Place des probiotiques dans la prise en charge du syndrome de l’intestin irritable : ce que disent les recommandations

Le syndrome de l’intestin irritable (SII) touche près de 5 millions de personnes en France (dont deux fois plus de femmes que d’hommes). Selon les critères de ROME (ROME IV - mai 2016), le diagnostic de SII est posé devant la présence « d’une douleur abdominale chronique au moins un jour par semaine dans les trois derniers mois », associée à au moins deux des trois critères suivants : « douleur en relation avec la défécation » et/ou « douleur associée à une modification de la fréquence » et/ou « de l’aspect des selles ». De plus, les symptômes doivent avoir commencé à se manifester au moins 6 mois auparavant. Aucun examen complémentaire biologique et/ou morphologique ne permet d’affirmer la maladie et ces derniers ne sont réalisés que pour éliminer une pathologie organique. Selon les troubles du transit, on définit des formes avec prédominance d’une diarrhée (SII-D) ou d’une constipation (SII-C), ou avec alternance de constipation et de diarrhée (forme mixte, SII-M) et les formes inclassées.

Une maladie chronique multifactorielle

Le SII est un trouble complexe qui associe à des degrés divers un dysfonctionnement moteur du tractus gastro-intestinal, une hypersensibilité viscérale, un état micro-inflammatoire de la muqueuse digestive, un déséquilibre du microbiote intestinal (ou dysbiose) et des facteurs psycho-sociaux. Cependant, quelle que soient les anomalies (plus ou moins associées) à l’origine du SII, elles se manifestent par une symptomatologie clinique comparable. De même, les examens complémentaires standard ne permettent pas encore d’identifier le mécanisme physiopathologique responsable ou prédominant. Ainsi, en l’absence de critères prédictifs de l’efficacité des traitements, les différentes classes médicamenteuses sont souvent utilisées les unes après les autres.

Microbiote, dysbiose et SII : un lien de plus en plus étudié

De nombreuses études suggèrent que la dysbiose aurait un rôle majeur dans la physiopathologie du SII. En particulier, il a été montré que le microbiote intestinal des personnes souffrant du SII diffère de celui des personnes dites « saines ». Cette dysbiose pourrait notamment être à l’origine de troubles moteurs intestinaux et d’une hypersensibilité viscérale. Elle favoriserait également l’altération de la barrière intestinale et la survenue d’une inflammation de bas grade. D’où l’utilisation de probiotiques dans le SII qui constituent une piste thérapeutique de plus en plus explorée. Et, comme le montrent les dernières recommandations nationales et internationales, ces produits ont désormais une place à part entière dans la prise en charge de ce syndrome.

Pleins feux sur les recommandations françaises et mondiales

Dans les dernières recommandations de la Société Nationale Française de Gastro-Entérologie (SNFGE, septembre 2016), la prescription de probiotiques est préconisée en deuxième intention en cas d’échec des antispasmodiques et/ou des laxatifs et/ou des antidiarrhéiques (1). Mais, tous les probiotiques ne sont pas équivalents et la SNFGE spécifie bien que « l’efficacité de ce traitement dépend de la souche testée, de la dose, et de la forme utilisée et ne peut être extrapolée à d’autres circonstances ». Pour la SNFGE, seules certaines souches de bactéries « comme Bifidobacterium infantis 35624® ont fait preuve d’une efficacité modérée dans certaines études. » 

La World Gastroenterology Organisation (WGO) reconnaît également l’intérêt des probiotiques dans le SII, en recommandant dans les stratégies thérapeutiques de première intention avec un haut niveau de preuve (niveau 1) : « l’essai d’un probiotique dont l’efficacité est prouvé » (2). La WGO insiste sur le fait que des données récentes ont été publiées sur les perturbations de la flore intestinale dans le SII et que des méta-analyses ont confirmé l’utilité des probiotiques dans ce syndrome, mais que l’effet étant fortement lié à la souche utilisée, les consensus varient selon les probiotiques (3).

Le document de la WGO rappelle que Bifidobacterium infantis 35624® est la souche qui présente actuellement les meilleures preuves d’efficacité dans le SII (2). « La prise de Bifidobacterium infantis 35624® (à raison de 1 gélule par jour) diminue les douleurs, le ballonnement, les difficultés d’exonération et normalise le transit intestinal chez les patients souffrant de SII, quel que soit leur trouble du transit. ».

Une souche reconnue dans la prise en charge du SII

Ainsi, l’intérêt de la souche Bifidobacterium infantis 35624® est reconnu dans le SII tant au niveau des consensus nationaux qu’internationaux et ces résultats reposent sur plusieurs études contrôlées et publiées dans des revues scientifiques reconnues (4, 5, 6, 7). En particulier, dans l’étude de L. O’Mahony et coll. (6) et de PJ. Whorwell et coll. (7), Bifidobacterium infantis 35624® a eu un impact significatif sur différents symptômes caractéristiques du SII (douleurs abdominales, ballonnements et troubles du transit) comparativement à des patients ayant reçu un placebo. Pour rappel, Bifidobacterium infantis 35624®, commercialisé aux États-Unis depuis 10 ans, est désormais disponible en France sous forme de complément alimentaire et il s’agit du seul probiotique disponible en Europe à être uniquement composé de la souche Bifidobacterium infantis 35624®.

Dr Isabelle Birden

Références
(1) Sabaté JM et Jouët P : Conseil de pratique : prise en charge du syndrome de l’intestin irritable (SII). Société nationale française de gastro-entérologie. 19 septembre 2016.
(2) World Gastroenterology Organisation Global Guidelines. Irritable Bowel Syndrome: a Global Perspective Update September 2015.
(3) Hungin APS et coll. : Systematic review: probiotics in the management of lower gastrointestinal symptoms in clinical practice-an evidence-based international guide. Aliment Pharmacol Ther 2013 ; 38 : 864–886.
(4) Charbonneau D et coll. : Fecal excretion of Bifidobacterium infantis 35624 and changes in fecal microbiota after eight weeks of oral supplementation with encapsulated probiotic. Gut Microbes 2013 ; 4 (3) : 201-211.
(5) Konieczna P et coll. : Portrait of an immunoregulatory Bifidobacterium. Gut Microbes. 2012 ; 3 (3) : 261-26.
(6) O’Mahony L et coll. : Lactobacillus and bifidobacterium in irritable bowel syndrome: symptom responses and relationship to cytokine profiles.
Gastroenterology 2005 ; 128 (3) : 541-551.
(7) Whorwell PJ et coll. : Efficacy of an encapsulated probiotic Bifidobacterium infantis 35624 in women with irritable bowel syndrome. Am J Gastroenterol. 2006 ; 101 (7) : 1581-90.

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