres tests de routine, n’est pas clairement démontrée. Pour certaines études, le dosage de la PCT est supérieur aux autres tests comme la C-réactive protéine (CRP), le taux de globules blancs et le pourcentage de neutrophiles immatures. Cependant, le seuil de PCT utile pour guider l’antibiothérapie varie d’une étude à l’autre. 

Des urgentistes de l’hôpital pédiatrique de Philadelphie ont réalisé une étude rétrospective de 646 dossiers de sujets âgés de 29 jours à 21 ans dont la PCT a été dosée dans les 48h suivant l’admission. Les patients ont été classés en 6 catégories : 1) pas d’infection n = 188 (âge 8,1 ans, 2,5-13,1) 2) infection virale n = 162 (2,2 ans, 0,9-5,2), 3) infection bactérienne suspectée sans choc n = 89 (4,1 ans, 1,6-9), 4) infection bactérienne documentée sans choc n = 48 (6,2 ans, 1,2-12,4), 5) choc septique bactérien n = 61 (10,5 ans, 3,5-16,6), 6) choc septique avec culture négative n = 98 (7,3 ans, 1,3-14,5) ; la différence d’âge entre ces groupes était significative (P < 0,001).

Pas mieux que la CRP

L’aire sous la courbe (ROC), déterminée pour chaque marqueur biologique, était similaire pour la PCT (0,73, intervalle de confiance à 95 % [IC] 0,69-0,77) et la CRP (0,75, IC 0,71-0,79, P = 0,36) mais ces deux examens étaient plus performants que le taux de globules blancs, la polynucléose et le pourcentage de neutrophiles immatures (P < 0,01 pour la comparaison par paires) dans la distinction d’une infection bactérienne. La combinaison PCT/CRP n’était pas supérieure à la PCT ou la CRP prises isolément. La valeur seuil de PCT pour écarter une infection bactérienne a été établie à ≤ 0,1 ng/mL, (donc inférieur au seuil de 0,5ng/mL habituel) pour optimiser sensibilité et valeur prédictive négative. Un pourcentage de faux positifs notable a été trouvé dans le groupe infection virale avec ventilation mécanique et les deux faux négatifs (PCT < 0,05 ng/mL) étaient deux cas d’abcès cérébraux.

Le niveau de PCT dosé à l’admission ne fait pas mieux que la CRP pour distinguer une infection bactérienne sévère d’une infection virale ou d’une inflammation stérile. Ces deux examens sont supérieurs à la leucocytose et la polynucléose mais ne sont pas appropriés pour détecter une infection cérébrale localisée ou pour dépister une co-infection bactérienne et virale à l’origine d’une détresse respiratoire.

Pr Jean-Jacques Baudon

Référence
Lautz AJ et coll. : Value of procalcitonin measurement for early evidence of severe bacterial infections in the pediatric intensive care unit. J Pediatr., 2016; 179: 74-81

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article