De l’importance de la première tétée

L’Organisation mondiale de la santé recommande l’alimentation exclusive au lait maternel pour tous les nourrissons au cours des six premiers mois de vie afin que l’enfant puisse atteindre à long terme un développement optimal. Chez les nouveau-nés prématurés (définis comme nés avant la 37e semaine de grossesse) l’importance du lait maternel a été démontrée pour sa fonction immunologique qui aide à combattre l'infection et à promouvoir une colonisation microbienne intestinale précoce. Comme plusieurs facteurs peuvent nuire à l’alimentation au lait maternel, les objectifs de cette étude étaient 1) d’évaluer la relation entre la première tétée et l’alimentation au lait maternel à la sortie de l’hôpital, 2) d’explorer la relation entre les caractéristiques à la naissance et l’alimentation au lait maternel à la sortie de l’hôpital; et 3) d’évaluer la valeur prédictive de la vitesse de croissance pendant l'hospitalisation sur le maintien de l’allaitement à la sortie de l’hôpital ainsi que sur la durée du séjour.

L’étude rétrospective a concerné une unité de soins intensifs néonatals (USIN) de 40 lits en banlieue de la Nouvelle-Angleterre sur la période allant de septembre 2011 à mai 2013.Les données provenaient des dossiers. La vitesse de croissance a été évaluée pour le poids (g/kg/j) sur la courbe de croissance de Olsen (2010), la circonférence de la tête (cm/j) et la taille (cm / j). Les autres variables comprenaient le nombre de tétées quotidiennes ainsi que les caractéristiques du nouveau-né et de la mère. Les données ont été analysées par régression logique multiple.

Les nouveau-nés prématurés prennent rarement le sein

La cohorte comprenait 94 nouveau-nés (NN) de très petits poids (poids moyen de 1 072g, ecart type 297g), dont 22 jumeaux ou triplets, et 89 mères, d’origine caucasienne pour la majorité (73 %). Dans cette cohorte, 73 % NN ont reçu du lait maternel, mais seulement 7 mères ont pu avoir la première tétée au sein : ces NN étaient parmi ceux dont le poids était le plus élevé. Les résultats indiquent que l’alimentation au lait maternel était plus fréquente à la sortie de l’hôpital (44 % des NN) pour les mères plus âgées et mariées, sans égard à l’appartenance ethnique. Les autres facteurs positifs étaient la naissance par voie vaginale et, pour le NN, de ne pas avoir eu besoin de surfactant. L’analyse de régression a permis d’identifier les facteurs suivants : la tétée directement au sein pendant le séjour à l’USIN ((p ≤ 0,001) et le nombre de fois où le nourrisson a été mis directement au sein (p < 0,003). La vitesse de croissance était prédictive  de l'apport continu de lait maternel à la sortie (p = 0 0,002, Odds Ratio [OR] 1,39). L'indice pondéral était aussi prédictif de la durée du séjour (p < 0,001, R2 = 0,858). Les NN dont la première tétée était au sein étaient plus susceptibles d'être encore allaités au sein à la sortie (OR ajusté 5.3).

Des limites et des recommandations

Les auteures reconnaissent qu’une étude rétrospective à partir de dossiers comporte plusieurs limites. Plusieurs variables n’ont pu être prises en compte, comme le contact peau à peau (méthode kangourou), l'allaitement non nutritif, l'expérience de la mère pour l’allaitement, l'éloignement du domicile compliquant l’allaitement, etc.

Cette étude suggère quand même que les tétées au sein, lors de la première tétée et aussi lors de l’hospitalisation à l’USIN, favorisent la croissance des NN et la durée de l’allaitement maternel. Les auteurs soulignent l’importance du soutien du personnel soignant de l'USIN pour promouvoir les tétées au sein.

Cécile Michaud, inf., PhD

Référence
Casavant S G et coll. : Influence of Anthropometric Parameters on Breastmilk Provision in Preterm Infants. Applied Nursing Research, 2017; 38 : 45–50.

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