Levothyrox : Agnès Buzyn reconnaît la nécessité d’améliorer l’information vers les patients

Paris, le jeudi 7 septembre 2017 – Dans les laboratoires de biologie médicale où le nombre de patients venant faire contrôler leur TSH ne diminue pas, dans les officines où des alternatives au Levothyrox sont constamment demandées, à l’étranger (notamment en Espagne et en Italie) où l’ancienne formule est recherchée : le tumulte provoqué par « l’affaire Levothyrox » ne semble pas s’apaiser. Des cas graves d’hypothyroïdie chez des patients ayant brutalement interrompu leur traitement, alertés soit par leurs symptômes, soit par les rumeurs ambiantes, commencent également à être signalés. Aussi, les autorités martèlent : surtout n’arrêtez pas votre traitement.

Ouverture du marché

Le ministre de la Santé, qui après plusieurs communiqués et quelques déclarations informelles, s’exprimait hier officiellement pour la première fois sur le sujet a ainsi insisté sur ce point. Avec Dominique Martin, patron de l’Agence nationale de Sécurité du médicament (ANSM), ils ont par ailleurs assuré que si des « effets notables » étaient bien répertoriés, aucun « ne mettent en danger la vie des patients ». « Aucun cas grave n’a à ce jour été signalé » a ainsi souligné Dominique Martin infirmant des informations diffusées par le Figaro le matin-même évoquant 1 500 cas graves. Le ministre et le patron de l’ANSM ont par ailleurs exclu tout retour à l’ancienne formulation du médicament pourtant réclamée à travers une pétition par plus de 180 000 personnes. La nouvelle composition est « beaucoup plus stable que la précédente » a en effet observé Agnès Buzyn. Néanmoins, afin de mettre fin à la situation de quasi-monopole de Merck quant à la commercialisation de la lévothyroxine en France (lors de pénurie de 2013, des autorisations temporaires avaient dû être données pour qu’un médicament italien soit exporté), le ministre a indiqué qu’elle allait réfléchir « aux moyens d’une ouverture du marché français à d’autres formules alternatives de la lévothyroxine ».

Lutter contre le complotisme

Enfin, Agnès Buzyn a admis que si cette affaire n’est pas un scandale sanitaire, elle met en évidence les importantes failles concernant la communication sur les médicaments et l’accompagnement des patients. Il existe « un sentiment permanent de complotisme dès lors que l’on parle du médicament » a-t-elle constaté. En la matière, le choix de l’ANSM de ne pas communiquer directement vers le grand public et les patients (à travers par exemple des informations glissées dans les notices ou des informations diffusées à la télévision qui demeurent en dépit de la concurrence d’internet un des médias les plus écoutés) renforce la suspicion d’une volonté de dissimulation, même s’il est bien plus certainement un souhait louable de préserver le lien médecin/malade.

La goutte qui fait déborder de questions !

Soulignons par ailleurs, que les laboratoires Serb, qui commercialisent la L-thyroxine en gouttes, forme réservée normalement à l’usage pédiatrique et aux patients souffrant de trouble de la déglutition, ont indiqué qu’ils allaient doubler leur capacité de production. Il s’agit de répondre à la forte demande de ces derniers jours, qui risquait de créer une situation de pénurie dangereuse pour les enfants. Si c’est une réponse astucieuse de la part du laboratoire, on peut se demander à quel point une telle stratégie ne risque pas de renforcer chez certains patients un sentiment de méfiance et l’idée que la nouvelle formule du Levothyrox est intrinsèquement mauvaise. Par ailleurs, il n’est pas certain que ces patients, dont les effets secondaires associés à la nouvelle formule révèlent un équilibre thyroïdien particulièrement précaire retrouveront facilement la stabilité avec la formule en gouttes.

Ces questions ne se posent pas pour ceux des patients qui ont choisi de se rendre en Espagne et en Italie pour retrouver l’ancienne formule. Et il est probable que ces tendances ne disparaissent pas tant que l’ANSM ne présentera pas des résultats complets de son enquête de pharmacovigilance.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (10)

  • Pourquoi l'Espagne et l'Italie ?

    Le 08 septembre 2017

    Oui pourquoi nos deux voisins continuent-ils à commercialiser "l'ancienne formule"? Fabriquée par qui ? Ces sous-développés n'ont pas compris l'intérêt "d'une composition beaucoup plus stable que la précédente"? Et encore heureux que "l'astucieux" Serb double la production de L-Thyroxine Pédiatrique. Il pourrait même la tripler! Manquerait-plus qu'une pénurie d'opothérapie pour les enfants,grâce à Merck.

    Dr Michel Remy

  • Méfiance justifiee vis-à-vis des génériques

    Le 10 septembre 2017

    Merci au changement de formulation du Levothyrox.
    Grâce à lui,on y voit plus clair.
    Les effets secondaires de cette nouvelle formulation sont reconnus par nos autorités et permettent enfin de confirmer ce dont on se doutait depuis l'arrivée des génériques.

    Oui les excipients interviennent dans le fonctionnement d'un médicament.
    Oui nous avons eu bien raison d'etre trés méfiants concernant tous les génériques.

    Dr Marie-Odile Amilhau

  • Levo thyrox et folie ambiante

    Le 10 septembre 2017

    Une attitude scientifique pourrait-elle être mise en place ?

    Françoise Baudry

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