Cancers de la tête et du cou récidivants : de l’efficacité du pembrolizumab en première intention

Dans les cancers de la tête et du cou, l’immunothérapie fait partie des choix thérapeutiques de seconde intention. Le pembrolizumab et le nivolumab partagent cette indication. Il pourrait en être autrement quand ces tumeurs malignes en arrivent au stade des récidives qui posent effectivement des problèmes thérapeutiques majeurs. C’est dans ce contexte que s’inscrit l’essai multicentrique international et randomisé de phase 3, intitulé KEYNOTE-048.

Trois groupes, près de 900 patients

Trois stratégies ont été comparées chez 882 patients atteints d’un cancer récidivant de la tête et du cou : (1) pembrolizumab (P) en monothérapie (n = 301) groupe 1 ; (2) P + chimiothérapie (cisplatine + 5-FU) (C) (n = 281) groupe 2 ; (3) cetuximab + C (n = 300) groupe 3. Sur le plan clinique, aucun traitement local à visée curative n’était possible chez les participants et aucun traitement systémique n’avait été entrepris lors de la récidive. Par ailleurs, le recours au pembrolizumab n’était envisageable que si la tumeur primaire exprimait le PD-L1 (programmed cell death ligand 1) à des niveaux relativement élevés. Les critères de jugement primaire ont été la survie sans progression de la maladie et la survie globale dans la population globale et dans deux sous-groupes constitués en fonction du niveau d’expression du PD-L1, respectivement CPS (combined positive score) ≥20 et ≥1). Les résultats présentés à l’ESMO sont ceux de l’analyse intermédiaire réalisée au terme d’un suivi d’au moins 17 mois.

Des résultats encourageants

C’est dans le groupe 1 que la survie globale a été la plus longue à la fois dans les sous-groupes CPS ≥ 20 (médiane 14,9 vs 10,7 mois groupe 3 ; hazard ratio [HR] = 0,61 ; p = 0,0007) et CPS ≥1 (médiane 12,3 vs 10,3 mois groupe 3 ; HR = 0,78 ; p = 0,0086). Au sein de la population globale, c’est une non-infériorité du groupe 1 versus le groupe 3 qui a été établie. En revanche, la survie sans progression de la maladie n’a pas été prolongée de manière significative dans le groupe 1, même en cas de CPS ≥20. Les taux de réponse dans les groupes 1 et 3 ont été respectivement de 23 % vs 36 % (CPS ≥20), 19 % vs 35 % (CPS ≥1) et 17 % vs 36 % (population globale). La durée médiane de la réponse a été respectivement de 20,9 vs 4,2 mois (CPS ≥20), 20,9 vs 4,5 mois (CPS ≥1) et 20,9 vs 4,5 mois (population globale). L’acceptabilité du P s’est avérée satisfaisante, la fréquence des évènements indésirables de grade 3 à 5 étant de 17 % dans le groupe 1 versus 69 % dans le groupe 3. Dans le groupe 2, la durée de la survie globale s’est avérée supérieure à celle du groupe 3, si l’on considère la population dans sa totalité, soit (médiane) =13,0 vs 10,7 mois (HR = 0,77 ; p = 0,0034).

Cet essai randomisé de phase 3 aboutit à des résultats encourageants. Chez les patients atteints d’un cancer récidivant ou métastatique de la tête et du cou, le pembrolizumab administré en première intention, semble augmenter la durée de la survie globale, quand la tumeur maligne exprime le ligand PD-L1 à des niveaux relativement élevés. Dans ce cas, ce traitement s’avère supérieure aux protocoles standards, au prix d’une acceptabilité jugée favorable. Les réponses aux stratégies P et P+C (pembrolizumab + cisplatine + 5-FU) se sont avérées durables. Des résultats déjà appréciables dans le cadre de cette analyse intermédiaire, qui devraient être confirmés au terme de l’essai lors de l’analyse finale, notamment pour ce qui est de la survie globale.

Dr Philippe Tellier

Référence
Burtness B et coll. : Phase III study of first-line pembrolizumab (P) for recurrent/metastatic head and neck squamous cell carcinoma (R/M HNSCC). ESMO 2018 (Munich) : 19-23 octobre 2018.

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