RGO des nouveau-nés, le tabagisme passif responsable ?

Le reflux gastro-œsophagien (RGO) est un phénomène physiologique qui touche deux-tiers des nourrissons. Le RGO pathologique fait référence aux symptômes nocifs ou aux complications associées. Entre 10 % à 35 % des femmes enceintes fument. Le tabagisme pré- et post-natal est associé à des complications neurologiques, respiratoires, cardiovasculaires chez les nouveau-nés. Chez l’adulte, il a été montré que le tabac augmente la fréquence des RGO. Les effets du tabagisme passif des nourrissons sur le RGO n’a fait l’objet pour l’heure que d’une seule étude par pH-métrie (pH-m) et impédance-métrie (IM) et l’importance de l’intoxication était jugée sur l’interrogatoire.
Une équipe d’Amiens a exploré 31 nouveau-nés adressés pour pH-m et IM en raison de symptômes évocateurs de reflux. Ils ont eu une polysomnographie synchronisée sur 8 à 12 heures. L’exposition au tabac a été estimée sur l’interrogatoire et la recherche de cotinine urinaire qui a permis de séparer objectivement les enfants exposés (cotinine > 1 ng/mL) des non exposés. Selon ce critère, 21 sur 31 nouveau-nés ont été exposés au tabac en période périnatale dont 6/21 in utero, d’après le questionnaire, avec une médiane de 10 cigarettes par jour (6 à 40).

Davantage de reflux surtout pendant les épisodes de sommeil paradoxal

Au total, 923 épisodes de reflux ont été enregistrés dans les 2 groupes avec un temps d’enregistrement comparable. Toutes les variables de RGO étaient supérieures dans le groupe exposé mais seuls le nombre médian d’épisodes de reflux (29 [0-90] vs 12 [2-35], P = 0,016) et la fréquence par heure des épisodes (2,6 [0-9,8] vs 1 [0,2-3,8], P = 0,017) étaient significativement différents. Le reflux du bol œsophagien du segment distal vers le proximal était plus fréquent dans le groupe exposé (83 % des reflux) que dans le groupe non exposé (41 %, P = 0,032). En polysomnographie, une relation entre tabac et fréquence des reflux a été observée durant toutes les phases mais elle n’était significative que durant le sommeil, particulièrement évidente durant la phase de mouvements oculaires rapides : le temps global des reflux et le nombre médian d’épisodes de reflux étaient 2 fois plus importants dans le groupe exposé (P= 0,045 et 0,039). La différence était liée aux RGO acides. Par ailleurs, il n’a pas été observé de différences de ces paramètres entre les prématurés (n = 11) et les enfants à terme (n = 20).

Les épisodes de reflux enregistrés en pH-métrie et impédance-métrie sont donc plus fréquents chez les nourrissons exposés au tabac en période périnatale. Ces reflux atteignent plus souvent l’œsophage proximal et sont observés plus fréquemment pendant les épisodes de sommeil paradoxal.

Pr Jean-Jacques Baudon

Référence
Djeddi D et coll. : Effects of smoking exposure in infants on gastroesophageal reflux as a function of the sleep-wakefulness state. J Pediatr., 2018;201:147-153

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