La médecine à s’en rendre malade

Interview du Dr Leslie Grichy, psychiatre, vice-présidente chargée des questions sociales, InterSyndicat National des Internes (ISNI)

L’enquête santé mentale qui a colligé 21 768 questionnaires d’étudiants en médecine et d’internes a été publiée au mois de juin dernier. Ces travaux, menés conjointement par quatre syndicats l’ANEMF, l’ISNAR-IMG, l’ISNCAA et l’ISNI* ont confirmé ce que l’on pressentait, la grande souffrance mentale et la prévalence importante des troubles anxio-dépressifs chez les étudiants en médecine, internes et jeunes médecins.

Ainsi, 66,2 % des répondants ont déclaré souffrir d’anxiété, 27,7 de troubles dépressifs, et 23,7 % ont signalé des pensées suicidaires.

Pour tenter de comprendre ce qui amène à une telle morbidité et entrevoir les actions à mettre en place, le JIM a interrogé le Dr Leslie Grichy, vice présidente chargée des questions sociales à l’ISNI. Elle a participé à cette étude et vient d’achever son internat en psychiatrie. 

* ANEMF (Association Nationale des Etudiants en Médecine de France), ISNI (InterSyndicat National des Internes), ISNAR-IMG (InterSyndicale Nationale Autonome Représentative des Internes de Médecine Générale), ISNCCA (L'Inter Syndicat National des Chefs de Clinique et Assistants)

Réagir

Vos réactions (3)

  • Triste constat

    Le 04 novembre 2017

    L'exercice de la médecine libérale est devenue un vraie repoussoir pour les médecins et en particulier la médecine générale qui est vécue comme une punition de fin d'étude par nombreux étudiants qui préfèrent perdre une année de fin d'étude plutôt que de visser une plaque avec la mention "Médecine Générale"... La faute à l'Ordre des médecins dont les représentants n'ont qu'un mot à la bouche..."sanction" et aux pouvoirs publics qui ont fait en sorte que le tarif du médecin généraliste Bac +8 soit inférieur à celui du podologue Bac +3...

    Dr André Linka, MG Istres

  • Triste constat

    Le 06 novembre 2017

    Je pense que les médecins ne sortiront pas de leurs souffrances en continuant à raisonner en terme de caste : libéraux#hospitaliers, chirurgiens#urgentistes, MG#spécialistes, jeunes#vieux etc. Il est urgent pour chacun de nous de se secouer et de voir que les autres aussi existent et sont en difficultés. Médecine libérale un vrai repoussoir ? Pourquoi alors ne pas aller se faire embaucher à l'hôpital ? Pourquoi les français rechignent-ils à postuler puisque dans l'imaginaire collectif c'est si "cool" et si bien rémunéré ? Ce type de raisonnement fait le bonheur des ministères et...de l'OM.

    Dr Françoise Pommier

  • La disparition du compagnonnage

    Le 07 novembre 2017

    Enfin! Outre le fait de nier pour eux même, cette enquête montre, une fois encore, l'absence de formation et donc la méconnaissance des maladies mentales chez les médecins. Et pourtant, nous savons tous que 20 à 40 % des patients relèvent de ces pathologies. Le savoir éviterait la frénésie des examens complémentaires.

    On ne peut que regretter la disparition du compagnonnage qui était la marque et la réussite de la formation médicale. Ce compagnonnage est dû par les formateurs qui ont choisi ce métier et qui sont rémunérés pour le faire. Le montant de la rémunération ne doit pas être un obstacle. Puisque certains le font!

    Travailler plus de 48 h /semaine ne me parait pas devoir rentrer dans les causes de ces états. Encore moins la rémunération des heures supplémentaires. Si augmenter le salaire suffisait à réduire les troubles mentaux cela se saurait. Parlons peut être de souffrance narcissique ?

    Compter sur les médecins du travail qui ne connaissent pas plus les maladies mentales que la majorité des médecins est une fausse solution.

    Et si, comme l'exigeait un document officiel sous le ministère d'Edgar Faure après 1968 pour les études de Psychiatrie, on prévenait autant que possible les difficultés psychologiques des futurs médecins en utilisant les mêmes échelles de diagnostic que la présente enquête ? Qu'en pense la Commission ministérielle ? Et surtout qu'en pensent les formateurs ? Il faut agir vite.

    Dr Lucien Duclaud

Réagir à cet article