Bras de fer entre médecins intérimaires et directions hospitalières

Paris, le mercredi 23 mai 2018 – Ils ont été longtemps présentés comme un mal certes nécessaire, mais à combattre. Aujourd’hui, ils veulent rappeler à quel point ils sont nécessaires.

Au fil des ans, les directions hospitalières ont été de plus en plus souvent contraintes de recourir à des médecins intérimaires pour assurer le fonctionnement de différents services. Dans certaines spécialités, la multiplication des postes vacants a en effet conduit à transformer une solution palliative en une méthode de gestion des effectifs. Tous les établissements sont concernés et dans certains la situation atteint des niveaux difficilement imaginables pour le grand public. « Certains services ne se maintiennent ouverts qu’en recrutant 100 % de remplaçants » avait assuré en 2013 Nicolas Longeaux président de la Commission médicale d’établissement de l’hôpital de Saint-Gaudens au moment de la publication par le médecin et député Olivier Véran d’un rapport sur le sujet.

Plafonds

Ces travaux constituaient la première évocation réellement médiatisée du phénomène de l’intérim à l’hôpital. En brisant un tabou sur une réalité quotidienne pour des centaines de directeurs hospitaliers, Olivier Véran dévoilait également son coût. La facture s’élevait à l’époque à 500 millions d’euros par an pour l’hôpital public. Ce montant élevé s’explique notamment par une certaine surenchère des praticiens hospitaliers remplaçants et des tarifs généralement élevés. « Tandis qu’un praticien hospitalier gagne environ 260 euros nets par jour travaillé, il perçoit en moyenne 650 euros net en mission temporaire. Idem pour le prix d’une garde de 24h, qui passe de 600 à 1300 euros. Une fois additionnés les indemnités spécifiques, frais d’hébergement, de transport, de bouche, les frais d’agence, les diverses charges, le coût global est triplé », affirmait le rapport d’Olivier Véran. Cette révélation au grand jour a conduit à l’adoption de mesures visant à plafonner les rétributions de l’intérim des médecins hospitaliers.

Ainsi, depuis le 1er janvier, une garde de 24 heures ne peut plus être rémunérée au-delà de 1 404,05 euros brut. En 2019, ce plafond ne pourra dépasser 1 287,05 euros et s'abaissera à 1 170,04 euros en 2020.

Le prix de la précarité

Cette clarification est loin d’avoir conduit à une amélioration immédiate de la situation. En effet, de nombreux hôpitaux peinent aujourd’hui à attirer des médecins intérimaires acceptant les nouveaux tarifs. Ces derniers préfèrent se tourner vers les établissements qui ont fait le choix de ne pas encore appliquer les décrets ou de privilégier les structures privées. Plus que de simples comportements isolés, cette tendance témoigne d’une volonté de protestation des médecins intérimaires qui jusqu’alors réunis au sein d’un collectif viennent de créer un syndicat. Le Syndicat national des médecins remplaçants en hôpitaux (SNMRH) n’a ainsi pas hésité à publier une " noire"  des hôpitaux qui appliquent les nouvelles règles, afin de dissuader les praticiens intérimaires de les choisir. L’objectif est de dénoncer des tarifs qui vont conduire à une diminution de la rémunération des remplaçants de « 40 % en trois ans », « sans concertation et sans proposition de démarche de recherche alternative de postes stables » déplore l’organisation. Cette dernière refuse que les médecins intérimaires jouent le rôle de bouc émissaire facile et ne veulent pas être tenus pour principaux responsables des difficultés budgétaires des hôpitaux. Ils rappellent que les rémunérations perçues, non revalorisées depuis 17 ans, permettent de tenir compte des contraintes liées à la pratique de l’intérim qui mettent en jeu « précarité, mobilité, adaptation, manque de considération, congés, vacances, formation, vie familiale », énumère le syndicat. « Nous ne sommes pas plus chers que les titulaires, notre salaire tout confondu est équivalent à celui d’un praticien hospitalier au dixième échelon, soit aux deux tiers de sa carrière. Et nous avons un travail précaire » renchérit cité par le Monde, Christine Dautheribes, secrétaire général du syndicat.

Du côté des directions hospitalières, ce bras de fer engagé par les médecins intérimaires suscite un mélange de colère et d’inquiétude. Alors que beaucoup ont soutenu l’adoption de plafonds, en raison des dérives qui étaient parfois  constatées, les représailles des médecins intérimaires choquent. « Étouffer des établissements appliquant la réglementation est inacceptable du point de vue des principes républicains » tempête-t-on ainsi à la Direction de l’hospitalisation et de l’organisation des soins (DHOS). Aussi, de nombreux établissements ont choisi « de tenir bon » selon la Fédération hospitalière de France (FHF). Mais d’autres plus discrets ont décidé de différer l’application du décret, faute de pouvoir trouver des médecins pour remplir dans l’urgence des missions vitales à la survie de leur établissement. Il faut dire que les conséquences du plafonnement s’observent déjà : certains hôpitaux ont dû au début du mois de mai fermer les portes de divers services et les inquiétudes pour cet été sont vives. De telles situations signalent sans doute que le véritable nœud du problème n’est pas uniquement le recours à des médecins intérimaires et leur coût mais plus encore le manque d’attractivité des carrières hospitalières qui entraînent de telles impasses pour les hôpitaux.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (4)

  • Traitement d'un sepsis au paracetamol

    Le 24 mai 2018

    "Le véritable nœud du problème n’est pas uniquement le recours à des médecins intérimaires et leur coût mais plus encore le manque d’attractivité des carrières hospitalières qui entraînent de telles impasses pour les hôpitaux."

    Le gouvernement traite un sepsis au paracétamol...

    Dr L

  • Les Mercenaires

    Le 24 mai 2018

    Comment qualifier autrement ces médecins en précarité toute relative... Un certain nombre sont bels et biens PH des hopitaux, souvent à mitemps, et font des intérims grassement payés en plus, leur droits sociaux étant assurés par leur mitemps à l'hopital. Tout le monde le sait, et tout le monde sait quelle spécialité est la plus concernée.

    Profiter à ce point du systeme pour gagner 2 fois plus que les collegues hospitaliers, sans investissement institutionnel, sans suivi de la patientèle, qui echoit, bien entendu, aux titulaires sur place, est simplement scandaleux.

    Dr E Orvain

  • Faire porter le chapeau aux remplaçants

    Le 24 mai 2018

    Appliquez 40% de frais (frais professionnels , charges, assurances , etc) à la rémunération ; le rapport Veran était discret sur les charges et contraintes des intérimaires, il préférait voir les "abus" de certains pour stigmatiser l'ensemble !
    Il est normal de payer cher les remplaçants, pour faire tourner la machine 24h/24 , et ne pas tarir le robinet des recettes : fermer un service et faire fuir les patients ailleurs cela a un coût.

    L'époque ou le remplaçant prenait une garde pendant laquelle on ne faisait rien est révolue , on dirait que personne ne s'en est rendu compte parmi les grosses têtes du ministère. Et si on le sait, c'est plus démagogique de faire porter le chapeau aux profiteurs de remplaçants !

    Dr F.Chassaing

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