HCQ, et l’on oublie RECOVERY…

La décision d’inclure l’hydroxychloroquine (HCQ) et la chloroquine parmi les médicaments susceptibles de traiter efficacement l’infection dite Covid-19 a été prise dès le début de la pandémie. C’est en Chine que les premiers essais ouverts ou randomisés ont été menés eu égard à l’activité antivirale établie in vitro de cette molécule, contre de nombreux virus incluant le SARS-CoV-1 et le SARS-CoV-2. L’argument économique a également joué un rôle puisque ce principe actif vieux de 70 ans est fort peu onéreux, ce qui en cas d’efficacité cliniquement prouvée, aurait permis de juguler l’épidémie pour un faible coût. Les essais en question portant sur des effectifs restreints ont abouti à des résultats discordants et à ceux-ci, il convient d’ajouter une étude ouverte française qui a fait grand bruit en dépit de sa méthodologie pour le moins critiquable.

Certains citeraient une comédie de Shakespeare (« a much ado about nothing ») pour résumer rétrospectivement l’histoire, mais pour d’autres, cela relèverait de la provocation, de sorte que la référence doit être prise au second degré, bien évidemment.

Quoi qu’il en soit, les résultats de l’essai RECOVERY (Randomized Evaluation of Covid-19 Therapy) méritent d’être rapportés car ils portent sur un effectif conséquent ce qui lui confère une puissance statistique jamais égalée dans les études précédemment évoquées. Cette étude randomisée a en effet inclus 4 716 patients hospitalisés en raison d’une Covid-19 avérée, cliniquement probable ou biologiquement prouvée. L’inclusion a pris fin le 5 juin 2020 après une analyse intermédiaire des résultats qui a conclu à l’inefficacité de l’HCQ et a suscité une polémique retentissante. Les données de ce rapport préliminaire ont été minutieusement disséquées à des fins qui ne relèvent pas toutes d’une curiosité purement scientifique… Deux groupes ont été constitués par tirage au sort : (1) HCQ (n = 1 561) ; (2) traitement standard (n = 3 155). Le critère de jugement principal était la mortalité globale estimée au terme de 28 jours de suivi.

Inefficacité de l’HCQ, CQFD

Dans le groupe HCQ, le nombre de décès s’est élevé à 421, versus 790 dans le groupe témoin (qui comportait environ deux fois plus de patients) soit en termes de mortalité 27,0 % vs 25, 0 % ce qui conduit à un rate ratio (RR) de 1,09 (intervalle de confiance à 95 % [IC], 0,97 à 1,23 ; p = 0,15). Les analyses portant sur tous les sous-groupes prédéterminés ont conduit à des résultats concordants. Dans le groupe HCQ, la proportion de patients quittant le milieu hospitalier vivants au 28ème jour s’est révélée plus faible que dans l’autre groupe, soit 59,6 % versus 62,9 % (RR, 0,90 ; IC95 %, 0,83 à 0,98), mais le seuil de signification statistique n’est pas atteint.

La même tendance a été observée quant aux indications de la ventilation assistée -non mise en jeu à l’état basal- ou à la mortalité : les deux critères combinés ont concerné plus de patients du groupe HCQ, soit 30,7 % versus 26,9 % dans le groupe témoin, ce qui conduit à un RR de 1,14 (IC95 % 1,03 à 1,27), là aussi sans signification statistique.

La mortalité d’origine cardiaque a été un peu plus élevée (0,4 points de pourcentage) dans le groupe HCQ, mais sans rapport avec une fréquence accrue des arythmies ventriculaires majeures par rapport au groupe témoin.

La conclusion de l’essai RECOVERY se résume en peu de mots : l’HCQ est inefficace dans le traitement de la Covid-19 chez les patients hospitalisés en termes de mortalité notamment. Les indications de la ventilation assistée ne sont pas non plus réduites par l’HCQ mais en dépit des doses élevées utilisées dans cette étude, le risque d’arythmie cardiaque n’a pas été significativement majoré. Ces résultats ne surprendront pas les défenseurs acharnés de l’association HCQ-azithromycine qui préconisent son administration préventive dès le début de l’infection, sans preuves pour étayer une telle stratégie…

Dr Peter Stratford

Références
The RECOVERY Collaborative Group. Effect of Hydroxychloroquine in Hospitalized Patients with Covid-19. N Engl J Med 2020 ; publication avancée en ligne 8 octobre. DOI: 10.1056/NEJMoa2022926.

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Vos réactions (9)

  • Résultats de l'IHU

    Le 18 octobre 2020

    Sur environ 6000 patients,traités avec HCQ et
    Azithromycine sitôt le diagnostic établi, à l’IHU,
    le Pr Raoult annonce 0,5 %
    de décès; la plupart de ces
    patients présentaient des
    comorbidités.
    Est-ce un mauvais résultat ?
    La méthodologie est-elle plus importante que l’intérêt du patient ?

    Dr Jean-Pierre Campagni


  • Et Raoult dans tout cela ?

    Le 19 octobre 2020

    Que pense le savant de Marseille de ces résultats accablants, et alors que notre "grand professeur" continue - à bas mots cependant ! - à revendiquer (moins haut et fort!) que l'HCQ est LE médoc qui devait sauver le monde et que (désastreux!) un pourcentage non négligeable de la population soutient ses thèses hors sol ?
    Errare humanum est, perseverare diabolicum lui ai-je déjà écrit il y a déjà plusieurs semaines...sans réponse de sa part...évidemment !

    Dr Alain Cros

  • Hors essais

    Le 19 octobre 2020

    Au printemps, beaucoup de patients, hospitalisés ou a domicile, ont reçu divers traitements pour essayer de lutter contre le SARS-CoV-2. Je ne parle pas des automédications, mais de ceux encadrés par le corps médical. Ne serait-il pas possible, POUR UNE FOIS, de rassembler tous les dossiers, ne serait-ce qu'à travers l'Assurance maladie? Même si cela demanderait plusieurs mois, je pense que cela en vaudrait la peine.

    JP Moreau, Biologiste en retraite, exCOVID19 non confirmé faute de tests en mars...

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