Les chiffres alarmants du burn out des médecins

Paris, le vendredi 7 octobre 2016 – Audrey Laur, juriste spécialisée dans le droit médical, a réalisé une revue de la littérature sur l’épidémiologie et les conséquences du burn out chez les médecins.

Ces travaux, publiés une première fois en 2014 sont remis en avant cette semaine par la Veille documentaire de la médecine du travail du personnel hospitalier du CHU de Rouen. Cette étude révèle l’importante prévalence dans la communauté médicale de ce « sentiment de fatigue intense, de perte de contrôle et d'incapacité à aboutir à des résultats concrets au travail », définition du burn out de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).

Un praticien sur deux concerné

Les différentes études épidémiologiques menées sur le burn out des médecins permettent d’estimer que 43 % d’entre eux en Europe sont atteints de burn out sévère (1) dont 46 % au Royaume-Uni, 40 % en région parisienne, 50 % en Italie et Bulgarie, et 45 % en Pologne.

A noter que ces chiffres sont identiques chez les hospitaliers et les libéraux, les hommes et les femmes mais que certains spécialistes y sont plus sujets, notamment les urgentistes, les obstétriciens ou encore les chirurgiens.

Ce qui épuise le médecin

Les principaux facteurs qui mènent les médecins au burn out sont les contraintes administratives (selon un sondage, 84 % des médecins interrogés considèrent faire du travail administratif superfétatoire) et les longues journées empiétant sur la vie privée.

On pourrait également citer une certaine détérioration, ces 40 dernières années, de la relation médecin patient, notamment en raison de la désacralisation de la parole du premier.

La position des médecins dans la société favoriserait en outre l’éclosion d’un tel syndrome : ils restent fidèles à une image idéalisée malgré des conditions de travail dégradées. De leur côté, les patients attendent un véritable dévouement…bien qu’ils ne portent généralement aucune attention à la santé du soignant !

Des conséquences délétères

Bien qu’il soit difficile de connaître la part de responsabilité du burn out dans ces chiffres rappelons que des études européennes ont montré que 25 % des médecins étaient atteints de troubles de santé mentale et que selon un article original parue dans La Presse Médicale, 13 % des médecins généralistes font une tentative de suicide au cours de leur vie contre 6 % de la population française (2).

A l’auteur de conclure : « désenchantés, dévalorisés voire incompris, les médecins victimes de burn-out se consument physiquement et psychologiquement dans un engrenage dont ils ne voient pas l’issue. »

 

1. Soler JK. Burnout in European family doctors: the EGPRN study. Oxford: Oxford University Press; 2008.
2. Cathébras P, Begon A, Laporte S, Bois C, Truchot D. Épuisement professionnel chez les médecins généralistes. Presse Med. 2004;33:1569-74.

Frédéric Haroche

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Vos réactions (13)

  • Un témoignage

    Le 07 octobre 2016

    Le burn out, oui, après 31 ans de bons et loyaux services auprès d'une communauté multi ethnique. Je n'ai pas vu grandir mes enfants et actuellement je ne vois pas grandir mes petits enfants. Ma vie privée il y a bien longtemps que je l'ai mise de côté. Je voudrais arrêter, mais je n'ai pas l'age de la retraite et ne trouve aucun médecin pour prendre la suite.

    On a beau jamais avoir fait de dépression, il arrive un moment ou quand on fait le bilan on s'aperçoit que tout en ayant eu de grandes satisfactions au service des autres, les siens, sa propre famille, n'a pas reçu grand chose. Et c'est cela qui fait mal.

    Dr CM

  • Réflexions sur le burn-out

    Le 07 octobre 2016

    Conscient de cette pathologie depuis plusieurs années, j'avais proposé au Conseil de l'Ordre de mettre en place des réunions de groupe de médecins en burn-out...aucune suite.

    Je pense que les médecins touchés par ce problème sont trop isolés et estiment s'auto-guérir avec le temps. Il leur est souvent difficile de partager leur souffrance qui n'est pas psycho-pathologique mais peut le devenir. Comme il est dit, on retrouve souvent de l'idéalité et de fait de la déception. Il convient de travailler pour vivre et non de vivre pour travailler. C'est cette formule qui se pose dans le burn-out. On peut incriminer les charges administratives supplémentaires, peut-être, mais les médecins concernés savent que la cause est ailleurs.

    Le médecin n'est plus détenteur unique du savoir médical, il a perdu sa place sur le piédestal comme d'autres professions. Cela ne l'empêche pas d'être un interlocuteur avec son patient informé par de multiples sources. J'ai pu constaté que des confrères en burn-out ne savaient pas ou plus dire "NON". Non à leurs patients voir à eux mêmes. Non ; c'est accepter de perdre "des patients disent certains" "du prestige pour d'autres". Alors que c'est restaurer sa personne et sa vitalité soit l'inverse du burn-out.

    Dr Richard Guidez

  • Burn out: le rôle du CNOM

    Le 08 octobre 2016

    Parmi les attributions du CNOM, il me semble en exister une en rapport avec la sécurité professionnelle. Parmi les responsabilités du CROM, le DPC pourrait s'occuper de prévention. Pour ce qui est du niveau départemental, l'Ordre ne reste-t-il pas le conseiller privilégié face aux difficultés des médecins dans leur mission de santé publique? De plus ce niveau n'a-t-il pas aussi pour mission de favoriser la solidarité entre les médecins pour faire face aux drames privés et professionnels? Il me semble donc que les missions de l'Ordre pourraient inclure la prévention du burn-out des médecins et une part d'aide à ceux qui en sont victimes.
    D'autre part, une initiative récente de DPC est en rapport avec la relation d'aide aux soignants.
    La prévention reste cependant indispensable.
    Il me semble que l'Ordre a pour mission d'assurer une adaptation permanente des soins médicaux à l'évolution de la Société: je reste donc optimiste.

    Dr Alain Huvenne

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