Sevrage tabagique : la cytisine fait mieux (et moins cher) que les substituts nicotiniques

La cytisine est largement utilisée en Europe de l’Est depuis les années 60 pour le sevrage tabagique. Il s’agit d’un alcaloïde de plante (Cytisus laburnum) agoniste partiel, comme la varénicline, des récepteurs nicotiniques α4β2. Quatre revues générales ont confirmé sa supériorité par rapport au placebo pour le sevrage tabagique, à court et à long termes. Malgré cela, la cytisine reste très peu connue en dehors de l’Europe de l’Est et surtout n’a d’autorisation de mise sur le marché nulle part ailleurs.

Cependant, de nombreuses voix se sont élevées à travers le monde pour qu’elle soit autorisée dans d’autres pays. Car la cytisine est non seulement efficace pour le sevrage tabagique mais elle est aussi très bon marché : le traitement de 25 jours coûte en effet entre 25 et 30 dollars US ($) contre 112  à 685 $ pour un traitement par substituts nicotiniques durant 8 à 10 semaines et environ 500 $ pour un traitement de 12 semaines par varénicline.

40 % de sevrage à un mois contre 31 % avec les substituts nicotiniques

Une étude néo-zélandaise apporte sa contribution au « dossier » cytisine (1).Au total 1310 adultes candidats au sevrage tabagique ont été recrutés par le biais de centres d’appel pour l’aide au sevrage. L’objectif de l’essai était de comparer l’efficacité de la cytisine à celle des substituts nicotiniques sur le maintien de l’abstinence à 1 mois. Répartis de façon randomisée (mais ouverte) en 2 groupes, les candidats au sevrage ont reçu soit gratuitement le traitement par cytisine (1,5 à 9 mg par jour pendant 25 jours, selon le protocole recommandé par le fabricant), soit à un prix réduit des substituts nicotiniques, pendant 8 semaines (patchs, gommes et/ou pastilles), là encore selon les protocoles préconisés dans les recommandations. Un soutien téléphonique leur était proposé, à raison de 3 communications de 10 à 15 minutes pendant les 8 semaines.

Un mois après le début du sevrage, 40 % des personnes sous cytisine affirment avoir arrêté de fumer, contre 31 % des participants recevant les substituts nicotiniques (différence de 9,3 points ; intervalle de confiance à 95 % [CI] 4,2 à 14,5). Les différents points d’étape, à 1 semaine, 2 mois et 6 mois, montrent tous la supériorité de la cytisine en termes d'efficacité. Notons toutefois que les effets indésirables semblent plus fréquents avec la cytisine qu’avec le traitement de substitution, mais il s’agit le plus souvent d’effets mineurs (nausées, vomissements, troubles du sommeil), les mêmes que ceux qui sont notés avec la varénicline, et qui n'ont conduit ici à l’arrêt du traitement que dans seulement 5 % des observations. Les troubles psychiatriques signalés en post-marketing avec la varénicline n’ont pas été constatés ici, mais il est vrai que le nombre de patients inclus est trop faible pour détecter des effets peu fréquents.

Le prix au premier plan

Comme le remarque l’éditorialiste du New England Journal of Medicine (2) qui publie cette étude, le principal argument pour demander des autorisations de mise sur le marché (AMM) de la cytisine n’est sans doute pas son efficacité supérieure aux autres traitements proposés, ni même sa tolérance. La première justification est plutôt que le prix des autres traitements les rend inaccessibles à de très nombreux fumeurs, et pas seulement dans les pays pauvres. Quant aux auteurs de l’étude, ils suggèrent que soit réalisée une étude de non infériorité face à la varénicline, étude qui devra inclure des analyses des rapports coût-efficacité respectifs.

Gageons cependant, qu'avant une éventuelle AAM en vue d'une large diffusion de ce produit, les autorités sanitaires demanderont un essai randomisé en double aveugle (dans lequel le sevrage serait contrôlé biologiquement et non plus seulement par la déclaration des participants) pour éliminer les biais inhérents à ce type d'étude ouverte.

Le tabagisme est actuellement la première cause de décès évitables à travers le monde, nul doute que tous les moyens de lutte efficaces devraient être mis en œuvre contre lui.

Dr Roseline Péluchon

Références
1) Walker C. et coll. : Cytisine versus Nicotine for Smoking Cessation
N Engl J Med 2014; 371:2353-2362.
2) Rigotti N.A.: Cytisine: a tobacco tretament hiding in plain sight. N Engl J Med 2014; 371:2429-2430.

Copyright © http://www.jim.fr

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Vos réactions (6)

  • Un essai randomisé en double aveugle

    Le 19 décembre 2014

    http://www.stop-tabac.ch/fra/medicaments-pour-faciliter-l-arret/cytisine.html
    "Des chercheurs anglais de l’University College de Londres ont mené une étude sur la cytisine mono-centrique, en double aveugle et randomisée sur 740 participants fumant plus de 10 cigarettes par jour."

    Angélique Huguin

  • Un point pharmacologique

    Le 19 décembre 2014

    Petite mise au point d'ordre pharmacologique, dite avec des mots simples (?).
    La nicotine est un agoniste entier, ce qui veut dire qu'elle provoque une stimulation pleine et entière des récepteurs nicotiniques centraux; ceci se traduit, du fait de la consommation régulière de cigarette et des stimulations répétées qui s'en suivent, par une augmentation de la population de ces récepteurs. Lesquels crient famine lorsque le consommateur prend (enfin)conscience des dangers du tabac et qu'il arrête de fumer.
    La cytisine, comme la varénicline, sont des agonistes partiels et non des antagonistes.
    Ce mode d'action présente deux avantages:
    1- cytisine et varénicline stimulent faiblement les récepteurs nicotiniques, ce qui permet de faire revenir, en douceur, la population de récepteur nicotiniques à la normale, tout en évitant l'inconfort majeur qu'éprouverait le fumeur en début de sevrage s'il était traité par un antagoniste, et
    2- occupant les récepteurs, cytisine et varénicline empêchent la nicotine d'une cigarette prise par un fumeur en début de sevrage (et mal observant) d'agir sur ses récepteurs, réduisant d'autant le plaisir tiré de cette cigarette.
    J-J Bonnet
    (fac de Médecine et Pharmacie de Rouen)

  • Question de pharmacologie

    Le 19 décembre 2014

    Il me semblait que la stimulation des récepteur cérébraux par les stupéfiants, entraînait non pas une augmentation, mais une diminution du nombre des récepteurs à la substance par effet d'internalisation, entraînant l'accoutumance et donc la nécessité d'augmenter les doses, néanmoins l'effet n'est peut être pas le même avec la nicotine étant donné qu'il s'agit d'un récepteur ionotrope ?

    Un etudiant

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