Sécurité routière : comment combattre l’alcool et les stupéfiants au volant ?

Roubaix, le mercredi 24 mai 2023 – Plusieurs drames de la route récents ont remis en lumière la nécessité de renforcer la lutte contre l’usage d’alcool et de stupéfiants au volant.

Ce jeudi, le Président de la République Emmanuel Macron se rendra à Roubaix pour rendre hommage à trois jeunes policiers morts ce dimanche près de Lille dans l’exercice de leurs fonctions. Alors qu’ils escortaient une victime au commissariat, la voiture de service des trois policiers, âgés de 24 et 25 ans, a été violemment percutée par un autre véhicule roulant à contre-sens. Le conducteur, âgé de 24 ans, « présentait un taux d’alcool dans le sang de 2,8 grammes par litre et était par ailleurs positif au cannabis » a expliqué la procureure de la République, qui a également indiqué qu’il avait été plusieurs fois condamné pour des faits de consommation de cannabis et d’outrages. Il est lui aussi décédé dans l’accident.

Quelques jours à peine après ce drame horrible, qui a plongé l’ensemble des forces de l’ordre du pays dans l’émoi, un autre accident similaire est survenu à Trappes dans les Yvelines ce mardi, lorsqu’une petite fille de 6 ans a été fauchée et tuée par une voiture. La conductrice, âgée de 21 ans, a été testée positive au cannabis et immédiatement placée en garde à vue pour homicide involontaire aggravée.

Créer un délit d’homicide routier, une mesure purement symbolique ?

Ces deux accidents routiers impliquant à chaque fois des conducteurs sous l’emprise d’alcool et/ou de stupéfiants rappellent l’importance mais aussi la difficulté de lutter contre ce type de comportement. Il y a trois mois, c’est un autre drame très médiatisé, celui de l’accident provoqué par l’humoriste Pierre Palmade alors qu’il était sous l’emprise de 3-MMC (une drogue de synthèse) qui avait poussé le gouvernement à afficher une attitude volontariste dans sa lutte contre la consommation de stupéfiants au volant.

Le 19 février dernier, soit dix jours après l’accident de l’humoriste, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin avait annoncé une batterie de mesures en ce sens : perte automatique du permis de conduire en cas de conduite sous l’emprise de stupéfiant (mais cette mesure est en pratique déjà appliquée selon les experts du droit routier), augmentation du nombre de tests salivaires de détection des stupéfiants pour les porter à 1 million en 2023 mais aussi création d’un délit d’ « homicide routier ».

Une idée reprise par un groupe de députés LR, qui ont déposé le 4 avril dernier une proposition de loi visant à créer le délit d’homicide routier, consistant à commettre un homicide involontaire en conduisant un véhicule sous l’emprise d’alcool et/ou de stupéfiants et puni de 10 ans d’emprisonnement (contre 7 ans en l’état actuel du droit). Des annonces qui ont peu convaincu les associations spécialisées dans la sécurité routière, qui estiment que les sanctions théoriques existantes sont déjà suffisamment lourdes, mais qu’elles ne sont pas suffisamment appliquées.

Une tolérance coupable pour l’alcool

Par ailleurs, il est difficile de ne pas constater que lorsque le sujet est évoqué, c’est avant tout la conduite sous stupéfiants que les autorités évoquent et moins de celle sous l’emprise de l’alcool. A plusieurs reprises depuis 2017, Emmanuel Macron et son gouvernement ont montré une tolérance sans doute excessive vis-à-vis de l’alcool, minimisant ses dangers. S’agissant de la violence routière là encore, le ministre de l’Intérieur a indiqué que, contrairement aux stupéfiants pour lesquels c’est la « tolérance zéro » qui s’appliquera, le retrait automatique du permis ne sera mis en œuvre pour l’alcool qu’en cas de dépassement d’un « seuil d’alcoolémie à définir », sans doute à 0,8 gramme d’alcool par litre de sang.

Une tolérance qui suscite la colère de ceux qui ont été victimes de chauffards alcoolisés. Le célèbre animateur de télévision Julien Courbet notamment a plusieurs fois pris la parole pour dénoncer ce parti-pris positif pour l’alcool, lui dont le père a été tué par un conducteur ivre. « Le coupable n’a pas été un seul jour en prison, il a eu trois mois avec sursis au bout du compte » racontait-il au moment de l’affaire Palmade à propos de l’homme qui a tué son père. L’accident survenu à Roubaix ce dimanche l’a encore une fois poussé à demander de renforcer les campagnes de prévention contre l’alcool au volant et à dénoncer la trop grande importance du lobby de l’alcool. « Rassurez-vous, si on vous fait peur sur les paquets de clopes qui ne tuent personne au volant, vous n’êtes pas près de voir des messages du style « boire tue », le lobby est trop puissant, on enterre et on se tait » a réagit sur Twitter l’animateur de télévision.

Rappelons que l’alcool est impliqué dans 1 000 accidents routiers mortels par an et les stupéfiants dans 600 d’entre eux.

Nicolas Barbet

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Vos réactions (2)

  • Alcool au volant

    Le 24 mai 2023

    Pourquoi n’installe-t-on pas un dispositif qui empêcherait de démarrer la voiture en cas de consommation d’alcool ? (ou de drogue).

    Dr M Denis

  • Protection des lobbyistes alcool

    Le 25 mai 2023

    Et même si dans alcool il y a cool ça ne l’est pas du tout !
    Aujourd’hui on voit encore des immenses panneaux publicitaires lumineux aux carrefour des villes qui vous recommandent de goûter au rhum, ou autres breuvages fortement alcoolisé…

    A Cannavacciuolo, IDE

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