Emmanuel Macron et la santé : une promesse de plus grande écoute, sans rupture majeure

Paris, le mardi 25 avril 2017 - Souvent accusés d’être erronés et trompeurs, les sondages conduits ces derniers semaines avaient pourtant offert une juste prévision du premier tour de l’élection présidentielle qui a placé Emmanuel Macron, leader d’En Marche ! et Marine Le Pen, présidente du Front national en tête ce dimanche. C’est un duel totalement inédit que doivent donc arbitrer les Français le dimanche 7 mai, en départageant deux personnalités et visions de la société très différentes. Ce n’est cependant peut-être pas en matière de santé, à propos de laquelle Marine Le Pen défend un projet plutôt consensuel que les divergences sont les plus marquées. Cependant, ce thème ayant eu une place importante dans les échanges du premier tour de l’élection présidentielle, le JIM vous propose de faire de nouveau le point sur les programmes en matière de santé et d’organisation des soins des deux candidats à l’élection présidentielle (les principales propositions de Marine Le Pen sont détaillées dans l’article (Marine Le Pen et la santé: plus d'attention pour les Français, moins de soins pour les étrangers).

Révolution de la prévention et décloisonnement

L’ambition d’Emmanuel Macron en matière de santé est de réaliser ce qu’En Marche ! nomme « la révolution de la prévention ». Il s’agit d’offrir plus d’importance à un pilier souvent négligé en France, afin de mieux agir contre la mortalité prématurée évitable qui reste élevée dans notre pays. Mesure phare pour atteindre cet objectif : la participation pendant trois mois des étudiants en profession de santé à un service sanitaire dédié à la prévention.  Les futurs praticiens et infirmières devraient intervenir dans les établissements scolaires, les entreprises et les établissements hébergeant des personnes âgées dépendantes (!) pour sensibiliser aux facteurs de risque et aux actions à privilégier.

Le vainqueur du premier tour de l’élection veut également restaurer le dialogue avec les professionnels de santé. D’une manière générale, il fait le constat d’un cloisonnement entre les différents acteurs du système de santé qui selon lui constitue un obstacle à une médecine de meilleure qualité. Il souhaite faire évoluer ces systèmes.

Maisons de santé et diversification des rémunérations en ville

Au-delà de cette philosophie générale, Emmanuel Macron avance différentes mesures concrètes pour répondre aux difficultés éprouvées par le monde de la santé. Ainsi, face aux déserts médicaux, son premier objectif est de financer 2 000 maisons de santé supplémentaires et accorder cinq milliards à l’innovation organisationnelle et technologique, notamment pour les soins primaires. Il est par ailleurs favorable à une diversification des rémunérations. « Il pourrait ne plus y avoir exclusivement du paiement à l’acte, mais aussi de la contractualisation, du salariat partiel, du travail à l’hôpital ou en ville partiel, de la forfaitisation », nous indiquait le professeur Jérôme Salomon l’un des responsables du programme santé d’Emmanuel Macron.

Prise en charge à 100 % des soins d’optique, dentaires et auditifs

A l’hôpital, une accélération de la réorganisation territoriale des structures, afin de mieux répondre aux besoins de la population et d’offrir des plateaux de meilleure qualité, est prônée. Emmanuel Macron souhaite également revenir sur la tarification à l’activité, qu’il juge inflationniste, voire perverse. Favorable au maintien de la réforme du contrat responsable, le leader d’En Marche ! plaide cependant également pour le recours à des contrats types de complémentaires afin d’offrir une plus grande visibilité. Il souhaite, dans le cadre d’un partenariat entre l’Assurance maladie et les mutuelles, obtenir une prise en charge à 100 % des lunettes, des prothèses auditives et des soins dentaires lourds grâce à une plus grande transparence, une meilleure régulation et l’introduction d’une concurrence plus marquée.

Des arbitrages qui se font attendre

S’il sait donc parfois se montrer tranché, un certain flou persiste, qui lui est d'ailleurs parfois reproché en d’autres matières. Ainsi, Emmanuel Macron a répété à plusieurs reprises son souhait d’un « tiers payant généralisable » mais pas généralisé ; une formulation ambiguë et qui ne parvient pas à rassurer les professionnels de santé. Par ailleurs, si sa « révolution de la prévention » est la manifestation de son souci majeur pour les questions de santé publique (avec une priorité accordée à la lutte contre l’alcool et le tabac), Emmanuel Macron tarde à développer de manière définitive ses projets. Si la complexité des sujets abordés justifie une distance et une pédagogie, certains manquements sont regrettés. Ainsi, sur le tabac, il préfère vanter une lutte positive et ludique plutôt que d’afficher clairement sa volonté d’augmenter le prix du paquet de cigarettes. Concernant la vaccination, ses conseillers ont établi une analyse très fine des enjeux, mais le choix entre levée ou élargissement de l’obligation est toujours en suspens.

Enfin, Emmanuel Macron ne sera pas, s’il est élu, le président des grandes révolutions éthiques. La situation actuelle dans de nombreux domaines lui paraît devoir être évaluée (par exemple en ce qui concerne l’accompagnement de la fin de vie) et il met en garde contre l’accumulation des législations. Seule possible exception : il pourrait permettre l’accès des couples de femmes à la procréation médicale assistée.

Le changement, ce ne sera pas maintenant

Les grandes lignes du programme d’Emmanuel Macron suggèrent que les changements les plus importants concerneront plus la méthode que les orientations. Le tiers payant peut en la matière servir d’exemple : l’obligation et la sanction sont totalement exclues et seront remplacées par le dialogue et l’évaluation, promet-on. Néanmoins, la rupture avec les tendances actuelles, pourtant vivement souhaitée par de nombreux acteurs, est peu probable. Enfin, une incertitude existe quant à l’application de sa prédilection pour l’économie libérale au monde de la santé. On se souvient qu’il avait défendu à l’époque de l’élaboration de sa grande loi une plus large ouverture du capital des pharmacies, afin de permettre l’existence de chaînes telles qu’elles existent dans de nombreux pays occidentaux. Il y avait finalement renoncé, notamment après avoir entendu les pharmaciens et s’être rangé à leurs arguments. Il a conservé cette position de repli durant la campagne mais les craintes demeurent. Quelle que soit leur réalité, il est probable qu’elles soient insuffisantes à influencer durablement le choix des professionnels de santé qui face à ce duel singulier devraient majoritairement faire taire certaines de leurs réticences ponctuelles face à d’autres enjeu majeurs.

Aurélie Haroche

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