Garde alternée : le point de vue d’un pédo-psychiatre

Interview du Dr Luis Alvarez, psychiatre de l’enfant et de l’adolescent, clinique périnatale de Paris

Le député Philippe Latombe (MODEM) a ouvert le débat sur la résidence alternée avec une proposition de loi instaurant comme principe ce mode de garde en cas de séparation des parents. Si, en cours de route, le texte a beaucoup perdu de sa substance, il aurait, pour ses défenseurs l’intérêt d’être une nouvelle base de réflexion pour le juge.

Ses détracteurs sont également nombreux, et beaucoup de critiques se sont fait jour contre la résidence alternée pointant les risques d’appauvrissement des femmes, d’une détérioration du lien mère-enfant ou même un danger d’aggravation des violences faites aux femmes.

Pour connaître le point de vue d’un pédo-psychiatre sur la question, nous nous sommes entretenus avec le Dr Luis Alvarez, psychiatre de l’enfant et de l’adolescent à la clinique périnatale de Paris.

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Vos réactions (3)

  • Ne convient pas au moins de trois ans ? !

    Le 12 décembre 2017

    Il aurait été intéressant que le Dr Alvarez explique les raisons pour lesquelles d'énormes divergences d’appréciation sur la résidence alternée émanent de la part des pédopsychiatres et des psychologues, notamment en France.

    Selon les propos de Maurice Berger et Bernard Golse rapportés dans les médias : 5500 professionnels de l’enfance auraient signé une pétition en mai 2014 contre la résidence alternée car fortement déstabilisante (selon eux) pour le psychisme de l’enfant. Ils demandent l’interdiction de la résidence alternée pour les moins de six ans ou en cas de conflit entre les parents. Ils demandent par ailleurs la généralisation du Calendrier de Brazelton (Lien 1) aux motifs que ce Calendrier serait : - scientifique, - d'usage courant dans de nombreux tribunaux aux USA - et qu'il permettrait d'introduire progressivement le père dans le quotidien de l'enfant lui permettant ainsi de profiter au maximum de sa figure d’attachement principale (la mère dans la majorité des cas).

    Daniel Marcelli, Marie-Michèle Bourrat et Michel Wawrzyniak ont déposé une motion (Lien 2) au sein de laquelle ils précisent entre autres : « A ce jour il n’existe aucune étude sérieuse et documentée de cohorte représentative permettant d’avoir des résultats scientifiques rigoureux. ».

    Lien 1 : http://www.lenfantdabord.org/wp-content/uploads/2012/10/WAIMH-residence_alternee1.pdf

    Lien 2 : http://ecoledesparents.org/ups/assets/publication/Motion%20FNEPE-SFPEADA%20projet%20de%20loi%20r%C3%A9sidence%20altern%C3%A9e.pdf

    Selon Stéphane Clerget, Serge Hefez, Roland Broca, Gérard Poussin, Chantal Zaouche-Gaudron, Chantal Clot-Grangeat, etc.. la résidence alternée (paritaire ou non, hebdomadaire ou non) est plus souvent préférable à la garde dite « principale ». Ils recommandent les préconisations délivrées par le consensus international Warshak (Lien 3) pour que l’enfant ne soit pas séparé trop longtemps de chacune de ses figures d’attachement principales (père et mère). Ils expliquent détenir suffisamment de preuves scientifiques qui permettent de constater cette prévalence entre modes de résidence des enfants même lorsque l’enfant est jeune ou lorsqu’il y a un conflit entre les parents.

    Lien 3 : http://tcms.njsba.com/personifyebusiness/Portals/4/1115Handouts/docsocial.pdf

    Le Dr Alvarez semble se situer entre ces deux pôles puisqu’il explique dans la vidéo que la résidence alternée ne conviendrait pas au moins de trois ans. Il aurait été intéressant qu’il développe ou qu'il source son affirmation.

