Lourd impact du tabagisme sur la tuberculose

A l’échelon mondial, chaque année ce sont 10 millions de cas de tuberculose qui sont déclarés, ce nombre étant probablement sous-estimé. Les pays émergents paient le plus lourd tribut à cette maladie qui n’a pas fini de faire parler d’elle au travers, notamment, de son association à l’infection par le VIH et de l’apparition de souches de BK multirésistantes. De fait, selon des sources épidémiologiques sûres, 95 % des cas intéressent les pays caractérisés par un revenu faible ou moyen : c’est là aussi que résident 80 % des fumeurs du monde entier. Or, il s’avère que le tabagisme chronique entretient des rapports étroits et délétères avec la tuberculose, bien établis par plusieurs études de cohorte prospectives. Ainsi, il double à la fois le risque d’être atteint de cette maladie et la mortalité qui lui est imputable.

Une étude épidémiologique transversale illustre le propos au travers de statistiques établies pour 32 pays caractérisés par une incidence particulièrement élevée de la tuberculose. Son objectif a été de déterminer la proportion de cas annuels de la maladie associés au tabagisme chronique et à la mortalité qui en résulte. Les données chiffrées concernant ces pays ont été extraites du rapport annuel de l’OMS (2017) sur la tuberculose dans le Monde, des rapports sur la surveillance du tabagisme (2015) et de l’atlas du tabac. Les effets de ce dernier sur le risque de tuberculose et de décès imputable à la maladie ont été pris en compte en termes de risk ratios (RRs) obtenus à partir des méta-analyses publiées dans la littérature internationale.

La Russie, particulièrement concernée

L’analyse des données a permis d’estimer la part attribuable au tabac, d’une part pour l’incidence de la tuberculose en nombre de cas annuels, soit 17,6 % (intervalle de confiance à 95 %, IC 8,4 -21,4), d’autre part pour sa mortalité, soit 15,2 % (IC 1,8-31,9). Parmi les pays visés dans cette étude, c’est la Russie qui arrive en tête pour ce qui est chiffres précédents, soit respectivement 31,6% (IC 15,9 à 37,6) pour l’incidence et 28,1 % (IC 3,8-51,4) pour la mortalité. C’est chez les hommes que le tabac exerce ses effets les plus significatifs, l’incidence de la tuberculose imputable à ce dernier étant estimée à 30,3 % (IC 14,7 à 36,6), versus 4,3 % (IC 1,7 à 5,7) chez les femmes.

Ces données quantitatives, toutes relatives qu’elles soient, soulignent l’importance du tabagisme chronique en tant que facteur de risque de la tuberculose et de sa mortalité dans les pays à revenu faible ou moyen. L’exemple de la Russie est particulièrement frappant. Les hommes sont les premiers concernés par cette association qui justifie des mesures de prévention énergiques dans tous les pays où la tuberculose sévit sur une grande échelle.

Dr Philippe Tellier

Référence
Amere GA et coll. Contribution of Smoking to Tuberculosis Incidence and Mortality in High-Tuberculosis-Burden Countries. Am J Epidemiol., 2018 ; 187(9): 1846-1855.

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