Addictologie : comment accroître la dynamique infirmière ?

Paris, le mercredi 17 octobre 2018 – Un des messages clés de l’opération Moi(s) sans tabac est de rappeler à tous les professionnels de santé que leur implication conjointe face à l’addiction au tabac est essentielle. Ce mot d’ordre peut sans doute en grande partie être appliqué face aux autres types de dépendance.

Le repérage des situations à risque et l’orientation du patient en vue d’une prise en charge entrent en effet dans les compétences de la plupart des professionnels de santé, de l’infirmier au médecin en passant par le kinésithérapeute, le pharmacien ou la sage-femme. Au-delà de ce constat général et facile, quels sont les freins qui peuvent empêcher certains professionnels et notamment les infirmiers à se lancer dans la bataille ? Et plus positivement, quels outils, quels dispositifs contribuent à accroître l’investissement des infirmiers en addictologie ?

Sous le signe du sevrage tabagique (mais pas seulement...)

Telles étaient les questions qui ont constitué le fil rouge lundi 15 octobre du colloque organisé par le RESPADD (réseau de prévention des addictions) en collaboration avec l’Association francophone des infirmières en tabacologie et addictologie. Proximité du Moi(s) sans tabac et présentation du livret « premiers gestes en tabacologie » réalisé par l’AFITA obligent, le sevrage tabagique a été au centre de nombreuses discussions. Les premiers retours d’expérience concernant la possibilité pour les infirmières de prescrire des substituts nicotiniques ont notamment pu être présentés.

Le changement, ce n’est pas toujours sans accompagnement

Depuis la loi de modernisation du système de santé de janvier 2016, les infirmières peuvent en effet prescrire des substituts nicotiniques. Mais malgré ce cadre législatif, la prescription par les infirmières ne constitue pas encore un réflexe. Des interrogations continuent à persister sur la pertinence (à l’hôpital notamment) d’une pluralité de prescripteurs. Pour faire évoluer ces barrières parfois psychologiques et accroître les collaborations (avec toujours en vue les bienfaits pour les patients), des accompagnements ne sont pas inutiles. Brigitte Cadet, du CHRU de Tours a ainsi mis en évidence comment la promotion d’une communication spécifique au sein de l’établissement, via la lettre de l’hôpital et la distribution d’un flyer, ainsi que la modification du dossier partagé du patient afin d’y intégrer la prescription infirmière avaient été nécessaires pour rendre réelle cette nouvelle pratique.

Des volontés tenaces et des freins multiples

Comme Brigitte Cadet, elles sont nombreuses dans les hôpitaux et les centres de santé à se mobiliser pour proposer de nouvelles approches en addictologie et surtout pour accroître la qualité de la prise en charge. Au sein de consultations dédiées ou d’Équipes de Liaisons et de Soins en Addictologie (ELSA), elles œuvrent pour se faire connaître et accroître les coopérations, y compris avec la médecine de ville. Les freins sont nombreux et sont d’ordres divers : le manque de temps, de personnel, de moyens ne permettent pas toujours une coordination parfaite. Des freins plus idéologiques peuvent également exister : plusieurs infirmières ont témoigné comment il était parfois difficile de faire reconnaître aux services de psychiatrie la pertinence d’une proposition de sevrage tabagique. Des représentations souvent erronées des produits et des consommations, mais également une image toujours trop négative du sevrage expliquent des dialogues parfois difficiles.

Des progrès malgré tout

Cependant, grâce notamment au dynamisme de nombreuses infirmières, des améliorations sont constamment réalisées et partout en France des collaborations fructueuses, y compris entre la ville et l’hôpital, existent. Par ailleurs, même s’il est facile de parfois déplorer l’immobilisme des directions hospitalières et des instances politiques locales et nationales, comme l’a constaté Anne Borgne, présidente du RESPADD, des progrès immenses ont été accomplis ces dernières années en matière de lutte contre le tabac. Surtout, les infirmières s’emparent souvent avec enthousiasme et succès de méthodes, qui bien qu’elles ne soient pas sans limites, ont fait la preuve de leur efficacité, telles l’intervention brève motivationnelle ou encore le programme EM-Ado qui ont fait l’objet de présentations au cours du colloque.

Demain, les IPA ?

Face aux actions mises en œuvre, les infirmières s’interrogent sur les voies à suivre pour accroître d’avantage leur implication en addictologie. Pour améliorer la coopération intraprofessionnelle, des formations mixtes pourraient être encouragées, dès la formation initiale. Une réflexion sur la cotation des actes à l’hôpital comme en ville a également été jugée comme essentielle pour contribuer au développement des interventions des infirmières en addictologie. Enfin, la question de la reconnaissance des formations déjà existantes a été abordée par les participantes, sans pour l’heure que la mise en place balbutiante des infirmières de pratique avancée ne permette de répondre à cet enjeu.

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