    Pour mémoire, une étude démontre qu'il existe 2,5 millions enfants de moins de 7 ans et demi dont les parents travaillent. 80% d’entre eux ont au moins un de leurs parents concerné par des horaires de travail irréguliers ou décalés. Pour ces enfants, la probabilité d’être gardés pendant les plages horaires non standard, le matin avant 8 heures, le soir après 19 heures, la nuit ou encore le week-end, est accrue. 17 % des 0-7 ans dont les parents exercent une activité professionnelle sont ainsi gardés par des tiers le week-end, et 7 % gardés la nuit en semaine : les grands-parents prennent en charge leurs petits-enfants dans ces cas-là pendant la plus grande partie du temps. Professionnels et membres de la famille se partagent alors la garde des enfants. Parfois les parents adoptent une stratégie de « parents-relais ». Ces milliers d'enfants dont les parents ne sont pas divorcés sont pourtant, tous, en "résidence alternée" (ils alternent de résidences). Ils se portent bien puisqu'aucun pédopsychiatre n'en parle, et n'a jamais émis la moindre réserve sur la santé psychologique de ces enfants.

    Référence de l'étude : Etudes et résultats N° 551, janvier 2007, Sophie BRESSÉ, Blanche LE BIHAN et Claude MARTIN de la Direction de la Recherche, des Études, de l’Évaluation et des Statistiques "DREES" et du Laboratoire d’analyse des politiques sociales et sanitaires "LAPSS".

    On citera, encore récentes, ces trois publications (la première est française) :
    • Barumandzadeh R., Martin-Lebrun E., Barumandzadeh T., Poussin G, - « The impact of Parental Conflict and the Mitigating Effect of Joint Custody After Divorce or Separation » - Journal of Divorce & Remariage - Volume 57 - Issue 3 - 2 April 2016 - Pages 212-223.
    • Malin Bergstrom, Emma Fransson, Helena Fabian, Anders Hjern, Anna Sarkadi, Raziye Salari - « Preschool children living in joint physical custody arrangements show less psychological symptoms than those living mostly or only with one parent » - Acta Pædiatrica published by John Wiley & Sons Ltd on behalf of Foundation Acta Pædiatrica - September 2017.
    • Fabricius, W. V., & Suh, G. W. (2017). « Should infants and toddlers have frequent overnight parenting time with fathers ? The policy debate and new data. » Psychology, Public Policy, and Law, 23(1), 68-84.

    Pierre Laroche

  • Des lois pour les milieux favorisés

    Le 18 décembre 2017

    La différence d'appréciation entre pédopsychiatres vient de la position que chacun a dans sa pratique et ses références théoriques.

    Ceux qui s'occupent des plus petits et qui ont une bonne connaissance comme une bonne expérience des négligences alertent sur les retentissements graves des gardes alternées chez les enfants. Comme toujours, les enfants des milieux les plus favorisés, sans déséquilibre intra familial et qui ne sont pas dans les premières années de leur vie, supportent mieux et profitent des aménagements qui sont proposés.

    Les politiques proposent et font des lois pour eux pas pour les enfants que nous avons en quantité dans nos consultations. La réalité de la vie, la gravité et l'impact des désordres de tout ordre sont particulièrement ignorés. Que voulons-nous pour les générations futures, sommes-nous capables de considérer les besoins des petits enfants et la souffrance des bébés ? Quelle stabilité, si difficile à maintenir, cherchons nous à offrir à ces enfants ? Il n'y a pas de porteur de paroles de ces enfants et pour le soutenir, il faut bien du courage. Merci à M.Berger qui en a eu toute sa carrière.

    Dr Nicole Garret

  • ¨Pas toujours bien évalué dans les cabinets des juges

    Le 06 janvier 2018

    Ce que je retiens de l'interview, c'est l'importance à accorder au maintien des liens de l'enfant avec chacun des parents. La fonction maternelle, si elle a son importance dans les premiers mois de la vie d'un enfant, le rôle du père n'en est pas moins important et nombre de pères sont en mesure de prendre en charge l'enfant autant que la mère. Mais cela n'est pas toujours bien évalué dans les cabinets des juges, tant les préjugés théoriques sont encore prééminents.

    La résidence alternée pose effectivement problème d'une part pour des raison financières et matérielles, mais aussi en cas de conflit parental.
    Je regrette qu'il n'ait pas été prévu une dérogation au secret professionnel dans la médiation familiale, comme cela l'est pour l'injonction de soins ; à savoir d'autoriser le médiateur, tout en préservant le secret du contenu des séances, à prévenir le juge d'une utilisation négative de la médiation par un des parents (sabotage, fausse implication dans la médiation par exemple).

    D'autre part, d'après certains avocats et magistrats, le désinvestissement des pères dans leur progéniture serait encore fréquents dans les séparations et posent de ce fait problème pour l'équilibre de l'enfant. Il serait intéressant de savoir si les statistiques mettent en évidence ce genre de fait.

    L.

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