Tous les patients sous chimiothérapie devraient bénéficier de conseils nutritionnels

L’alimentation est une composante essentielle de la vie quotidienne et l’appétit est encore considéré par les patients et leur famille comme un baromètre de l’état de santé. Les malades atteints de cancer ont souvent des difficultés à s’alimenter et peuvent bénéficier, dans ce cas, de conseils nutritionnels. Peu de travaux ont toutefois exploré les besoins et les demandes précises de ces patients.

C’est ce qui fait l’intérêt d’une étude récente menée au Japon. Au total, 151 patients de 66,5 ans d’âge moyen, traités par chimiothérapie en ambulatoire, ont accepté de participer à cette étude. Trois questionnaires leur étaient proposés, explorant leur état nutritionnel, leur anxiété éventuelle au sujet de leur alimentation et leur qualité de vie. Parmi tous les participants, 42 (35,9 %) ont demandé qu’une aide nutritionnelle leur soit délivrée. Leurs caractéristiques ont été comparées à celles des sujets non demandeurs de conseils.

Des demandes sans rapport avec la présence de symptômes

Il apparaît en premier lieu que la demande d’aide est indépendante de la présence de symptômes d’un trouble alimentaire, mais, en revanche, qu’elle est associée aux scores de qualité de vie explorant les volets émotionnels, cognitifs et sociaux : les personnes qui sollicitent de l’aide ressentent de l’anxiété en rapport avec leur alimentation et notent un impact de celle-ci sur leur qualité de vie. Leur régime s’est souvent récemment modifié, et cela les angoisse.

Ceux qui s’efforcent de continuer à « bien » manger quantitativement sont plus intéressés par la nourriture ; ceux qui mangent moins veulent savoir comment composer leurs menus. Tous espèrent des conseils sur les qualités nutritionnelles des aliments et sur la composition de leurs assiettes au quotidien. La demande est particulièrement forte chez les patients pour lesquels les difficultés alimentaires sont sources de conflits avec l’entourage ou ceux qui sont soumis à de fortes pressions de la part de celui-ci, avec des conseils parfois contradictoires.

En revanche, les patients dont l’IMC (indice de masse corporelle) ou les résultats sanguins suggèrent une alimentation insuffisante, ne sont pas demandeurs de conseils, même si leur anorexie, leur dysgueusie les inquiètent.

Cette étude souligne ainsi l’intérêt d’aborder systématiquement la question de l’alimentation et de l’offre d’aide avec tous les patients traités par chimiothérapie en ambulatoire, quelque soit leur état de santé, et même en l’absence de signes cliniques de dénutrition.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Koshimoto S. et coll. Need and demand for nutritional counselling and their association with quality of life, nutritional status and eating-related distress among patients with cancer receiving outpatient chemotherapy: a cross-sectional study. Support Care Cancer 2019. Publication avancée en ligne le 14 janvier. doi: 10.1007/s00520-018-4628-9.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (3)

  • Très juste !

    Le 18 juillet 2019

    Tout à fait justes les conclusions de cette étude japonaise, merci pour cet article.
    Et certains patients à IMC devenu bas ne sont pas demandeurs ou si peu, l'envie et le plaisir de manger ayant disparu avec le goût...Il est indispensable de les aider , eux surtout, et d'intervenir à domicile, sans doute avant l'apparition de l'anorexie mais aussi quand elle existe. En espérant que les services de soins en aient davantage les moyens qu'actuellement!

    J. Jaffres

  • En pratique, quels conseils ?

    Le 19 juillet 2019

    Je suis médecin retraité confronté à ce problème car en pleine chimio. Il est très difficile à résoudre, même s'il est facile d'en parler.
    Je vous le résume
    1-On n'a pas faim
    2-La bouche fait mal quad on mâche, lèvres, gencives, dents, langue : tout est irrité.
    3-Rien n'a de goût ou plutôt tout à gout de papier mâché.
    Alors comment voulez-vous donner des conseils à part de boire des préparations protéinées spéciales vendues en pharmacie ?

    AC

  • Alimentation et chimio: les conseils du pharmacien

    Le 22 juillet 2019

    Dr AC en pharmacie les préparations hyperprotéinées se présentent sous forme liquide, mais aussi crèmes et yaourts à prendre à la cuillère, poudre à mélanger à l'alimentation "classique", gateaux, pain brioché....
    le pharmacien peut aussi donner ses conseils sur la texture, la température des préparations alimentaires "ordinaires", le nombre de repas et en-cas...

    MO. Marchal

Réagir à cet article