De la fluoxétine pour améliorer les performances motrices après un AVC ?

Malgré les nombreux progrès  effectués dans la prise en charge aiguë des accidents vasculaires cérébraux, il reste que les cliniciens n’ont toujours que peu de moyens à leur disposition pour améliorer la récupération des patients. Pourtant,  plusieurs molécules comme les amphétamines ont montré une efficacité à cet égard dans des modèles animaux. Des substances plus faciles à manier ont aussi été testées : ainsi a-t-il été montré que les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine ont un effet neuroprotecteur et stimulent la neurogénèse dans des modèles expérimentaux. Des études  préliminaires effectuées sur de petits effectifs  ont rapporté une amélioration de la récupération avec l’utilisation de ces molécules.  L’augmentation du débit cérébral du cortex moteur sous paroxétine et fluoxétine démontrée au cours d’études utilisant l’IRM fonctionnelle (IRMf) a encouragé une équipe toulousaine à proposer un essai thérapeutique multicentrique français.

Cent dix-huit patients  récemment (5à 10 j) victimes d’un accident vasculaire cérébral ont été inclus dans cette étude en double aveugle (59  sous fluoxétine et 59 sous placebo). Les malades avec un syndrome dépressif et un AVC trop sévères (score NIHSS>20) ont été exclus. L’étude a duré 90 jours et tous les sujets de chaque groupe ont bénéficié du protocole de rééducation habituel de chaque centre. L’ handicap moteur a été évalué avec  la Fugl-Meyer motor scale (FMMS), échelle largement utilisée et avec une bonne reproductibilité inter et intra individuelle.

L’amélioration après ajustement sur la dépression a été significativement plus importante dans le groupe fluoxétine (moyenne ajustée 34,2 points [IC 95 % 29•7–38•6]]) que dans le groupe placebo ([19,6–28,7]; p=0,004. Il n’y a pas eu de modification du score global NIHSS mais le score moteur était aussi significativement amélioré.  Ce bénéfice moteur s’est traduit par un nombre plus élevé de patients sans perte d’autonomie dans le groupe fluoxétine (score de Rankin ≤2).

Les auteurs discutent la part de l’effet antidépresseur dans les résultats observés. Ils considèrent que l’amélioration motrice est indépendante de celui-ci en se basant sur les données de l’IRMf et les propriétés  de la fluoxétine (activité anti-inflammatoire et capacité à stimuler la neurogénèse hippocampique…). Les résultats de cette étude ne peuvent pas être extrapolés à tous les types d’AVC et devront être vérifiés dans d’autres travaux portant sur des effectifs plus importants. Toutefois, ils ouvrent des perspectives dans un domaine délaissé par la recherche thérapeutique, celui de la récupération post AVC.

Dr Christian Geny

Référence
Chollet F et coll. : Fluoxetine for motor recovery after acute ischaemic stroke (FLAME): a randomised placebo-controlled trial . Lancet Neurology 2011, 2, : 123-130

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