Des allergies à l’Alzheimer : un sacré bond pour le dimebon

Les traitements actuellement utilisés dans la maladie d’Alzheimer ont des effets variables sur les fonctions cognitives, les capacités fonctionnelles et les troubles comportementaux. Les résultats des études qui ont trait à ce sujet sont divergents, voire contradictoires. En outre, le bénéfice thérapeutique tend à diminuer avec le temps.

Il reste ainsi une large place pour des traitements réellement efficaces dans cette maladie neurodégénérative, notamment dans ses formes légères ou modérées. Le dimebon est un antihistaminique qui a longtemps été utilisé en Russie dans le traitement de diverses allergies, pour disparaître de la pharmacopée de ce pays. Il semble que les propriétés pharmacologiques de ce médicament n’aient pas été étudiées de manière exhaustive. C’est la première pensée qui vient à l’esprit, face aux résultats obtenus dans la maladie d’Alzheimer. Qu’on en juge…

Une étude multicentrique randomisée, menée à double insu contre placebo, a inclus 183 patients atteints d’une forme légère ou modérée de la maladie ; les scores du MMSE (mini-mental state examination) étant compris entre 10 et 24. Dans un groupe (n=89), le dimebon a été administré par voie orale, à raison de 60 mg/j en 3 prises espacées, versus un placebo dans l’autre groupe (n=94). Les autres médicaments utilisés dans le traitement des démences n’ont pas été autorisés. Les troubles cognitifs ont été évalués, à l’état basal et 26 semaines plus tard, à l’aide d’une sous-échelle de l’ADAS-cog (Alzheimer’s disease assessment scale). La comparaison intergroupe a été faite en intention de traiter (ITT).

Le double insu a été parfaitement respecté par l’équipe soignante et les patients. Une observance thérapeutique d’au moins 80 % a été nécessaire pour accéder à l’analyse statistique finale. Enfin, 134 malades (68 dans le groupe dimebon et 66 dans le groupe placebo) ont participé à une phase d’extension de l’étude d’une durée de 6 mois. Au total, 155 patients (85 %) ont complété l’étude, dont 79 (88 %) dans le groupe dimebon et 77 (82 %) dans le groupe placebo.

Le traitement par dimebon durant 26 semaines a amélioré nettement les résultats de l’ADAS-cog par rapport au placebo (p<0,0001). Il en a été de même pour les autres mesures et les autres méthodes d’analyse des données, ceci en ITT. Par rapport à l’état basal, l’amélioration a été également significative (p=0,0005), quelque soit le critère d’efficacité.

La tolérance du médicament s’est avérée satisfaisante, les événements indésirables les plus fréquents étant une sécheresse buccale (14 %) et des troubles dépressifs (14 %), ceci au terme de 26 semaines de traitement. La fréquence des événements indésirables a été voisine au sein des 2 groupes.
Dans cette étude, le dimebon semble être à la fois efficace et bien toléré dans le traitement symptomatique des formes légères ou modérées de la maladie d’Alzheimer. Affaire à suivre…

Dr Peter Stratford

Référence
Doody RS et coll. : Effect of dimebon on cognition, activities of daily living and global function in patients with mild-to-moderate Alzheimer’s disease: a randomized, double-blind, placebo-controlled study. Lancet 2008 ; 372 : 207-215.

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Vos réactions (4)

  • Dimebon

    Le 23 juillet 2008

    Qui est l'auteur de cette étude sur le dimebon ?
    Les mécanismes d'action des antihistaminiques, qui s'apparentent aux phénothiazines, en fait souvent des sédatifs avec un effet anti-productif. Ceci paraît peu en faveur d'une action stimulante des fonctions cognitives...
    Les améliorations retenues pour l'évaluation concernent sans doute plutôt les états d'agitation incohérente propres à la maladie ?

    P. Chevalier

  • La réponse de la rédaction

    Le 28 juillet 2008

    Merci de vos remarques constructives. L’étude multicentrique randomisée, menée à double insu contre placebo, dont il est question ici, a été réalisée en Russie. Il y a donc plusieurs auteurs. Elle est publiée dans le Lancet, l’une des plus grandes revues de la presse médicale mondiale. C’est un gage de sérieux, rien de plus. Que vient faire le dimébon dans le traitement de la maladie d’Alzheimer ? Certes, il y a de quoi s’interroger, mais les faits sont là. Je ne pense pas que l’effet du dimébon soit lié à son profil pharmacologique qui est celui d’un antihistaminique.
    Ce médicament a probablement d’autres effets pharmacologiques, peut-être centraux, encore inconnus. Les malades inclus étaient atteints d’une démence légère ou modérée. L’évaluation des fonctions cognitives est difficile en recherche clinique, mais on ne peut exclure la possibilité d’une amélioration de celles-ci sous l’effet du dimébon, d’autant que l’étude est randomisée. Quoiqu’il en soit, il faut d’autres études pour confirmer ces résultats encourageants : c’est l’un des principes fondamentaux de toute recherche, qu’elle soit clinique ou expérimentale, c’est d’ailleurs la dernière phrase de l’analyse de l’article…

    Dr Peter Stratford

  • Alzheimer "modéré"...

    Le 28 juillet 2008

    Un tissu de contre-vérités votre article, il n'y a toujours pas de traitement efficace de la démence d'Alzheimer! Quant au dimebon...ça me fait irrésistiblement penser à la diacerhéine, alias Art, laxatif drastique des années 60-70, recyclé "AINS d'effet modéré à juger après 1 mois d'utilisation" (!) et faisant "repousser" les cartilages arthrosiques chez le...chat ou la moule...je ne sais plus! Vous discréditez complètement votre site à tenir des discours irresponsables alors que les familles de déments souffrent!!!
    Dr. C. Lamy.

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