Exclusif : les professionnels de santé favorables à une augmentation du prix de la consultation dans les déserts médicaux

Paris, le jeudi 29 septembre 2022 – Si les médecins sont majoritairement favorables à une hausse du prix de la consultation dans les zones sous-denses, les infirmiers s’y opposent.

Rémunération au forfait, exercice groupé, partage des compétences, incitations financières ou tout simplement fin de la liberté d’installation : les propositions avancées par les uns et les autres ces dernières années pour remédier au problème de la désertifications médicale sont nombreuses. Pour rappel, cette désertification médicale gagne du terrain, puisqu’on estime que 6 % de la population française vit dans une zone comptant un nombre insuffisant de médecins généralistes, contre 3,8 % en 2015.

Une proposition défendue par le Modem…et Marine Le Pen


Dernièrement, le gouvernement a dégainé une nouvelle mesure pour inciter les médecins à se rendre dans ces déserts : la création d’une quatrième année d’internat de médecine générale à effectuer en priorité en zone sous-dense, une mesure qui ne suscite guère l’enthousiasme comme vous pourrez le lire dans un autre article de notre édition du jour.

Mais une autre proposition est régulièrement avancée pour relancer la démographie médicale dans certains territoires, celle d’augmenter le prix de la consultation dans les zones sous-denses. Cette mesure avait notamment été avancée par le député Modem Jean-Pierre Cubertafon dans un rapport parlementaire sur la désertification médicale rendue en octobre dernier et figurait également dans le programme santé de Marine Le Pen lors de la dernière élection présidentielle.

Sondage réalisé sur JIM.fr su 12 au 28 septembre

Médecins et infirmiers s’opposent sur le prix de la consultation


Faire varier le prix de la consultation selon la démographie médicale de la région semble avoir la faveur des professionnels de santé, en tout cas de ceux qui lisent le JIM. Selon un sondage réalisé sur notre site entre le 12 et le 28 septembre, 53 % de nos lecteurs sont favorable à une augmentation du prix de la consultation dans les déserts médicaux, contre 44 % qui s’y opposent (3 % ne se prononcent pas).

Une courte majorité en faveur d’un prix différencié donc, qui cache des divergences d’opinion selon les professions médicales. Ainsi, l’augmentation du prix de la consultation en zone sous-dense est assez largement plébiscitée chez les principaux intéressés, à savoir les médecins : 63 % s’y disent favorables et seulement 35 % s’y opposent.

Les infirmiers en revanche y sont clairement opposés : 75 % d’entre eux ne veulent pas que le prix de la consultation varie selon la démographie médicale et seulement 24 % y sont favorables. Les pharmaciens se montrent eux très partagés : 50 % d’entre eux préfèrent que le prix de la consultation reste le même partout en France, tandis que 46 % sont acquis à l’idée de variations selon les régions.

Décalage entre les médecins et leurs syndicats représentatifs


Difficile d’expliquer cette nette différence d’opinion entre médecins et infirmiers et la forte opposition de ces derniers à l’idée de faire varier le prix de la consultation selon les zones. Une piste d’analyse : les infirmiers libéraux connaissent des contraintes à la liberté d’installation depuis 2012, qui semblent avoir porté leurs fruits selon une récente étude de l’IRDES. En rejetant l’idée d’une variation du prix de la consultation, sans doute les infirmiers expriment leur volonté de voir mettre en place les mêmes contraintes à l’installation pour les médecins.

Les résultats de notre sondage montrent également un décalage entre les médecins et leurs syndicats représentatifs. Les partenaires conventionnels se sont en effet toujours montrés attachés au principe d’une convention médicale unique et à la nomenclature nationale. En tout état de cause, le principe d’un prix de la consultation variant selon les régions ne devrait figurer ni dans la future loi de financement de la Sécurité Sociale (LFSS) ni dans la prochaine convention médicale.


Grégoire Griffard

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Vos réactions (4)

  • Faire comme l'Etat et les entreprises est justifié

    Le 29 septembre 2022

    Pour inciter des gens à faire quelque chose, proposer une rémunération (primes, avantages divers, etc) est un moyen utilisé par l'employeur qui veut essayer l'expatriation de cadres pour exporter. De même, l’État a compris depuis longtemps et fait la même chose pour ses fonctionnaires dans les DOM-TOM, dont l’éloignement refroidissait les vocations. Alors, allons dans le désert médical aux mêmes conditions que dans la jungle guyanaise ou Wallis et Futuna.

    Maignan, Pharmacien.

  • Radio-crochet

    Le 30 septembre 2022

    Reste juste à savoir le % de répondeurs, leur exercice, leur age etc. "Et les sage - femmes" , les "Kinés" etc etc. Et moi et moi.
    Analyser ce radio-crochet : sans intérêt, ce qu'il reflète restera inconnu. On en retiendra le titre accrocheur "exclusif" (plus vendeur ?) puisque le paradoxe est là : " Exclusif : les professionnels de santé favorables à une augmentation du prix de la consultation dans les déserts médicaux ". Une proposition de pseudo-sondage : " Qui ne souhaite pas gagner plus ? ".
    Le décalage médecin-syndicats n'est pas un scoop. Taux de syndicalisation ?
    Mais reste la pseudo-question clef : qu'en pense donc le CNOM avant le Modem et Mme M Le Pen. Rien probablement. Pourcentages pour pourcentages, voilà le " chiffre du mois " retenu par le CNOM pour septembre 2022 : « 40 % des médecins sont âgés de 55 ans et plus dans un tiers des pays d’Europe et d’Asie centrale : c’est ce que révèle l’OMS Europe dans un rapport publié le 14 septembre ». A la lecture du Jim, 06% de la population nationale vit dans un " désert médical " : 1/3 du Pakistan est sous l'eau Dr Griffard.

    Dr JP Bonnet - 62a - PH

  • Augmentation du prix de la consultation dans les déserts médicaux

    Le 02 octobre 2022

    Retraité après avoir exercé dans une région que j’ai vue passer de demi désert médical à désert médical je suis maintenant devenu un simple consommateur (éclairé) de soins médicaux. Paradoxalement et heureusement j’ai constaté pendant toutes ces années une amélioration du niveau de médecine exercé ce qui a certainement compensé la fuite des compétences vers des sites plus attractifs. Tout ça pour dire que oui l’augmentation du prix de la consultation ou l’augmentation du salaire si on décide de salarier la fonction est un impératif. En effet les professionnels de santé qui décident de s’exiler loin d’une zone de confort (mégapole ou grande ville universitaire) ne doivent pas seulement supporter les difficultés d’un exercice dans un désert médical mais également les contraintes de vie dans ces zones qui ne sont pas seulement désertées par les professionnels de santé à commencer par l’état. Seule une compensation financière peut le faire et le fera mieux qu’une contrainte. Enfin pour répondre à notre confrère qui compare la misère du Pakistan à nos petits problèmes je dirais qu’il a sûrement raison mais que ce n’est pas la bonne façon de penser. La France est une démocratie à niveau de vie élevé ça a un coût et nous le payons très cher avec nos impôts et à ce titre nous pouvons et nous devons exiger mieux dans le domaine de la santé pour tous nos concitoyens. La misère du monde c’est un autre débat.

    Dr Michel Bounioux.

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