Prévalence élevée de troubles psychiatriques pendant la grossesse : rien n’a changé en 30 ans !

Dans un commentaire relatif à une publication1 de Louise Howard & coll. sur la prévalence des troubles psychiatriques durant la grossesse, on apprend que ces troubles gravidiques concernaient environ « une femme sur quatre » en 2016 (27 % des grossesses), c’est-à-dire une fréquence très proche de celle observée dans une thèse2 soutenue en 1992 par Deborah Sharp (aujourd’hui Professeur de médecine à l’Université de Bristol, au Royaume-Uni), mais réalisée avec des données collectées en 1986 (soit trente ans avant l’étude de Louise Howard & coll.) et montrant alors une prévalence de troubles psychiatriques de « 25 % à la 20ème semaine de grossesse, et de 23,5 % à la 36ème semaine. »

Comme le remarquent les auteurs, les femmes enceintes recrutées pour l’étude de 2016 pourraient bien être, « avec un âge moyen de 32 ans, les filles de celles rencontrées en 1986 » par Deborah Sharp. Si les auteurs apprécient que les psychiatres « soient bons pour identifier des troubles mentaux », ils s’étonnent pourtant : « mais que fait-on donc pour la prévention de ces troubles et pour empêcher que les générations successives éprouvent des difficultés identiques ? » Autrement dit, à quoi bon répéter ces études épidémiologiques, sans proposer également des interventions effectives, afin de prévenir l’aggravation de ces troubles et leur transmission à la prochaine génération ?

Promouvoir  une épidémiologie interventionniste

 Il est en effet démontré3 que les problèmes de santé mentale des mères durant leur grossesse constituent « des facteurs de risque importants » pour la survenue de troubles psychiatriques ultérieurs chez leur progéniture « dans l’enfance, dans l’adolescence, et au début de l’âge adulte » (en particulier, les enfants d’une mère déprimée pendant sa grossesse ont un risque d’être eux-mêmes déprimés « multiplié par 3,4 » intervalle de confiance à 95 %  [1,5–8,1] ; p = 0,004)3, comparativement aux enfants d’une mère non déprimée.

Dans leur réponse, Louise Howard & coll. disent espérer qu’un « outil de dépistage rapide et d’une bonne sensibilité sera développé et validé dans les maternités », en vue d’un diagnostic systématique des troubles psychiatriques péri-puerpéraux, car la prévalence de ces troubles demeure « élevée de façon alarmante » chez les femmes enceintes. En d’autres termes, ce débat plaide pour la promotion d’une épidémiologie interventionniste ne se contentant plus d’accumuler constats et observations, mais incitant aussi à l’action…

[1] Louise M. Howard & coll.: Accuracy of the Whooley questions and the Edinburgh Postnatal Depression Scale in identifying depression and other mental disorders in early pregnancy. Br J Psychiatry 2018; 212: 50–56.
[2] Deborah Sharp: Childbirth Related Emotional Disorders in Primary Care: A Longitudinal Prospective Study. Unpublished PhD thesis, Institute of Psychiatry, King’s College London, 1992.
[3] Dominic T. Plant & coll.: Maternal depression during pregnancy and offspring depression in adulthood: role of child maltreatment. Br J Psychiatry 2015; 207: 213–220.

Dr Alain Cohen

Références
Pawlby S et coll.: Prevalence of maternal psychiatric disorder in pregnancy: 1986 and 2006. Br J Psychiatry; 2019; 214: 116.
Howard LM et coll.: Author’s reply. Br J Psychiatry; 2019; 214: 117.

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