Don du sang des homosexuels : une nouvelle étape

Paris, le mercredi 17 juillet 2019 – À l’heure actuelle, un hétérosexuel ne peut donner son sang s’il a eu plus d’un partenaire sexuel au cours des quatre mois écoulés. Un homme ayant des relations homosexuelles masculines, ne doit pas, lui, avoir eu de rapport au cours des douze mois précédents. Cette précaution s’explique par le taux d’incidence très élevé du VIH dans cette population (environ 20 fois plus élevé que dans la population générale) et parce que le virus n’est pas détectable dans le sang durant une dizaine de jours après l’infection.

Réduction du délai d’abstinence à 4 mois

Le ministère de la Santé annonce aujourd’hui la réduction, à partir du 1er février prochain, de douze à quatre mois du délai permettant de donner son sang après la dernière relation homosexuelle masculine.

La « disparition de la référence à l’orientation sexuelle au profit de la recherche d’un comportement individuel à risque » devrait ensuite être envisagée à « l’horizon 2022 ».

Cette période d’abstinence avait été la condition fixée par Marisol Touraine, alors ministre de la Santé, pour ouvrir, en juillet 2016, le don du sang aux hommes homosexuels, qui leur était interdit pour des raisons de santé publique depuis 1983.

Désormais, selon la Direction générale de la santé, la surveillance épidémiologique des donneurs de sang a « montré que l’ouverture du don du sang aux hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes n’avait pas eu d’impact sur le risque résiduel de transmission du VIH par les produits sanguins, déjà très faible ».

Aligner les règles pour tous les donneurs : est-ce bien raisonnable ?

Douze mois, « c’est le délai au terme duquel nous sommes certains, d’après les éléments scientifiques dont nous disposons actuellement, que le niveau de risque est identique entre homosexuels et hétérosexuels », avait expliqué Marisol Touraine en 2016.

Un avis que balaie aujourd’hui, Agnès Buzyn, estimant maintenant que l’ouverture à venir du don du sang aux hommes homosexuels ayant eu un seul partenaire dans les quatre derniers mois (comme pour les hétérosexuels) s’appuie sur des éléments « scientifiques, objectifs et indépendants ».

Pourtant, dans une étude, Santé publique France a analysé l’impact sur le risque de transmission du VIH par transfusion sur la base de deux scénarios concernant le don du sang des homosexuels : avoir été totalement abstinent dans les 4 derniers mois avant le don et le « mono-partenariat » pendant les 4 mois précédant le don.

L’agence conclut que, dans la première hypothèse, le risque de transmission du VIH ne diffèrerait pas du risque résiduel de référence (1 cas pour 6 380 000 dons). Pour le second scénario, le risque de transmission serait significativement supérieur de 1,5 fois (1 pour 4 300 000 dons) au risque résiduel de référence. Cela s’explique sans doute par les comportements à risque dont le taux demeure élevé chez les hommes homosexuels et donc éventuellement chez le « monopartenaire » d’un donneur. Ainsi, selon la dernière enquête Prévagay, 26 % des sujets ont déclaré avoir eu plus de 50 partenaires au cours des 12 derniers mois. « Quant aux pénétrations anales avec ces partenaires occasionnels, 57 % déclaraient avoir eu au moins une pénétration anale non protégée dans les 12 derniers mois », indiquaient les auteurs de l’étude.

Un alignement qui, par respect pour la sécurité des receveurs, ne pourra intervenir qu'après une évaluation des risques faite « en toute transparence », rassure néanmoins le ministère.

Avec cette évolution probable, Agnès Buzyn fait également fi de l’argument qu’elle reprenait pourtant à son compte il y a peu, celui du risque vis-à-vis d’un « nouvel agent pathogène ou un risque d’épidémie ».

Frédéric Haroche

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Vos réactions (4)

  • Santé Publique et prudence scientifique

    Le 17 juillet 2019

    Chers confrères, et chères consœurs,

    Pharmacien ayant contracté un paludisme en 2006 lors d’une mission humanitaire au Mali, je suis exclu des protocoles de dons du sang désormais. Pour la sécurité des receveurs, j’accepte cette situation sans maugréer et sans considérer être le sujet d’une discrimination.

    En lisant votre article, je m’aperçois qu’il est à craindre qu’au nom d’un égalitarisme idéologique, poussé par des revendications de minorités militantes irresponsables, Madame la ministre pourrait préparer son prochain scandale sanitaire.
    Le bon sens et la prudence scientifique sera une fois de plus écorné. Franchement paradoxal pour un gouvernement qui prône la prévention…

    A van Landeghem

  • Cohérence des directives sur le don du sang ?

    Le 18 juillet 2019

    Médecin,tropicaliste, 72 ans, j'ai commencé à donner mon sang dès mes 20 ans. En tout, 100 fois (j'ai bien mérité de la patrie, merci, mais je n'ai pas reçu les palmes … agricoles)(pas le bon pays !). Mais j'ai été exclu, après une semaine de "réflexion" après mon dernier don, parce que j'avais fait en 1982-84 quelques poussées de malaria sous chimioprophylaxie, et un épisode de filariose, toutes traitées lege artis, y compris pour les formes dormantes.
    PAS DE RECIDIVE après 35 ans, mais exclu quand même, parce que l'on ne pouvait pas certifier que je n'était pas resté porteur. IDIOT pour un professionnel aguerri.
    Où est la logique ?
    Dr V W

  • Transfusion: un paradoxe

    Le 21 juillet 2019

    Paradoxe de nos têtes pensantes, on va autoriser le don du sang pour satisfaire l'ego de minorités, alors qu'on exclut ceux qui ont eu la syphilis, une hépatite, la malaria, ou autre maladie qui peut resurgir; futur scandale sanitaire ? Pour ma part, je me déclare témoin de Jehovah et refuse toute transfusion sanguine.

    Dr D. Muller

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