Placebo sur ordonnance

Dans la plupart des pays développés, la prescription de placebo, défini comme un traitement dont l’effet thérapeutique est uniquement lié à l’attente du patient et non pas à son action pharmacologique, semble assez répandue. Or, à l’inverse de ce qu’il en est en recherche clinique, l’utilisation du placebo en pratique courante peut poser certains problèmes éthiques.

Pour juger de l’attitude des médecins sur ce point particulier, une équipe du service de bioéthique du National Institutes of Health de Bethesda a interrogé par voie postale, 1 200 internistes et rhumatologues américains.

Au total, 679 praticiens (57 %) ont répondu à l’enquête. Parmi ces derniers, environ la moitié ont déclaré prescrire des placebos d’une façon régulière (de 46 à 58 %, selon la manière dont a été posée la question). La plupart (n = 399, 62 %) estiment que cette pratique ne contrevient pas à l’éthique. Au cours de l’année écoulée, très peu avaient eu recours à des gélules de sel (n = 18, 3 %) ou de sucre (n = 12, 2 %) à titre de placebo, mais beaucoup avaient utilisé des antalgiques en vente libre (n = 267, 41 %) et des vitamines (n = 243, 38 %). Une faible, mais non négligeable, proportion de praticiens ont signalé avoir employé des antibiotiques (n = 86, 13 %) ou des sédatifs (n = 86, 13 %) pendant cette même période. Dans la plupart des cas, le placebo était décrit au patient comme un médicament pouvant avoir un effet thérapeutique potentiel ou comme un traitement non communément utilisé dans l’indication présente (n = 241, 68 %) ; enfin quelques médecins (n = 18, 5 %) expliquent à leurs patients qu’il s’agit d’un placebo, ce qui est plutôt surprenant !

Ainsi, d’après les résultats de cette enquête, la moitié des internistes et rhumatologues américains prescrivent des placebos de manière habituelle et considèrent cela comme correct sur le plan éthique. Les produits utilisés peuvent être inertes ou peu actifs pharmacologiquement (sel, sucre ou vitamines), mais parfois, il s’agit de molécules actives, telles que des antibiotiques, des antalgiques ou des sédatifs, ce qui devient beaucoup moins défendable. Enfin, curieusement, certains praticiens déclarent à leurs patients que le traitement prescrit est un placebo et l’on peut se demander ce qu’ils attendent alors de cette démarche !

Dr Georges Dubois

Référence
Tilburt J et coll. : Prescribing "placebo treatments": results of national survey of US internists and rheumatologists. BMJ 2008;337:a1938, doi: 10.1136/bmj.a1938 ; publié le 23 octobre 2008.

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